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MBC : du placard au salon
« Mo ti pe bouyi andan. » Ravin Joypaul n?a pas besoin de nous le dire. Une évidence quand on voit l?appétit avec lequel il mâche les phrases défilant sur le téléprompteur. Le journaliste absent du plateau depuis cinq ans, a retrouvé le fauteuil de présentateur du journal télévisé.
Il ne se contente pas de lire l?information. Lui, l?interprète comme un comédien portant poudre et quatre mèches raides sur le front. Ravin Joypaul n?a pas recours au service d?une maquilleuse. Il préfère se composer un visage, seul dans les toilettes des hommes, 15 minutes avant le générique du bulletin d?information.
Étape finale d?un marathon qui débute à 9 heures, en conférence de rédaction. Ravin Joypaul arrive dans les locaux de la MBC trois minutes avant. Sa chemise grenat est étalée sur le pantalon sombre. Son gilet en cuir noir sans manches lui arrive jusqu?en haut des côtes. Il enfilera la veste sombre à la dernière minute.
<B>Une facette du métier</B>
Le briefing ? là où se décide le traitement de l?information ? débute par une question d?intendance. Ravin Joypaul, qui l?anime, hausse le ton. «Cela fait la quatrième fois qu?on demande trois chauffeurs. Un jour, on ne pourra plus travailler.»
Histoire de gérer les ressources existantes, le post-mortem du journal de la veille commence par un compliment à Feizal Caunhye ( présentateur du JT de 19 h 30, mercredi). Il ne bronche pas. Les sujets défilent. Les journalistes parlent chacun à leur tour. Phrases courtes, ton monocorde. «Oui, d?accord. O.k., je vais voir ça.»
Ravin Joypaul insiste. Oriente l?un, dirige l?autre. « Pou moi se pa miniss ki importan. Se zot policy.» Il demande une extension de cinq minutes de temps d?antenne. Satyen Ramdharry, News Producer répond : «Zordi zedi, ena film indien.»
Jug Gokhool, de la section sportive arrive en même temps que Jagdish Jatoo, qui revient de Flacq. Deux secondes plus tard, entrée de Nadarajen Pillay, qui prend place à côté de Ravin Joypaul. La formule collégiale à la tête de la rédaction est assurée par Jugdish Joypaul, Habib Sayed Hossen, Nadarajen Pillay, Nanda Armoogum et Ravin Joypaul. Dans la pratique, Ravin Joypaul rappelle à l?ordre Nadarajen Pillay qui discute foot avec Jug Gokhool. C?est qu?il n?entend rien du compte rendu que lui fait Jagdish Jatoo.
Le travail distribué, le présentateur du soir se retire dans son bureau. Après avoir commandé un café ? que nous croiserons dans l?escalier en partant 30 minutes plus tard ? il se livre à c?ur ouvert. «La présentation du JT n?est qu?une facette de ce métier.»
<B> «Retour à la logique» </B>
La plus noire, c?était son transfert au Sales Office de la MBC à Port-Louis. « Mon job était de veiller à ce que les journalistes aient un pied-à-terre dans la capitale. » Un mot lui vient pour en parler : Alcatraz. « J?ai dû batailler pendant cinq à six mois pour qu?on change des rideaux qui soulevaient un nuage de poussière à chaque fois qu?il y avait du vent. » Ravin Joypaul a rongé son frein. Il en a vu d?autres depuis son entrée à la MBC en 1983. « Mo ti pe bouyi andan. » Jusqu?au « retour à la logique » en sep tembre 2005.
18 h 30. On prend les mêmes et on continue. Ravin Joypaul, le visage fermé donne des fiches à taper à Kavita Boyjonauth, la téléprompteuse. Ses doigts aux vernis vert s?envolent sur le clavier, 50 mots la seconde. L?heure tourne.
