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Mauvaise passe pour le tourisme

12 septembre 2004, 20:00

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Il y a comme un mal-être ces jours-ci dans l’industrie du tourisme. Pourtant, une bonne vingtaine de nouveaux hôtels sont en projet. Les chaînes hôtelières établies annoncent des profits plus qu’intéressants. Les stagiaires de l’École hôtelière sont engloutis par le marché du travail, à peine sortis de l’institution.

Des indicateurs à faire rosir de satisfaction les politiciens à la barre des affaires nationales. Mais les acteurs de l’industrie du tourisme gardent l’œil rivé sur d’autres baromètres : les arrivées touristiques stagnent, le taux moyen d’occupation des chambres chute alors qu’on ne cesse d’accroître la capacité d’accueil.

Le premier semestre vient de se terminer sur une note sinistre : -0,2 % de croissance dans les arrivées. L’industrie estime qu’on aurait de la chance si on termine l’année avec un taux de 1 %. Les perspectives ne sont guère meilleures pour les deux ans à venir. Au mieux, le taux de croissance se stabiliserait autour d’un pour cent.

Malgré tout, la Mauritius Tourism Promotion Authority (MTPA), organe d’État chargé de promouvoir la destination, fait montre d’un optimisme à toute épreuve. Le directeur, Karl Mootoosamy, estime qu’une croissance de 4 % est toujours à portée demain. Voilà qui n’a rien de nouveau, ironisent plus d’un au sein de l’industrie.

Le taux d’occupation des chambres d’hôtel est en chute libre. La moyenne nationale était de 63 % l’année dernière. Elle devrait passer à moins de 50 % d’ici 2006. Evidemment, ces chiffres en eux-mêmes ne disent pas grand-chose. Il convient d’identifier la catégorie d’hôtels qui souffre le plus de cette tendance.

Les palaces se vendent moins

Au cours des deux dernières années, on a noté que les palaces se vendent moins facilement. En revanche, les hôtels de trois ou quatre étoiles plus ont le vent en poupe. Tant et si bien que certains établissements de ce type ont récemment rehaussé le niveau de leurs prestations en préservant leur grille tarifaire d’avant.

Encore que, quand on parle des palaces, il faut savoir que les critères de rentabilité ne sont plus exactement les mêmes. Un St-Géran, un Royal Palm ou un Prince Maurice ont pas besoin d’être remplis à 70 % pour être profitables.

Ces indicateurs font craindre davantage pour les nouveaux venus sur le marché. D’ici 2006, la capacité d’accueil aura augmenté de 12 %. Vue la très faible croissance attendue dans les arrivées, une guerre des prix à l’intérieur du marché semble inévitable… On aurait cru que dans une conjoncture aussi difficile, la destination s’organiserait pour concurrencer d’autres à travers le monde et non s’affaiblir de l’intérieur en laissant s’y installer une âpre compétition.

Où est le problème ? Les travaillistes ont-ils placé la barre trop haut, il y a quatre ans, en misant sur le tourisme pour créer 30 000 emplois ? Ou serait-il plus juste de dire que les gouvernants, ceux d’alors et leurs successeurs, n’ont pas donné à l’industrie les moyens de cette ambition ?

Quoi qu’il en soit, l’industrie du tourisme se dirige tout droit sur les écueils. Une étude commandée par l’Association des hôteliers et restaurateurs (Ahrim) de Maurice au cabinet d’experts De Chazal Du Mée en début d’année conclut on ne peut plus formellement : “À moins de changer la politique concernant l’industrie du tourisme, ce secteur contribuera à enfler les rangs des sans-emploi d’ici deux ans. Sa contribution au produit intérieur brut chutera.”

Comment changer de cap ? Il n’y a pas dix mille solutions. Marketing et accès aérien restent les deux pôles d’interventions.

D’abord le marketing. On n’ira pas loin avec les Rs 140 millions de budget national pour la promotion. En Europe, principal marché pour Maurice, cela représente à peine 4 millions d’euros, si la MTPA consacrait tout son argent à la promotion et ne payait aucun salaire à ses employés. Bien sûr, les calculs ne sont pas aussi simples. En vérité, le budget de marketing est plus important puisque le secteur lui-même y contribue. Air Mauritius aussi. Mais là n’est pas le débat.

Confrontée à l’impératif de faire un bond dans ses arrivées touristiques, la Malaisie avait mobilisé tous les partenaires de l’industrie et dépensé gros sur une campagne de promotion structurée et professionnellement conçue. Elle en récolte encore les bénéfices aujourd’hui. Maurice aurait pu s’inspirer d’une initiative semblable pour rompre définitivement le chapelet de mauvais résultats accumulés ces derniers temps.

