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MCB : entre déception et colère
Après la surprise et la déception, c?est le fighting mood à la Mauritius Commercial Bank (MCB). Vendredi, le tribunal de 3e division de Port-Louis a agréé à la demande du Directeur des poursuites publiques (DPP) de renvoyer au 21 juin, le procès engagé contre le general manager de la MCB afin de permettre qu?une charge formelle soit logée contre ce dernier. Pierre-Guy Noël répond d?une accusation provisoire de complot. Il est accusé de « conspiracy with Robert Lesage and Teeren Appasamy to engage in several transactions involving a sum amounting to Rs 36 m, which, in whole or partly, directly or indirectly represented the proceeds of a crime ».
Depuis vendredi, les responsables de la MCB se sont réunis jusqu?à fort tard dans la nuit. Les consultations se sont poursuivies dans la journée d?hier. Dans les milieux proches de la direction de la banque, on évoque la possibilité que le conseil d?administration de l?institution se réunisse en début de semaine.
Surprise et incompréhension
Ces mêmes milieux font ressortir que la direction de la MCB « réaffirme sa confiance absolue » en son general manager. D?ailleurs, dans un communiqué émis vendredi, le conseil d?administration de la MCB souligne « que cette confiance est renforcée par les différents experts internationaux qui ont enquêté dans cette affaire ».
La direction de la MCB pourrait demander à Pierre-Guy Noël de rester en congé, même si une charge formelle est logée contre lui. Et il le resterait jusqu?à ce que la Cour se soit prononcée dans son cas. Il est aussi question de « update » la plainte du Main Case afin d?accélérer les choses sur ce plan. Des avocats londoniens pourraient être appelés à se joindre au panel d?hommes de loi qui, en ce moment, assurent la défense des intérêts de la MCB. Il semblerait donc que la direction de la MCB abandonnera la posture qui jusqu?ici a été la sienne et qui lui faisait subir les événements.
La décision de la Cour d?accepter la demande de renvoi formulée par le DPP a pris tout le monde de court. Me Maxime Sauzier, l?avocat de Pierre-Guy Noël, ne cache pas son étonnement.
« Je suis absolument surpris de la tournure des événements. Je ne peux dire davantage car, à ce jour, nous sommes toujours dans le dark quant à la décision du DPP. » Poursuivant, il déplore les renvois successifs. « Mon client a été interrogé en au moins sept occasions depuis juillet 2003. En décembre, nous avons fait une motion pour demander qu?une décision soit prise le concernant. Six mois après, on demande un renvoi pour loger une accusation formelle. Ce n?est pas possible », s?indigne-t-il. Mais l?homme de loi demeure optimiste.
« Nous attendons sereinement, même si l?attente me trouble personnellement. »
Les collègues de Pierre-Guy Noël ne peuvent s?empêcher de montrer leur incompréhension et leur indignation.
« Le problème central c?est le vol de Rs 632 m dont la banque a été victime. Les autorités chargées de trouver les responsables de ce vol ne semblent pas s?en inquiéter. Après quinze mois d?enquête, qui accuse-t-on ? Le management de la MCB qui a dénoncé l?affaire. Il faut peut-être se demander pourquoi ? » se demande Philippe A. Forget, deputy general manager de la MCB.
C?est ce sentiment d?indignation qui a, semble-t-il, poussé les employés de la MCB à débrayer, vendredi après-midi. L?arrêt de travail a causé pas mal d?inconvénients à de nombreux clients de la banque. Ces derniers, pris par surprise, n?ont pas caché leur mécontentement en voyant les grilles de la banque baissées durant les heures ouvrables. « J?ai les recettes de la journée à déposer et c?est en arrivant devant la banque que je découvre que la grille est fermée. Ils n?ont même pas pris la peine d?annoncer leur action par une notice sur les portes », dit avec exaspération, une employée d?une agence de transport de la capitale.
À la direction de la MCB, on est conscient de la colère des clients. « Il est vrai que cet arrêt de travail a causé quelques inconvénients à des clients mais je leur demande de bien vouloir excuser ce mouvement d?humeur, le seul intervenu pendant ces 15 longs mois. Nous invitons toute personne qui considérerait qu?elle a été lésée par cet arrêt de travail de bien vouloir le faire connaître en écrivant au comité de management et en indiquant son numéro de téléphone », déclare Gérard Hardy, président du comité de management et vice-président du conseil d?administration de la MCB.
Pression énorme et espoir reporté
Ce dernier explique l?arrêt de travail comme une réaction sur le vif de la part des employés. « C?est l?expression de deux sentiments profonds : le premier étant la conviction de l?innocence de la direction générale et le deuxième étant le besoin de se faire entendre du grand public. Depuis 15 mois, ils vivent une pression énorme avec un devoir de réserve et l?espoir toujours reporté que ce dossier allait être réglé rapidement. »
Cette longue attente est également déplorée par le conseil d?administration de la MCB. La direction de la MCB fait ressortir dans son communiqué « qu?après plus de quinze mois d?enquête et près d?un an de provisional charge, elle ne sait toujours pas de quoi on accuserait formellement son directeur général » avant de s?étonner que « les responsables et bénéficiaires de la fraude dénoncée et rendue publique le 14 février 2003 par la banque, semblent ne pas être inquiétés. »
Cette dernière interrogation est la préoccupation majeure de responsables de la MCB. Dans les semaines à venir, les événements indiqueront s?ils y trouveront une réponse.
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