Pendant ce temps, le tandem de News Producers, Satyen Ramdharry et Sheetal Lobine visionne les sujets. « Nous devons être vigilants pour ne pas heurter la sensibilité des 550 000 à 600 000 téléspectateurs. »
18 h 55. Le rythme s?accélère. L?invité du soir ? Roshi Bhadain directeur des enquêtes de la Independent Commission Against Corruption arrive. C?est Satyen Ramdharry qui va l?accueillir. 19 h10.
Le bulletin est calé. Ravin Joypaul va se maquiller. 19 h 25, il réapparaît, prend ses fiches, rentre en studio. En régie, l?on bouillonne, l?on s?affole. Dix secondes. Chacun à sa place. Le générique est lancé. Ravin Joypaul est à nouveau dans le salon des Mauriciens. Combien de ses collègues sont désormais au placard ?
<B>Ces «exclus de la télé» qui témoignent</B>
Lui dit qu?il n?est pas amer. Mais son regard affirme le contraire. Jugdish Joypaul raconte : «Après les élections de septembre 2000, on a fermé mon bureau. Je ne recevais plus les journaux. Même la tasse de thé m?était refusée.
Pendant six mois, je n?avais pas de place pour m?asseoir à la rédaction.»
Directeur de la télévision de novembre 1997 à septembre 2000, son émission de 26 minutes, Le monde cette semaine s?arrête. «On m?a reproché d?avoir interviewé un ami de Ramgoolam.» C?est sans enthousiasme qu?il fait des sujets «sur une pièce de théâtre, un pianiste. J?étais ? sans jeu de mots ? comme un chien dans la musique. On m?a éloigné des occasions de contact avec les hommes politiques.»
Difficile à digérer pour celui qui a été recruté en 1988 pour couvrir les débats à l?Assemblée nationale.
La «mesure punitive» tombe quand Jugdish Joypaul est muté aux Archives de la MBC en 2003. «J?ai été envoyé au ministère de l?Information pour nettoyer et répertorier des films de 16 mm. C?est l?équivalent d?une condamnation aux travaux forcés.» Avec le recul, le journaliste déclare : «Moralement c?était très dur, mais cela m?a aidé. J?y ai découvert la mémoire de Maurice.» Il en retient : «L?impression qu?il n?y a pas d?amis mais seulement des momentd?amitié.» Depuis une semaine, Jugdish Joypaul est Head of Current Affairs. Il a effectué son grand retour en commentant les municipales à l?écran.
Nadarajen Pillay ne se prive pas pour clamer que «le nouveau directeur a levé la suspension qui pesait sur moi.»
Interdiction de mars à septembre 2005. Sa version des faits : «La direction me reprochait d?être passé outre aux ordres d?un subordonné.» Président de deux syndicats, celles de l?Association des journalistes de la MBC et du Mauritius Broadcasting Service Staff Association, il allègue avoir été «suspendu à cause de (ses) activités syndicales». Il insiste: «Je tiens à exprimer ma gratitude à Rama Valayden, qui m?a appelé après ma suspension, pour me proposer de travailler pour lui.» Une proposition motivée par le LLB (Hons) de l?université de Londres de Nadarajen Pillay. Désormais, il planche sur un concept de présentation des dossiers à la télé.
Plus serein, Habib Sayed Hossen raconte une série d?incidents. Le détonateur : sa relève qui n?arrive pas après la tranche des débats au Parlement qui lui a été assignée. «Je suis resté sur place. Quand je suis rentré à la rédaction, j?ai estimé qu?il était trop tard pour traiter le sujet. J?en ai fait une brève en me disant que j?allais me rattraper le lendemain.» La brève : une déclaration du Premier ministre d?alors, Paul Bérenger au sujet de l?affaire MCB-NPF. Quelque temps plus tard, Habib Sayed Hossen est témoin d?un incident impliquant Nadarajen Pillay et une employée de la MBC. «Trois mois après avoir écrit une lettre à la direction en faveur de Nadarajen Pillay, le comité disciplinaire institué pour juger le premier cas, m?a donné un sévère avertissement. Depuis cette date, je n?ai pas mis les pieds au Parlement.» Paroles d?un journaliste arrivé à la MBC en décembre 1988.
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