Reste la question de fond : la MTPA s’acquitte-t-elle de ses fonctions de la manière la plus efficace qui soit ? Les autorités en font une condition pour augmenter le budget pour la promotion. Soit. Par les temps qui courent, il faut exiger que chaque roupie soit bien dépensée. Mais alors, pourquoi l’État ne commande-t-il pas un audit scientifique de la performance de cet organisme vital pour l’industrie ?

Le temps d’agir

Cela permettrait de mettre un terme au jeu puéril et futile qui consiste à trouver un bouc émissaire pour la contre-performance accumulée. Et on aurait pu passer aux choses sérieuses, à savoir, développer et appliquer une stratégie de marketing pour le moyen et long terme, comme le suggère Arnaud Martin, président de l’Ahrim. (Voir encadré)

L’accès aérien est l’autre levier qu’il faudra se résoudre à actionner pour renverser la vapeur. Et il serait temps que transporteurs et hôteliers harmonisent leurs actions plutôt que de toujours blâmer l’autre pour les mauvais résultats. Harmonie au niveau des prix et de disponibilité. Les prix pratiqués tant par les hôteliers que par les transporteurs aériens ne sont pas compétitifs. La tendance de consommation “voyage et vacances” n’est pas en faveur de Maurice, et le pays devrait en tenir compte.

Quand il est question d’accès aérien, la libéralisation du ciel reste une question sensible. Maurice a choisi une libéralisation graduelle et prudente. C’est tout à son honneur car le processus n’est pas sans danger. Dans le secteur, toutefois, le sentiment semble être qu’on en a assez parlé et discuté. Le temps est venu d’agir.

Questions à… Arnaud Martin,

Président de l’Association des hôteliers et restaurateurs de Maurice

● Qu’est-ce qui ne va pas avec le marketing de la destination tel que pratiqué par la MTPA ?

La MTPA ne doit plus intervenir ponctuellement, elle devra développer une stratégie de marketing étalée dans le temps. Elle doit disposer de moyens pour être à la hauteur des ambitions du pays. On pourrait lui retourner la taxe sur l’arrivée (20 euros par touriste).

● Maurice se positionne comme une destination de luxe. Dans la conjoncture, n’y a-t-il pas lieu de revoir ce concept?

Non. Il faut au contraire le promouvoir. Mais les budgets alloués à la MTPA pour cette promotion ne permettent pas de réaliser un travail sérieux.

● Maurice est connu pour les tarifs élevés, hôtel et avion. Pouvons-nous encore nous permettre une telle politique de prix ?

Ce sont les forces du marché qui déterminent les prix. Si la demande n’est pas là alors que l’offre est trop importante, les prix baissent, et vice versa. Ceci est un des miracles de l’économie libérale !

● Il ne suffit pas de construire des palaces, faut-il encore leur assurer un taux de remplissage adéquat. Comment concilier la nécessité de protéger Air Mauritius et les impératifs de croissance de l’industrie ?

Il est évident que pour remplir 14 000 chambres d’hôtels, il nous faudra une politique d’accès aérien plus souple. Il y a aujourd’hui urgence pour trouver la solution. Les autorités s’y attellent et je suis confiant qu’avec la bonne volonté de tous les acteurs, nous trouverons la bonne formule.

● Paradoxalement, les chaînes hôtelières et les compagnies font des profits intéressants. À quoi attribuer cette réussite ?

C’est une démonstration de l’efficacité de gestion de ces opérateurs qui obtiennent ces résultats dans un contexte difficile.

Pour maintenir son niveau, l’hôtellerie doit constamment réinvestir. De ce fait, les opérateurs sont très endettés et ont donc l’obligation d’être profitables. La volonté des hôteliers à se remettre en question en permanence, ainsi que leur niveau d’endettement, sont indicateurs de leur confiance dans cette industrie.

● De quoi se plaint-on alors ?

Mon souci n’est pas pour ceux qui sont déjà implantés. Ils ont une base de clientèle, connaissent le marché et réalisent d’importantes économies d’échelle. Par contre, ceux qui arrivent maintenant ont de gros défis à relever. Trois mille nouvelles chambres bientôt sur le marché demandent une mise en œuvre de moyens pour permettre à l’industrie touristique de maintenir son succès. Cette réflexion est valable pour tous les autres secteurs de l’économie nationale. La société mauricienne a d’abord été agricole, manufacturière ensuite et elle est aujourd’hui en transition vers le secteur tertiaire. Le gouvernement doit prendre toutes les mesures pour réussir cette transition.

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