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Maurice et Rodrigues sous l?effet d?un raz-de-marée

27 décembre 2004, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

En quelques minutes, la mer à envahi une quinzaine de mètres de terrain. Elle a même gagné la route à Anse-La-Raie. Des habitants de Roches-Noires se sont eux réveillés avec le bruit d?énormes vagues qui s?écrasaient contre le mur de leurs maisons et campements? Et ils n?y ont rien compris.

De Rodrigues à Maurice, les répercussions du séisme sous-marin ? tsunami ? d?une amplitude de 8,9 sur l?échelle de Richter au large des côtes de l?île de Sumatra en Indonésie se sont fait sentir. La catastrophe s?est déroulée aux environs de 5 h 00 du matin et des milliers de gens en sont morts. (voir aussi pages 14 et 15)

A Roches-Noires, la scène était encore plus impressionnante dans l?après-midi. ?Les vagues s?écrasaient contre les murs et quelques secondes après, sur une distance de 15 mètres, la mer s?est retirée pour ensuite revenir?, raconte un propriétaire.

Ainsi, il ne faut pas penser à faire trempette dans la mer en cette période de fêtes. Binaye Pathak, directeur adjoint de la météo, conseille aux touristes et à la population en général d?éviter de prendre la mer aujourd?hui. Que ce soit dans le lagon ou au large. Car des risques de réplique sont toujours là et en quelques heures la mer peut devenir dangereuse.

Des experts à l?étranger se montrent encore plus prudents. Ils estiment qu?étant donné l?ampleur du phénomène, les risques de raz-de-marée peuvent encore se manifester dans les jours qui viennent. Ce qui ne manquera pas de surprendre la population.

Entre-temps, surpris, ils étaient nombreux à l?être à Maurice. Une Française qui campait dans les parages de Roches-Noires a paniqué face à l?événement. Un peu plus loin, d?autres personnes tentaient de mettre leur bateau à l?abri. Elles ont été contraintes de tout abandonner car la radio diffusait des informations selon lesquelles une telle initiative pouvait être dangereuse.

A Anse-la-Raie, un enfant sur un rocher s?est retrouvé prisonnier des eaux en une seconde. Heureusement que son père se trouvait non loin de là et a pu lui porter secours.

Dans d?autres régions du pays, au Morne et à Flic-en-Flac notamment, après avoir entendu les annonces à la radio, des personnes ont plié bagages et sont rentrées chez elles plus tôt que prévu. Mais la police et la National Coast Guard ont noté de nombreux cas d?imprudence. Car malgré les consignes de sécurité, des enfants et leurs parents se trouvaient toujours au bord de l?eau et sur les rochers.

Vassen Kauppaymuthoo, océanographe qui travaille à son compte à la firme Delphinium Ltée à Maurice, explique que le ?profil de la côte sera modifié?. Il indique qu?à l?issue d?un Tsunami, conséquence d?un séisme dont l?épicentre se situe en mer, les vagues produites sont de 15 mètres jusqu?à 35 mètres de haut et se déplacent entre 500 km/h et 800 km/h.

?Il n?y a pas d?obstacles en mer entre Sumatra et Maurice; l?impact s?est fait ressentir jusqu?à chez nous?. L?océanographe estime qu?il n?est pas impossible qu?il y ait un jour un volcan sous-marin dans les parages de Maurice. S?il entre en éruption, l?île connaîtra nombre de raz-de-marée.

RÉACTION

<B>Le Premier ministre ?agacé? </B>

■ L?événement d?hier a fait bien des vagues dans les milieux officiels. La réaction du Premier ministre a été vive par rapport à des manquements qu?il dit avoir constatés dans deux services publics. Il a fait savoir, dès hier, au directeur de la station de météo son mécontentement et compte demander certaines explications aux responsables de la MBC aujourd?hui. Estimant que les services météo ont péché par manque de préparation et jugeant que leur réaction était inadéquate, le Premier ministre a cherché à parler au directeur de la station de Vacoas, Subiraj Sok Appadu, en début d?après-midi d?hier. Quand il a finalement eu ce dernier au téléphone, il lui a communiqué son agacement. Le Premier ministre a aussi laissé éclater sa colère contre les ?puissances étrangères? qui n?ont pu émettre les avertissements à temps bien qu?elles disposent de moyens sophistiqués pour observer les phénomènes géologiques et météorologiques. De même, Paul Bérenger n?est pas satisfait de la qualité de l?information diffusée par le service public de l?audiovisuel pour alerter les Mauriciens du danger potentiel qui menaçait le pays. Le Premier ministre était à Roches-Noires quand il devait apprendre, par la bouche du commissaire de police, Ramanooj Gopalsingh, le déferlement des vagues inhabituelles à Rodrigues et dans l?Est du pays. Il est resté en contact avec le chef commissaire de Rodrigues, Serge Clair, et le ministre de Rodrigues, Pritiviraj Putten.

