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Maurice pourrait doubler ses exportations sur la région d?ici trois ans
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Maurice pourrait doubler ses exportations sur la région d?ici trois ans
<B>Pensez-vous que les opérateurs mauriciens reprennent goût aux ouvertures économiques dans la région ?</B>
La réalité des chiffres indique clairement que sur le plan commercial la région de l?Océan indien, de l?Afrique australe et de l?Afrique de l?Est, plus particulièrement les pays membres de la Common Market of the Eastern and Southern Africa (COMESA), prend une importance croissante dans les exportations mauri-ciennes. De 2000 à 2002, les exportations vers les pays de la région, à l?exclusion de Madagascar, ont doublé pour passer de Rs 521 millions à Rs 1 069 millions.
Aujourd?hui, la région prend environ 8 % des exportations mauriciennes. Les chiffres avancés plus haut démontrent que les hommes d?affaires sont en train de pénétrer la région et de prendre avantage du marché régional.
<B>Comment faire pour mieux exploiter les opportunités régionales ?
Il y a de vastes opportunités qui n?ont pas encore été suffisamment exploitées par les opérateurs mauriciens.
Malgré les efforts déployés par la Mauritius Industrial Development Authority (Mida), la Mauritius Freeport Authority et la Small and Medium Industries Development Organisation (Smido), la stratégie n?est pas vraiment bien ficelée. Je peux vous assurer que si les mesures et moyens nécessaires sont mis en place, et s?il y a une réelle mobilisation, Maurice peut facilement doubler ses exportations de biens et services sur la région dans les trois ans à venir.
Par ailleurs, il est urgent de penser une stratégie économique fondée sur le régional. Le développement des lignes de production existantes et la création de nouvelles lignes ciblant le marché regional peuvent nous ouvrir un marché préférentiel dans la région. L?intégration économique est faite pour cela.
La région peut contribuer à la croissance de Maurice dans les années à venir. S?il est vrai que nous devons contribuer à maintenir les piliers existants que sont le sucre, le textile et le tourisme, nous devons également nous engager dans des activités de pointe tels la knowledge economy et les services IT qui peuvent eux-mêmes avoir une dimension régionale.
Le ministre Jayen Cuttaree, du temps où il s?occupait du portefeuille de l?industrie, à plusieurs reprises, avait appelé les entreprises textiles à se tourner vers le marché régional des exportations. Il avait parfaitement raison mais la stratégie était mal coordonnée.
Les espaces économiques régionaux sont à la base de la croissance des pays les plus performants. Ce n?est pas une coïncidence quand on voit que la région asiatique ? qui connaît la plus forte croissance ? a un niveau de commerce intrarégional de 46,6 %. Même les Etats-Unis ont un niveau de commerce de 32,8% dans l?espace régional du Nafta (North American Free Trade Agreement) qui comprend le Canada et le Mexique.
Maurice a un avantage consi-dérable car il n?a qu?un seul compétiteur dans la région, en occurrence l?Afrique du Sud. Nous pouvons donc construire une partie de notre développement sur l?exportation des biens et services vers la région.
<B>Qu?en est-il des possibilités d?investissement ?</B>
La récente démarche du gouvernement de s?engager dans le développement d?un Seafood Hub est un bon exemple de stratégie régionale. Les produits de la mer sont en abondance dans la région. Maurice pourrait profiter de son avantage comparatif pour les transformer et y apporter de la valeur ajoutée avant de les exporter vers les marchés lucratifs de l?Europe.
Cela peut aussi bien s?appliquer aux produits agricoles, tels les fruits et les épices : collecter et faire le tri dans les pays producteurs, assurer la qualité, effectuer la transformation et le conditionnement à Maurice. Il y a, d?autre part, les investissements directs dans ces pays. Maurice a plusieurs contraintes tant physiques qu?économiques qui limitent les opportunités. Les investissements transfrontaliers sont donc bénéfiques pour Maurice. C?est aussi une autre façon de conquérir l?espace économique régional. Là où nous sommes encore très faibles, c?est dans l?organisation de l?exportation des services à partir de Maurice. Les quelques rares tentatives tels que le consulting ou les services de support informatiques ont été concluants. Nous avons une immense plaine devant nous mais tout cela est encore mal soutenu.
<B> Le commerce intra-régional n?a jamais vraiment décollé comme on le souhaitait?</B>
Encore une fois, la réalité des chiffres dément cette perception. En sus des exportations, il y a aussi un volume en nette croissance des réexportations vers les marchés régionaux.
Nos réexportations vers le Kenya sont passées de Rs 168 millions en 2001 à Rs 207 millions en 2002. Même le Zimbabwe, qui est un pays en difficulté, a vu ses importations de Maurice (réexportations) s?accroître de Rs 79,1 millions en 2001 à 209,6 millions en 2002. Il y a donc une demande pour les produits mauriciens dans la région. Les opérateurs qui exportent vers ces marchés ne l?auraient pas fait s?ils travaillaient à perte. Mais il est vrai que nous sommes loin d?avoir capitalisé sur toutes les opportunités.
