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Meurtres en série à Poste La Fayette
Deux crimes en trois jours à Poste La Fayette. Deux pêcheurs assassinés, coup sur coup, cou sur cou. La seconde fois, il s?agit du cadavre d?un jeune receveur d?autobus de Grande-Retraite, Ram Dharmendranath Bhogun, âgé d?une trentaine d?années que des pique-niqueurs retrouvent égorgé sur cette plage publique. La victime a reçu de multiples blessures dont une large entaille au cou. Bhogun revenait vraisemblablement d?une partie de pêche à la ligne, à en juger par son matériel de pêche et ses poissons éparpillés autour de lui.
Trois jours auparavant, c?est un inconnu qui tranche la gorge d?un gardien d?une plantation de légumes, Soondar Dabee, 56 ans, à Bras d?Eau. Il n?en faut pas plus pour qu?un sentiment d?insécurité s?empare des habitants de la côte est. Les similitudes entre les deux crimes ne font qu?accentuer l?angoisse qui commence à poindre. La même arme aurait été utilisée dans les deux cas.
Le communiqué de police ne rassure en rien les populations concernées. Il met l?accent sur le fait que les pêcheurs sont directement visés par ce ?tueur barbare?, comme titre l?express du 3 mars 1981. La police invite les habitants concernés à ne pas aller seuls à la pêche à la ligne, en fin d?après-midi. En attendant les limiers du Central CID, sous la conduite de l?assistant-commissaire de police, Ecosse Marcel, et des hauts gradés J. R. Mahon et Roussety, sont à pied d??uvre, entre Roches-Noires et Palmar. Ils sont aidés dans leurs tâches par une escouade de la Riot Unit et des membres de la SMF.
La presse commence à parler de ?terreur à l?Est?, précisant qu?un double assassinat mobilise la police. Elle prend d?importantes mesures pour prévenir de nouvelles agressions. Elle a déjà interpellé un suspect, un ami de Soondar Dabee. Il nie toutefois les accusations portées contre lui. La police l?interroge encore quand elle apprend qu?un second crime a eu lieu, ayant de nombreux points communs avec le premier.
La police arrête un autre suspect le 3 mars 1981. Il a, en sa possession, une serpe ayant pu être utilisée lors des deux crimes. Elle maintient cependant ses patrouilles sur la côte est. Ce second suspect est âgé de 49 ans. Il habite Belle-Mare. Il est laboureur de son état. La perquisition policière de son domicile semble confirmer les soupçons de la police. Elle hésite encore sur le mobile de ces deux meurtres. Elle ne pense pas à une vengeance personnelle, ni a un règlement de comptes. Elle penche de plus en plus du côté d?un acte de démence ou de celui d?un déséquilibré mental. Ce second suspect aurait eu des démêlées avec la police au sujet d?agressions perpétrées sur une plage.
Le vendredi 6 mars 1981, on apprend que ce suspect a déjà été soigné à deux reprises à l?hôpital psychiatrique Brown-Séquard de Beau-Bassin. Au dire de certains, il serait allergique aux pêcheurs à la ligne. Les habitants du littoral flacquois apprennent avec soulagement son arrestation et sa détention provisoire. La police se réjouit de la bonne coopération entre la population flacquoise et elle. M. Ecosse Marcel précise que les policiers, affectés à cette enquête, ont travaillé jour et nuit, pendant dix jours d?affilée. Le suspect est un homme d?apparence frêle. Il ne semble pas conscient de la gravité des actes qu?on lui impute. On peut avoir en horreur la pêche à la ligne mais pas au point d?égorger ceux qui s?adonnent à ce passe-temps nourricier.
Ne quittons pas la corporation des pêcheurs sans raviver le souvenir d?un des derniers grands patrons de pêche de Grand-Gaube. Il s?agit de Gilles Emmanuel Elmire, petit-fils du célèbre Bénisson Guillemin. En mars 1981, il est âgé de 75 ans. Il dit n?avoir pas le temps de ?veiller à son âge, la mer accaparant son esprit?. Son grand-père lui révèle tous les secrets de la mer. Il lui apprend l?essentiel : toujours bien diriger sa barque, toujours bien diriger sa vie et les mener à bon port, quelles que soient les conditions. Ayant affronté toutes les humeurs de son grand-père, il n?a aucune difficulté à s?accommoder de celles de la mer. Le grand-père ne cesse de mettre à l?épreuve les connaissances acquises par son petit-fils. Il apprend ainsi à apprivoiser toutes les passes du Nord-Est : Poule, la passe Calodyne, Barrière, Tabatière, de Torque, Ramjan, Tazare, Gaulette, St-Géran, Trois Canal, Anglais, Zacot. La passe Calodyne, comme le naufrage d?une barque du même nom. La passe Zacot où faillit périr Nelzire Ventre. Trop étroite, elle favorise la course folle des courants. Il se souvient de ce samedi après-midi, vers 1941 : la mer soudain faire ène déviraze. L?excellent nageur Raymond Marie se noie en voulant retourner vers sa pirogue. Son c?ur était trop attaché à son embarcation. Depuis, le petit-fils de Bénisson ne prend jamais la mer sans tolets ni hachette. Pourquoi cet outil tranchant ? Pas le temps de lever l?ancre quand la mer faire brite ène coup. Et pourquoi l?autre tollé ? On démâte facilement dans le canal Charpentier. Sans tolets, plus moyen de rentrer à la rame. C?est alors la dérive jusqu?à Madagascar, sinon plus loin, au-delà de la Grande Ile, au-delà de la vie. Ne jamais défier diab? la mer. Il ignore les noms des nuages mais sait lire leur langage et comprend les writings on the clouds. Dernier détail et non des moindres : le petit-fils de Bénisson Guillemin est imbattable lors d?une régate.
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