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Maurice : passerelle entre l?Asie et l?Afrique ?

14 juin 2007, 20:00

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Devenir une passerelle entre l?Asie et l?Afrique. L?ambition est là depuis des années. Mais sa réalisation semble buter sur des conditionnalités qui dépassent notre contrôle ou, comme le font ressortir certains, sur notre capacité à avoir des grandes idées et notre incapacité à assurer le suivi. Serait-ce autant de raisons qui ne permettent pas à Maurice de devenir effectivement ce pont entre l?Afrique et l?Asie ? Pourtant, on ressort les atouts indéfiniment. Une proximité culturelle autant avec des pays de l?Asie que de l?Afrique. Un certain bilinguisme. Des liens historiques. Des accords commerciaux. Bref, les arguments ne manquent pas. Mais les bonnes idées n?aboutissent pas toujours à des projets efficaces.

?Maurice aurait déjà dû devenir la passerelle de préférence entre l?Asie et l?Afrique, mais nous ne sommes même pas encore un ponceau, et nous risquons d?être que quantité négligeable si nous continuons à ne pas avoir le courage de nos ambitions?, affirme d?emblée Amédée Darga, directeur de Stra Consult.

Du côté institutionnel, on fait remarquer que le processus s?inscrit dans le temps et qu?il a fallu suivre différentes étapes avant que ce rôle de passerelle ne devienne une urgence pour Maurice. Il est ainsi un fait que l?île Maurice post-indépendante s?est d?abord reposée sur les accords préférentiels qui la liaient aux ex-puissances coloniales. Cet état des choses ne poussait pas véritablement Maurice à explorer d?autres pistes commerciales même si la volonté de diversification existait.

C?est, dans le même ordre d?idées que des premiers jalons furent posés, notamment avec le rôle joué par le pays au niveau de l?Organisation de l?union africaine. Par la suite, Maurice s?est évertuée à privilégier la piste de la diversification régionale mais il s?est trouvé que, hormis l?île et Madagascar, la masse critique de la région ne représentait pas de manière significative un intérêt économique. Le commerce régional est demeuré, à ce jour, relativement bas.

C?est avec la mise en place du Common Market for Eastern and Southern Africa (Comesa) et de la Southern African Development Community (SADC) que les choses vont prendre une autre tournure. Dans son dernier bulletin sur le commerce international, le Bureau central des stastistiques fait ressortir que Maurice a exporté des marchandises d?une valeur de Rs 1,2 milliard vers des pays du Comesa. Nos échanges avec cette zone affichent un surplus de Rs 184 millions. Les exportations vers la SADC s?élèvent, elles, à Rs 1,3 milliard et les importations à Rs 2,3 milliards. Alors que les échanges régionaux deviennent une réalité, Maurice passe ainsi à une autre étape en travaillant son image de relais entre les pays de l?Asie et l?Afrique.

Confirmation d?un opérateur indien basé à Maurice. ?Grâce à ses accords dans des regroupements régionaux, Maurice est un relais réel pour nous Indiens. Il n?est pas évident pour nous d?aller traiter directement avec des pays comme l?Ouganda ou Madagascar. Par contre, lorsqu?on travaille en collaboration avec Maurice, nous nous sentons rassurés. Lorsque mon partenaire est Mauricien, je me sens plus à même de prospecter le marché africain?, souligne, à cet effet, Deepak Yardi, directeur général d?Aadicon Biotechnology Ltd, une société indienne spécialisée dans la biotechnologie agricole.

<B>Surmonter certaines guéguerres stériles</B>

Ce dernier insiste pour que les choses se fassent avec les Mauriciens. Il ajoute également que les entreprises mauriciennes auront intérêt à profiter de la technologie indienne pour parfaire la qualité de leurs produits. ?Sans la participation locale, la technologie ne servira à rien si nous voulons nous ouvrir au marché africain?, rappelle Deepak Yardi.

Les choses auraient pu aller plus vite. C?est l?avis d?Amédée Darga, qui garde toutefois l?espoir de voir les choses s?accélérer. ?Nous avons encore une fenêtre d?opportunité, mais elle est étroite. Ce n?est qu?une question de quelques années. Dans cinq ans, on nous survolera au figuré comme au propre. Le seul vol Beijing-Afrique se pose à Harare depuis déjà trois ans ! Air Mauritius a déjà le droit d?atterrissage pour la Chine, Beijing ou Shanghai. Bientôt les Jeux Olympiques en Chine et en 2010 le Mondial en Afrique du Sud. Si Air Mauritius ne se positionne pas maintenant, c?est South African Airways qui prendra le gâteau.?

Le coup reste cependant jouable du fait que le flux ne cesse d?augmenter entre l?Inde et l?Afrique. ?Tout un processus est en route à Maurice. Mais il y a encore des investissements à engager, notamment au niveau de l?aéroport, du port et des télécommunications. Nous devons rendre notre climat d?investissement plus intéressant?, témoigne, en ce sens, Deven Padiachy, économiste à KPMG.