<B> La contrebande dans les pays africains n?entrave-t-elle pas les opportunités de commerce et les investissements ?</B>
Ce n?est pas la contrebande qui est le problème, mais plutôt le commerce informel entre les frontières. Les échanges de marchandises informels représentent en-viron 20 % du commerce des pays de la région. C?est un commerce qui est pratiqué par des milliers de petits opérateurs qui bougent d?un pays à un autre territoire voisin chaque deux jours. Il faut faire avec.
Cela n?affecte pas le potentiel d?exportation vers ces marchés. Les produits qui s?échangent par les filières informelles et ceux que nous exportons ne sont pas les mêmes. Il n?y a donc pas de concurrence directe.
L?important pour nous c?est d?imaginer des stratégies pour pénétrer davantage ces marchés.
<B> L?instabilité sociale et politique dans les pays africains est souvent accusée de faire fuir les investisseurs. Comment contourner ce problème ?</B>
Evidemment, l?instabilité politique et les conflits sociaux peuvent refroidir l?ardeur des entrepreneurs. Mais il faut bien se dire que l?instabilité n?est pas généralisée sur tout le continent. La région est composée de quelque vingt pays, dont une douzaine sont des états stables, où il n?y a ni troubles civils ni coup d?état. C?est à l?investisseur de choisir l?endroit le plus sûr pour investir après avoir au préalable effectué des études de risques et de conditions d?opération.
<B>Vous interveniez récemment sur une discussion autour de la démocratisation de l?économie. Pourquoi ce débat est-il revenu à l?avant-plan ?</B>
La démocratisation de l?économie n?est pas un thème nouveau. Dans les années 70, le Mouvement militant mauricien faisait grand état de douze familles censées contrôler quasiment l?économie mauricienne. Si la question est de nouveau sur le tapis aujourd?hui, ce n?est surtout pas parce qu?il y a des agitateurs qui veulent en faire leur cheval de bataille. Les motifs sont ailleurs.
La classe moyenne a pris de l?importance. Les jeunes sont plus qualifiés, dont certains hautement qualifiés. L?envie de gagner de l?argent à travers l?entrepreneuriat est plus forte. Or des contraintes d?un temps révolu demeurent : la perception est que le profil détermine beaucoup l?accès aux opportunités.
D?une part, il y a une frustration qui est à fleur de peau chez un grand nombre de Mauriciens. D?autre part, la démocratisation de l?économie correspond aussi à un impératif économique. Il faut aujourd?hui multiplier les axes d?activités économiques pour assurer la croissance de l?économie pour les quinze prochaines années. Il faudra donc trouver beaucoup plus d?entrepreneurs qui puissent participer à ce développement.
Il y a un sentiment assez généralisé qu?il serait aujourd?hui impossible de créer de nouvelles pistes économiques. Il y a une focalisation sur des gains à court terme qui sont imaginés par ceux qui possèdent déjà les richesses de base dont la terre et les capitaux.
<B> N?y a-t-il pas le danger de ralentir la croissance en voulant procéder à la redistribution des richesses ?</B>
Personne ne parle de redistribuer les richesses. Mais beaucoup veulent que les opportunités soient ouvertes à tous et de manière démocratique. Le sucre a été dominé par ceux qui avaient la propriété terrienne héritée de l?histoire coloniale. Le tourisme a été exploité par ceux à qui l?Etat a bien voulu dispenser les espaces physiques sur le littoral. Le textile, en revanche, a ouvert la possibilité à d?autres Mauriciens de devenir des entrepreneurs.
La démocratisation se fera par l?ouverture de nouveaux espaces économiques. Toutefois, l?accès aux capitaux reste toujours en faveur des joueurs dominants sur le marché.
<B>L?entrepreneur ne trouve pas suffisamment d?espace pour évoluer. Les conglomérats génèrent des marchés captifs qui lui portent préjudice?</B>
Il faut d?abord se demander pourquoi il y aurait des marchés captifs. Les conglomérats doivent se demander si l?ouverture de leurs marchés internes ne cor-respond pas à un impératif dicté par la compétition.
La question de la démocratie économique porte une lourde charge socio-économique. Il y va donc de la stabilité et du développement continu de notre société. Il y va également des attentes sur le plan du développement économique. Il ne s?agit pas uniquement d?un slogan.
Il incombe à l?Etat, autant qu?au secteur privé traditionnel, de faire sauter les verrous, d?ouvrir de nouveaux axes et d?aider à l?émergence des compétences et de l?entrepreneuriat.
Les espaces économiques régionaux sont à la base de la croissance des pays les plus performants. La région asiatique ? qui connaît la plus forte croissance ? a un niveau de commerce intrarégional de 46,6 %.
Propos recueillis par Akilesh ROOPUN
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