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Mgr Alain Harel raconte ses impressions de D. Garcia
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Mgr Alain Harel raconte ses impressions de D. Garcia
Début 1983, Mgr Alain Harel, alors simple prêtre du diocèse de Port Louis et pas encore vicaire apostolique de Rodrigues, rentre de Diego Garcia, île en forme de fer de cheval et longue de 57,6 kilomètres, soit environ la largeur de Maurice, faisant partie de l?archipel des Chagos que nous volent les Anglais et que les Américains recèlent. Diego emploie, entre autres, en 1982/83, 300 ouvriers mauriciens en bâtiment. Ils y travaillent sous contrat d?un an. Ils sont maçons, charpentiers, électriciens, plombiers. Ils construisent et aménagent des bâtiments pour l?armée américaine, notamment des cantines, des appartements.
Des travailleurs philippins sont logés à la même enseigne. Philippins et Mauriciens logent dans des baraquements, à 40 par unité. Au départ, surgit un problème curry de taille. La cuisine est uniquement philippine et les plats philippins ont vite cessé de convenir à des palais mauriciens que l?on sait délicats et exigeants. Le problème est promptement réglé : un maçon troque le bleu de travail contre toque et tablier blanc et peut commencer à confectionner currys et rougailles à la mode mauricienne et au goût de ses compatriotes. A moins, qu?il ne s?agisse d?un électricien au... courant des exigences culinaires et pimentées des Mauriciens.
Côté loisirs, les Mauriciens ont accès à un club, leur offrant vidéocassettes, cinéma gratuit, des facilités sportives (football, boxe, basket, gymnastique). Le samedi soir est réservé à la pêche car le poisson est toujours abondant dans le lagon. Rien de tel que de beaux poissons frais pour réussir des pique-niques dominicaux. En curry, en bryani, en barbecue... au choix des pique-niqueurs.
La nostalgie tenaille les Mauriciens, moins habitués que les Philippins à s?absenter aussi longtemps (dans le cas présent plus d?une année) et devoir vivre loin de leur famille, de leurs amis et connaissances. Rien d?anormal à ce que les mêmes causes produisent les mêmes effets. Les mêmes maux appellent les mêmes remèdes. Quand le mal du pays trop étreint, l?on peut toujours recourir au rythme du séga. La mélopée suit. Tout comme l?exorcisme du mal qui tenaille. Pierre Renaud l?a dit quelque part : il suffit d?un tambour, d?une ravane, pour recréer l?Afrique. Hier, les esclaves... Aujourd?hui, les exilés. Volontaires ou pas.
Alain Harel raconte Diego Garcia de 1983. Du hublot de l?avion, on ne voit qu?un fer à cheval approximatif, d?un vert végétatif, luxuriant, abondant, aux mille nuances, le tout ourlé de plages d?un blanc de neige, pour mieux le détacher de la turquoise du lagon et du saphir de l?océan Indien. Une île paradisiaque dont rêvent les touristes les plus exigeants. Mais ce paradis insulaire, nous appartenant, est squattérisé par des Etats-uniens qui le transforment en base militaire, nucléaire et même en prisons aussi sinistres et inhumaines que Guantanamo.
En 1982-83, Diego Garcia compte une population d?environ 5 000 personnes. Des Américains, des Anglais, des Philippins et nos 300 Mauriciens, considérés comme des étrangers sur une île leur appartenant pourtant.
Les Amerloques occupent la partie ouest de Diego. Ils bétonnent et asphaltent à outrance mais sur de petites superficies heureusement. Tout autour de leurs bases, l?île conserve son environnement initial. Des Anglais contrôlent et surveillent la partie que n?occupent pas les Yankees. Les anciennes installations îloises sont demeurées, en gros, telles quelles. Les poules et les chats, abandonnés de force ou ayant échappé au gazage systématique des années 1965-73, ou plus exactement leurs descendants en font foi. Les cases et autres maisonnettes sont encore là mais leur toiture n?en a plus pour longtemps. Il en va de même pour la petite mais coquette chapelle. Partout éclate le même message : -
«Que le vent qui gémit, le roseau qui soupire
Que les parfums légers de ton air embaumé
Que tout ce qu?on entend, l?on voit ou l?on respire
Tout dise : Diego pleure ses enfants exilés».
Ah ! Seewoosagur Ramgoolam mais quand nous rendras-tu enfin nos îles chagossiennes ?
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