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MBC : Propagandes et refrains à outrance
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MBC : Propagandes et refrains à outrance
Que reste-t-il à dire de la radiotélévision nationale ? Si on pouvait penser que tout a été dit, on s?est trompé. Le retour des travaillistes au pouvoir a entraîné une instrumentalisation extrême de la MBC. Pourtant de temps à autre, le torchon brûle entre l?Hôtel du gouvernement et la station de la rue Pasteur. Quelque part, le pouvoir commence à se rendre compte que la surpolitisation de la MBC ne sert pas véritablement ses intérêts. Surexposés, Navin Ramgoolam et son gouvernement s?invitent trop souvent dans le salon des téléspectateurs. Du coup, la MBC, qui est aussi la vitrine audiovisuelle de Maurice, donne le reflet d?une institution digne d?une République bananière. Comment en arrive-t-on là?
«Dépendant des gouvernements, la MBC jouit d?un certain type de liberté», assure d?emblée Torriden Chellapermal, ancien directeur général de la corporation. C?est connu et cela est d?autant plus vrai qu?un pouvoir plus qu?un autre peut se représenter la MBC comme une boîte à propagande pour faire le contrepoids à une presse écrite jugée trop critique.
C?est le fantasme de quelques-uns et c?est digne, nous fait remarquer un observateur, «de ces nombreux pays qui estiment que contrôler la télé, c?est contrôler l?esprit des gens». Mais les choses ne sont heureusement pas aussi simples que cela. C?est ainsi que la MBC est devenue la cible de toutes critiques autant des politiques que du public.
Afficher une couleur politique
L?actuel directeur général, Bijaye Madhoo, veut, lui, se montrer serein. «S?il y a une chose que je tiens à dire, c?est que nous sommes ouverts aux critiques. C?est la seule manière de nous améliorer», déclare-t-il. Simple man?uvre de relations publiques? Peut-être. Mais ce qui est sûr, c?est que Bijaye Madhoo gère un personnel dont une bonne partie affiche ouvertement ses couleurs politiques, surtout si elle est rouge. «La MBC couvre tout ce qui a une valeur d?information, y compris tous les partis politiques», se défend le directeur général. Pourtant, c?est un autre son de cloche qui nous vient de certains employés.
«C?est de manière éhontée que certains se revendiquent du pouvoir. Ils vont même jusqu?à réclamer des privilèges», explique ainsi un employé de la MBC. «L?atmosphère est tendue et on se livre à une chasse aux sorcières. C?est ainsi à chaque changement de gouvernement. Si nous n?arrivons pas à comprendre que nous sommes des professionnels, nous n?arriverons pas à faire notre métier. Et il faut insister là-dessus, l?audiovisuel, c?est un métier qui nécessite des compétences», fait ressortir un autre employé.
D?autres salariés de la rue Pasteur évoquent les traitements de faveur accordés à certains. Il est question de colleur d?affiches devenu cameraman, des postes offerts à quelques-uns qui n?ont pas le diplôme ou l?expertise adéquate, des politiques qui décident qui vont les accompagner lors de leurs missions à l?étranger, de cette employée qui par le simple fait de s?être affichée avec un ministre est devenue présentatrice de JT du jour au lendemain ou encore des transferts punitifs?
La liste est longue et elle pourrait relever de la palabre n?était-ce l?unanimité du constat sauf évidemment pour ceux qui agissent en valets du pouvoir. «Bijaye Madhoo est conscient qu?il a besoin des compétences de tous pour proposer une bonne télé mais les tiraillements sont radicaux. On ferme les yeux sur les agissements des incompétents qui finissent par vous persécuter alors que vous essayez seulement de faire votre travail», confie une employée. «La discipline et l?organisation ne font plus partie de notre vocabulaire et quoi que vous fassiez on vous colle toujours une étiquette politique sur le dos», ajoute un autre employé. «C?est à la décrédibilisation du service public qu?on assiste. Comment parler d?objectivité quand vous entendez un discours pareil au montage : ?OK inn fini item PM, aster zot kapav fane?», s?exclame un employé. Face à cet état des choses, Bijaye Madhoo nie l?existence du clanisme à la MBC. «Il n?y a pas de clans, il y a des tendances mais c?est la politique générale de la station qui prime», insiste-t-il.
S?il y a donc amateurisme et passe-droit, il faut aller chercher la cause dans le recrutement. L?effectif de la MBC serait ainsi surnuméraire. Les recrutements se font à chaque changement de gouvernement.
«Si le personnel est fortement politisé, la raison est le recrutement. Lorsqu?on embauche sur la base de l?affiliation politique, cela finit par causer des problèmes. Il faut revoir le MBC Act pour que la MBC devienne un véritable service public», estime Torriden Chellapermal. Il préconise une révision du mode de constitution du conseil d?administration.
«Il faut avoir quelque chose de plus équilibré en ce sens. Il faut voir si la désignation ne peut pas se faire à la fois par le Premier ministre, le leader de l?opposition et le président de la République. Ou comme cela se fait dans certains pays, considérer l?option que ce soit un comité parlementaire qui décide de la composition du conseil d?administration. Dans un deuxième temps, lancer un appel de candidatures pour le poste de directeur général», suggère-t-il.
En l?état actuel des choses, la loi permet aux politiques qui occupent le pouvoir d?avoir une mainmise sur la MBC. C?est ce qui fait qu?assez souvent on ne couvre plus seulement les activités gouvernementales mais aussi les actions propagandistes du député.
Un monopole total de l?état
«Les politiciens ont le même rapport avec nous qu?ils ont avec les autres médias. S?il est vrai que le Premier ministre, selon la loi, a le droit de donner des directives générales, par contre les politiciens ne nous dictent pas notre ligne éditoriale. Il faut aussi savoir qu?avec une télévision qui a 41 ans d?existence et une radio qui en a 61, la MBC est une institution qui a fait ses preuves. Une institution qui est la mémoire de ce pays», tient à souligner Bijaye Madhoo.
Il reste que le monopole de l?état sur la MBC reste total. C?est une certaine culture du fonctionnariat qui s?est installée à la station nationale. Des employés de la MBC, eux-mêmes, évoquent la médiocrité qui prend place. «Le gag dans l?histoire, c?est que les princes à qui on veut faire plaisir sont eux-mêmes très critiques à l?égard de l?amateurisme de certains», nous confie un employé de la corporation. Dans le même registre, la MBC n?arrête pas d?alimenter les colonnes des faits divers de la presse écrite. Il ne se passe pas de semaine qu?une confidentielle ne fasse état des dérives et autres conflits qui ponctuent la vie à la station.
Dans un contexte où ce sont les ukases politiques qui dictent ex cathedra l?aggiornamento, il est difficile de parler d?intérêt général. Depuis l?Indépendance, les politiques ont considéré, la radiotélévision nationale comme une extension de l?Hôtel du gouvernement. C?est une conception surannée de l?audiovisuel mais c?est ainsi à Maurice. Des professionnels à la station, aussi bien du côté du personnel que de la direction, ont tenté de changer les choses. Toutefois, ils ont buté contre un mur d?incompréhension et de résistances de tous genres.
Aujourd?hui en 2006, la MBC, surtout son JT, sont redevenus l?objet de toutes les critiques. Et certains pouvoirs ont développé le réflexe de considérer la corporation comme leur chose. Cela aboutit à un contenant sans contenu, à une MBC sans mission.
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