CONSTAT

<B>Rodrigues sous les eaux</B>

■ Outre Maurice, le raz-de-marée résultant du séisme de Sumatra a aussi affecté les Seychelles et l?île de la Réunion. Aux Maldives,la capiltale Male a été aux deux tiers engloutie. Il en a été de même pour l?île-aux-Cocos, au large de Rodrigues, qui s?est retrouvée complètement sous les eaux. Ainsi à Port-Mathurin et dans les villages avoisinants tels que Fond-la-Digue, Camp-du-Roi, Baie-Lascars, les dégâts sont assez importants.

Bateaux et réservoirs d?eau vides ont été emportés dans le port, une dizaine de maisons ont été inondées, des pirogues se sont retrouvées à même la rue à Port-Mathurin? Hugues Wong Lit Wan, un jeune étudiant de 20 ans dont le père Jacquelin tient un commerce à Port-Mathurin, estime que même lors du cyclone Kalundé, il n?y a pas eu autant de montée des eaux. Et à hier soir, l?eau était toujours dans des rues de Port-Mathurin.

Du jamais-vu pour les habitants de l?île. Surtout lorsque plusieurs îles aux alentours ont aussi été submergées. L?île-aux-Sables, très fréquentée par les touristes, se trouve également sous les eaux.

Une réunion d?urgence s?est tenue hier dans la capitale rodriguaise sous la présidence de Serge Clair, chef commissaire de Rodrigues. Ce dernier précise que ?le phénomène était assez impressionnant et il y a eu des dégâts à Port-Mathurin et dans quelques maisons.? Il estime qu?il faudrait un plan de réaménagement pour Port-Mathurin et les régions avoisinantes car un jour, en de telles circonstances, les choses pourraient s?aggraver.

<B>Raz-de-marée meurtrier dans l?océan indien</B>

Le bilan ne cesse de s?alourdir. Déjà 10 000 morts et plus d?un million de sinistrés. Un séisme sous-marin sans précédent depuis quarante ans, d?une amplitude de 8, 9 sur l?échelle de Richter, a frappé vers 5 heures du matin hier l?Asie du Sud-Est.

Parti des eaux peu profondes d?une région soumise à de forts mouvements tectoniques, Sumatra en Indonésie, il a glissé sur le fond de l?océan et l?onde de choc traversant des milliers de kilomètres, il a provoqué une série de tsunamis,ou raz-de-marée, qui ont semé mort et désolation sur leur passage.

A hier soir, on dénombrait 4 200 morts en Indonésie, 3 200 au Sri Lanka, et pas moins de 2 500 en Inde. De hauts lieux touristiques comme l?île de Phi Phi et la région de Phuket en Thaïlande, sont complètement dévastés.

Déferlant sur 2 000 kilomètres, les vagues géantes ont ravagé des zones côtières de l?Indonésie à l?Inde en passant par la Thaïlande, les Maldives et le Sri Lanka. L?onde du tsunami, née du choc sismique du haut en bas de la masse océanique, est épaisse de plusieurs centaines de mètres et gagne en énergie chaque fois qu?elle heurte le plancher sous-marin.

Rien d?étonnant alors que le raz-de-marée a atteint nos côtes. A Maurice même, Roches-Noires a été le théâtre d?impressionnantes vagues s?écrasant contre murs et rochers, la mer refluant sur une distance de quinze mètres. A Anse-La-Raie, les eaux ont envahi la route côtière.

C?est Rodrigues qui a été la plus affectée par le phénomène. L?eau a gagné les rues de Port-Mathurin, a envahi une quinzaine de maisons et plusieurs bateaux et réservoirs ont été emportés. Des îlots environnants notamment l?île-aux-Sables et l?île-aux-Cocos ont même été submergés.

Il faudra éviter de prendre la mer durant quelque temps, dans le lagon ou au large. Selon des experts, des secousses secondaires peuvent encore se faire sentir dans les jours qui viennent.

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