?Mais comme toujours, il manque les cinq sous pour faire la roupie, et nous n?avons pas eu une stratégie volontariste nous préparant à jouer notre rôle. Nous, c?est autant les gouvernements successifs, les operateurs économiques que les professionnels?, note, pour sa part, Amédée Darga. Pour être pleinement efficace, Maurice devrait, selon lui, surmonter certaines guéguerres stériles. ?Là où des milliers de Mauriciens auraient dû depuis dix ans avoir développé la maîtrise du mandarin, l?on s?est gaspillé dans une querelle de langues tournée vers une perspective ethnique et culturelle plutôt que de comprendre que la langue est aussi un outil économique. Entre-temps, des dizaines de milliers d?Africains sont en train d?apprendre le mandarin et des millions de Chinois l?anglais et le français?, constate Amédée Darga.

Certes, nous pouvons encore faire valoir notre maîtrise du français mais il faut aussi savoir que des pays comme la République démocratique du Congo, le Rwanda et Madagascar adoptent une politique de promotion forte de l?anglais. ?Quand on pense que Maurice aurait dû depuis longtemps être le centre pour la formation d?interprètes et de traducteurs anglais-français et vice-versa et maintenant anglais-français-mandarin ! Il y avait bien une école d?interprétation à Curepipe Road, créée je crois sous l?OCAM. Quelqu?un de courte vue l?a tuée ! ?

Pourtant les firmes indiennes attendent toujours des éventuels partenaires mauriciens cet atout supplémentaire qui va leur permettre d?explorer le marché africain. ?Pour cause, on peut les compter sur les doigts de la main ces professionnels, ces hommes d?affaires mauriciens qui connaissent le marché africain, qui sont capables d?ouvrir les sentiers pour des partenaires de l?Inde ou de la Chine?, assène Amédée Darga. La route semble encore longue avant que des ambitions ne se concrétisent?

<B>Engager les PME</B>

Les petites et moyennes entreprises (PME) ont un rôle à jouer dans la politique commerciale d?ouverture de Maurice. Les opérateurs en sont convaincus. Et la Small Enterprises and Handicrafts Development Authority (Sehda) aussi. ?Le marché africain connaît une croissance de 5 %. Les pays africains ne vont pas importer de l?Europe ou des Etats-Unis. En ce sens, nous pouvons intervenir pour devenir le relais entre les marchés indien et africain. Mieux, en tirant profit de nos relations privilégiées avec l?Inde, nous pouvons avoir accès à la technologie, au savoir-faire et à l?expertise indiens?, plaide d?emblée Sanjeev Mulloo, président de la SME Chamber de Maurice. Mais il émet certaines réserves, notamment au niveau de la volonté politique des gouvernements mauriciens. Il souhaite un soutien plus prononcé des autorités qui permettra aux entrepreneurs locaux de contribuer à faire de Maurice ce relais. ?Nous nous devons de penser en termes de co-création, de coproduction et de co-existence. C?est pour cette raison que nous voulons établir des relations étroites avec l?India International Trade Centre (IITC)?, fait-il ressortir.

Abondant dans le même sens, Vijay Ramgoolam, directeur général de la Sehda, estime qu?un partenariat avec la National Small Industry Corporation of India sera d?un atout vers un rôle plus grand de Maurice en tant que relais entre l?Inde et l?Afrique. La Foire de la Technologie a été, pour lui, l?occasion de se rendre compte à quel point la technologie indienne peut contribuer à améliorer la qualité des produits mauriciens autant qu?à explorer la production de nouveaux produits et services, notamment de produits que nous importons. ?Les Indiens proposent ces technologies et les formations nécessaires pour que nous nous installions dans de nouvelles productions?, assure Vijay Ramgoolam. Pour ce dernier, le secteur des PME est en train de se consolider. Avec un accès plus facile aux finances, à l?information et l?introduction du Business Facilitation Act, l?entrepreneuriat mauricien s?insère dans un nouveau dynamisme. ?Entre juillet 2005 à ce jour, ce sont plus de 22 000 personnes qui ont approché la Sehda et 5 600 PME se sont inscrites. Il ne s?agit pas seulement de lancer des PME qui ne sont orientées que vers le marché local. Nous savons aujourd?hui qu?il existe un certain nombre de ce qu?on appelle petits produits comme les achards ou encore la transformation des fruits et légumes qui attirent des marchés étrangers dont européens. Le transfert des technologies est un outil important vers l?exportation?, estime-t-il.

