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Michael Clayton

18 janvier 2008, 00:00

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Le thriller politique ? judiciaire dans lequel on voit généralement un individu affronter seul une grosse multinationale, est un sous-genre qui a beaucoup évolué durant ces dernières années. La tendance est de plus en plus présente dans le cinéma de masse hollywoodien, certains s?étant mis en tête de réveiller les consciences, comme le faisaient autrefois les Lumet, Pollack, Coppola et autres.

A ce titre, le générique de Michael Clayton, premier film de Tony Gilroy, est très intéressant. On y retrouve le nom de Sidney Pollack, non seulement en tant qu?acteur aux côtés de George Clooney, Tilda Swinton et Tom Wilkinson, mais également en tant que producteur. Et parmi les producteurs exécutifs, on trouve les noms de George Clooney (évidemment), mais aussi ceux de Steven Soderbergh et Anthony Minghella. Autrement dit, le Hollywood gauchisant et contestataire. Tony Gilroy a été le scénariste de la trilogie Jason Bourne et le fait qu?il ait trouvé des producteurs pour son film n?est pas surprenant. Le fait, cependant, que ces producteurs soient les précités en dit un long bout sur le propos du film, même si celui-ci n?est pas immédiatement apparent. Car, Michael Clayton a, au premier abord, de fausses allures d?un exercice de style dont la brillante réussite repose essentiellement sur une réalisation maîtrisée et un quatuor d?excellents interprètes.

Les regards sont braqués sur George Clooney dans le rôle-titre, évidemment. L?acteur a l?air de sortir tout droit d?une couverture de magazine, mais son personnage est moins reluisant tout en étant très fouillé. Son personnage «fait le ménage» pour le compte d?un grand cabinet d?avocats afin que certaines affaires n?aillent pas en cour. Ses employeurs préfèrent qu?il travaille dans l?ombre car sa simple présence les met mal à l?aise, les rappelant leurs arrangements sordides ; sans compter le fait qu?il ne soit pas issu de la «caste» appropriée. Tout cela est toujours indiqué de manière détournée, le film montrant surtout le désordre de sa vie personnelle, conséquence directe à la fois du sale travail qu?il accomplit et du flou dans lequel il se retrouve, socialement. Le propos du film passe surtout à travers les personnages de Tilda Swinton et Tom Wilkinson. La première joue une brave dame et bonne mère de famille commettant ou commanditant des actes ignobles parce qu?elle travaille pour une multinationale qui a empoisonné quelques centaines de fermiers qui demandent des dédommagements. Elle en est la première horrifiée, souffrant en silence, prise de nausée dans les toilettes et lors d?une conférence publique, elle en devient presque schizophrène. L?actrice est magnifique dans le rôle, tout comme Tom Wilkinson dans son personnage de grand avocat qui finit par craquer, sombrant dans la folie à force de défendre l?indéfendable et qui se cherche une rédemption. Les deux auraient pu être des personnages réels, sortis d?un documentaire de Michael Moore.

On se demandera, bien sûr, pourquoi les affreux se donnent la peine de maquiller un meurtre en mort naturelle alors qu?ils n?hésitent pas à piéger la voiture du héros. C?est le seul défaut d?un scénario auquel on ne pourra, autrement, que reprocher de laisser certaines idées inexploitées. Le récit se développe en ellipse, laissant graduellement apparaître les enjeux, et la réalisation reste toujours en phase avec le scénario. Même si le suspense est finalement assez convenu, on appréciera la belle facture de l?ouvrage. Pour son passage à la réalisation, Tony Gilroy s?en tire avec les honneurs. Son film relaie les propos d?auteurs comme Noam Chomsky ou Naomi Klein, qui dans des livres-pamphlets, dénoncent une mainmise de ces multinationales sur des gouvernements démocratiquement élus et leur ingérence grandissante dans la vie des citoyens.

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