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Mauriciana une littérature en fleur

23 avril 2005, 00:00

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Imparable. A chaque fois c?est les mêmes. Très vite, un hit-parade s?ébauche, prend forme et s?impose. La couleur est annoncée par Ahmad Sulliman des Editions Le Printemps. Maigrir en direct est l?un best-sellers de ces cinq derniers mois.

«Je pense que cela est dû à la popularité de Marie-Michèle Etienne, l?animatrice de Radio One», souligne- t-il. Un sentiment unanime partagé par Mimi Chen de la Libraire Le Cygne, Andy Lam directeur du Bookcourt et Françoise Arthe, responsable du rayon île Maurice à la Librairie Allot.

«Cela tient aussi au fait que c?est un sujet santé. Les Mauriciens sont en général très préoccupés par ces thèmes.» Quand on sait que la population locale détient le triste record ? autour de 20 % ? de taux de diabète le plus élevé dans le monde, l?on comprend mieux les choix de lecture du public local.

Autre phénomène non négligeable : le «entendu à la radio», ou le «vu à la télé.» Maigrir en direct, produit dérivé de l?émission éponyme de Radio One, joue sur les kilos qui fondent en studio. Aventure humaine d?une animatrice qui a gagné son pari de perdre 30 kilos, en compagnie des auditeurs qui ont suivi avec enthousiasme. Autre exemple parlant ? celui de Charmed, série pour ado diffusé sur la MBC 1 ? attire de nombreux lecteurs-acheteurs grâce au petit écran.

Jolie anecdote racontée par Mimi Chen qui affirme être « l?une des premières » à avoir aménagé des rayons entièrement consacrés aux plumes du pays. Faisant référence à Mauriciens Enfants de Mille Races, elle nous rapporte que «plusieurs personnes qui ont vu l?auteur, Jean Claude de l?Estrac, parler du livre dans Passerelles sur la MBC 1 lundi soir, se sont rués sur le bouquin le lendemain matin.» Même constat unanime : le premier tome de la trilogie de Jean Claude de l?Estrac est l?un des fleurons de la section Mauriciana, depuis sa sortie en novembre dernier.

Un palmarès complété par Le silence des Chagos de Shenaz Patel, Histoire de Maurice de Sydney Selvon et Rivière Noire : 400 ans d?histoire signé Benjamin Moutou. Mimi Chen cite également l?hommage posthume à Gaëtan Duval, intitulé L?enfant terrible de l?île Maurice, de Marcel Lindsay Noé. Un décompte qui montre un penchant très marqué des lecteurs pour l?Histoire. Les Mauriciens seraient-ils en quête de leur identité, de leurs racines ? Et Andy Lam de mentionner pour sa part des ouvrages de Ameenah Gurib Fakim : Flore de l?île Maurice et Maurice à travers ses plantes médicinales.

<B>Carences</B>

Si pour Ahmad Sulliman, «il y a une carence dans ce créneau», Mimi Chen, elle, pense qu?«il suffit d?y exposer le public. J?ai toujours eu des clients réguliers, que ce soit les grandes universités américaines, des Mauriciens établis ailleurs ou des habitués.» Si Le Cygne n?est pas au Port-Louis Waterfront, cela ne l?empêche pas d?organiser des rencontres avec des auteurs locaux, baptisées Raconte-moi? Les lecteurs ont eu l?occasion de côtoyer Shenaz Patel et Vinod Rugoonundhun entre autres. Elle souligne que sa librairie ne participera pas à la troisième édition de la Journée du Livre, aujourd?hui.

Invité à réagir sur une critique fréquente des lecteurs qui se plaignent que «les livres coûtent cher,» Ahmad Sulliman est catégorique. «Je vais même être brutal,» dit-il avec beaucoup de chaleur dans la voix. «J?ai l?habitude de ce type de commentaires. A chaque fois, je réponds à ces personnes : Vous n?aimez pas lire.»

Selon lui, la lecture n?est pas chère à Maurice, il suffit pour cela de s?abonner aux bibliothèques publiques. «Il y a toujours des solutions. Les gens qui disent que cela coûte cher de lire mentent.» Notons que la fourchette des prix des ouvrages les plus cités par les libraires se situe entre Rs 300 et Rs 700.

Et le libraire de Vacoas ? qui soulignent qu?il y a six bibliothèques dans le périmètre de sa ville, d?ajouter : «Nous sommes aidés par les personnes qui préfèrent offrir des livres pour les grandes occasions comme les anniversaires ou la Noël.»

Quand il parle de ses activités d?éditeur, Ahmad Sulliman est nettement moins enthousiaste. «De ce côté-là, la situation n?a pas beaucoup évolué. C?est de la faute à la politique du ministère de la Culture.» Pour lui le calcul est simple. Maurice compte 200 écoles primaires et 150 collèges. «Si chacun d?entre eux achetait un exemplaire, cela éviterait aux auteurs de prendre leur tente bazar et de crier dans les rues.»

<B>Besoin d?ésotérisme </B>

Pour Andy Lam de BookCourt, la vente dépend aussi du niveau de lecture. «Soyons francs, La guerre et l?interculturel d?Issa Asgarally a beau être très intéressant, mais ce n?est pas grand public.»

Et les best-sellers dans tout cela ? «Si nous éditons 1 000 exemplaires et que nous arrivons à tous les écouler, ce sera un record de vente», commente un peu cyniquement Ahmad Sulliman.

Chez Le Cygne, Mimi Chen raconte, «A la sortie de Maigrir en direct, les vendeuses en ont commandé 25. J?ai crié, comment c?est tout ?» et j?ai demandé entre 200 à 300. Après les avoir tous vendus, on en a redemandé 300 autres. Il ne reste plus que quelques exemplaires.»

De quoi tenir tête aux lignes venues d?ailleurs. Ces livres qui, selon Andy Lam, «n?ont pas le temps de toucher les étagères.» Parmi eux : Le Code Da Vinci et Ange et Démon du populaire Dan Brown, Mémoire et identité de Jean Paul II, ainsi que les ouvrages de théologie du nouveau pape, dont Voici quel est notre Dieu, signé Joseph Ratzinger. «Le public est attiré par ce qui est ésotérique ou ce qui fait jaser. J?ai eu par exemple quelques prêtres qui sont venus prendre Le Code Da Vinci après que leurs paroissiens leur eurent posé quelques questions.»

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