La réussite de la politique d?ouverture de Maurice aboutira plus facilement, ajoute le directeur général de la Sehda, dépendant de la capacité du pays à fonctionner dans des partenariats stratégiques. ?Il existe de nombreux créneaux dans lesquels les PME mauriciennes peuvent s?engager afin de pouvoir exporter sur d?autres destinations. Avec le Comesa et la SADC , Maurice bénéficie de plate-formes commerciales qu?elle doit exploiter?, conclut -il.

<B>Un cas de réussite</B>

Lancée en 2001, l?Eugénie Food Products est l?illustration d?une entreprise mauricienne qui est sortie de son insularité pour explorer des marchés étrangers. Engagée dans la réalisation d?achards, de chutneys, des pâtes de piment et à moindre degré de confitures, ses produits ont investi autant des segments du marché français, anglais qu?australien alors que des commandes affluent désormais de certains pays africains. ?Vu l?étroitesse du marché mauricien, on s?est dit qu?il fallait explorer d?autres pistes. La participation à deux foires en 2003 et 2004 en France et en Allemagne nous a permis de prendre des contacts et des commandes. Aujourd?hui, les demandes excèdent l?offre?, confie Jocelyne Laurent, directrice de l?entreprise. Elle plaide pour un appui plus soutenu des autorités afin que les PME puissent réellement envisager l?exportation. ?Pour ma part, à un moment donné, j?ai envisagé de délocaliser à Madagascar tant il est difficile de s?approvisionner en matières premières. Ce qui est paradoxal car nous avons à Maurice la possibilité d?avoir des stocks de grenier. Il s?agit de fournir les soutiens nécessaires à ceux qui opèrent dans le secteur où qui veulent s?y lancer?, explique-t-elle.

QUESTIONS À?

<B>Chandrakant Sulunkhe président India International Trade Centre</B>

● <B> Comment s?est établi le contact avec le marché mauricien ? </B>

En février de cette année s?est tenu le Sommet global des PME à Mumbai. A partir de là des liens se sont tissés avec la Sehda et l?organisme représentant les PME mauriciennes. Pour nous, il n?est pas seulement question des contacts entre PME. Quand on nous dit que l?île Maurice est un petit marché et qu?on n?a pas grand-chose à y gagner, une tentation à laquelle même des Mauriciens peuvent céder, nous répondons que les petits marchés pourvoient la plate-forme aux grands marchés. Il importe dès lors d?étudier comment le marché mauricien nous permet d?avoir accès au marché africain. Nous voulons prendre avantage des facilités offertes par Maurice.

● <B> En quel sens la Technology Fair vous a-t-elle aidé à étudier ces possibilités ? </B>

La foire, elle-même, était consacrée à donner à voir aux Mauriciens la technologie disponible en Inde pouvant soutenir les entrepreneurs locaux. Il s?agit d?avoir recours aux équipements efficaces pour fabriquer de bons produits. Cette foire a été l?occasion de constater que le climat mauricien est propice pour que nos deux pays réalisent des partenariats. Que ce soit la Sehda, la SME Chamber, l?Indian Business Council, Enterprise Mauritius, le Board of Investment et au niveau des différents ministres, on a pu se rendre compter qu?il y a une réelle volonté d?ouverture. Tous ont exprimé le v?u de voir des entreprises indiennes travailler conjointement avec Maurice pour atteindre le marché africain. Pour notre part, nous avons proposé d?ouvrir nos centres de formation aux Mauriciens afin qu?ils soient mieux armés pour accéder au marché global.

● <B> Concrètement qu?est-ce qui doit être fait pour que le partenariat indo-mauricien accède réellement au marché africain ? </B>

Un certain nombre de facteurs doivent être réunis. Les politiques gouvernementales doivent tendre en ce sens. Mais il est aussi question de l?architecture de taxation, des facilités infrastructurelles et de marketing, de la viabilité du réseau portuaire mauricien et enfin du climat des affaires en général. L?important est de poser les bases et d?accentuer les efforts car d?autres possibilités existent comme l?ouverture vers les pays arabes et l?Asie. L?île Maurice peut devenir une vitrine asiatique pour les pays africains.

● <B> Qu?est-ce qui a empêché jusqu?ici l?Inde de travailler plus en profondeur le marché africain ? </B>

C?est un marché qui représente de grandes opportunités. Mais en Inde, nous avons toujours buté sur des questions comme les conditions de paiement, les tarifs, la barrière de la langue? D?où l?importance de Maurice qui peut servir d?intermédiaire. Et cela peut donner de la consistance à cette attirance mutuelle qui existe entre l?Inde et l?Afrique.

● <B> Quelles sont les prochaines étapes pour la concrétisation des projets ? </B>

Nous allons mettre en place un SME Development Forum entre les deux pays basé sur le modèle existant entre l?Inde et la Chine en sachant qu?avec ce dernier pays l?interaction est parfois difficile alors que nous nous sentons culturellement proche de Maurice.

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