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Maurice, as-tu du c?ur ?
Il est bientôt midi sous un soleil de plomb sur le trottoir devant la municipalité de Port-Louis. L?urne pour la collecte en faveur des sinistrés du tremblement de terre au Pakistan et en Inde regorge déjà de billets et de pièces. Au micro, le speaker, adoptant un ton de commisération, harangue la foule : ?Mo bann frer, mo bann ser, nou pe get ki mizer? Eski nou bann morisien nou pou res insansib a tou sa??
Certains s?empressent de déposer furtivement leur don en argent. D?autres hésitent à faire montre de leur générosité, mais c?est sans compter sur le talentueux Atmaram, employé de la municipalité. Nazma glisse son billet dans la fente de l?urne. ?Mo kamarad pe souffer. Mo soulaz so la mizer. Si nou zanfan ti dan sa pozision la ? ?, s?empresse-t-elle de dire. Arassen avec un grand sourire ajoute : ?C?est tout naturel chez moi ; c?est sans aucune arrière-pensée. J?ai juste été touché par les images des médias?.
Les automobilistes s?arrêtent d?eux-mêmes, créant un mini-embouteillage. D?une des voitures, descend une femme élégamment vêtue d?un churidar de couleur vive ; elle tend son billet de mille roupies et repart dans un tourbillon de parfum. Le procédé un tant soit peu musclé d?Atmaram ne paie pas toujours : un passant se sentant agressé par tant d?empressement et que la cause visiblement n?intéresse pas, a failli en venir aux mains.
Un motocycliste s?arrête et demande : ?Pou ki sa ? ? ? ?Pakistan?, répond un des préposés à la collecte. Aussitôt la réponse obtenue, d?un revers de main, il déclare : ?Je vais envoyer par ma société? et repart en pétaradant de plus belle. Pendant ce temps, le micro passe de main en main. Certains en profitent pour tester leur talent d?orateur, adoptant tantôt un ton doucereux et invectivant tantôt les passants.
Le maire de Port-Louis, Reza Issack, promène un regard satisfait sur toute cette effervescence et lance : ?Face à autant de souffrance, l?être humain ne reste pas insensible.? Le maire de Vacoas-Phoenix, Hemraz Hiren Jankee, après un très convaincant plaidoyer d?Hassen, est venu prêter main-forte. Dans son discours, rendu inaudible par la cacophonie ambiante, on comprend qu?il fait confiance au ?c?ur d?or des Mauriciens?. Au micro, résonne toujours le même leitmotiv : ?Met la main dan pos.? Et les mains en sont sorties bien remplies. A 21 heures, la barre des Rs 3 millions, en dons et promesses, est atteinte rien qu?à la municipalité de Port-Louis.
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