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Maurice en représentation
«L?Île Maurice surestime son importance sur la scène internationale. » Ces propos du chef de la délégation de l?Union européenne en partance, Juan Carlos Rey, publiés dans l?express d?hier, ont le mérite de nous ramener à la dure réalité de ce déformant nombrilisme qui nous déconnecte du monde dans lequel nous vivons. Un monde où nous nous croyons toujours détenteurs d?une place privilégiée du fait de notre histoire, de nos cultures compartimentées, de notre identité morcelée. Aujourd?hui, la déclaration de Carlos Rey résonne comme une mise en garde. Le monde ne nous doit rien. Croire qu?on pourra indéfiniment l?apitoyer sur notre sort tout en nous réfugiant dans notre narcissisme est le genre de non-sens que nous pratiquons à volonté.
C?est ce même art de la dissimulation qui nous pousse souvent à claironner à la face des compétences étrangères, notre suffisance. Nous sommes la seule nation au monde qui possède des professionnels dans tous les secteurs de la vie économique. Nous n?avons besoin de personne. Derrière l?argument qui veut que nous payions des sommes astronomiques pour nous assurer leur service, se cache un refus d?un professionnalisme et d?une rigueur venus d?ailleurs. Notre administration corporatiste, tel un molosse, veille avec une infinie gourmandise sur son os des intérêts acquis. Pour beaucoup, il ne s?agit rien de moins que de xénophobie. C?est qui est sûr, c?est que dans tous les cas de figure, il y a bien une peur omniprésente. Aux analystes de névroses sociales nationales de nous faire comprendre cette trouille devant l?Autre, quel qu?il soit.
En revanche, des précisions s?imposent lorsqu?on a une représentation aussi égocentrique de soi-même. Certes, Maurice peut être cité comme un exemple de démocratie vivante en Afrique. Mais la vérité, nous la connaissons bien. Il y a tant d?imperfections dans le système que seule peut explique notre aptitude naturelle à nous satisfaire de peu. Dans un tel contexte, les pays avoisinants et les pays dits amis ne peuvent que nous réconforter dans l?image d?une nation moderne et réformatrice. Or nous le savons, nous sommes davantage des adeptes des réformettes que de véritables réformateurs. Ce pays a congénitalement peur de ses syndicalistes, de ses prophètes des associations socioculturelles, des créanciers qui tiennent en otage son destin.
Alors inconscience des règles des relations internationales ou simple ignorance des pratiques diplomatiques ? Il faudrait croire qu?en diplomatie, nous sommes restés à l?âge pré-indépendance. Il y a quelque temps, Paul Bérenger se permettait de défier la nature de notre relation avec un pays dit ami. Il était rapidement mis à sa place. Aujourd?hui Navin Ramgoolam et Arvin Boolell ont constaté à leurs dépens qu?il ne suffit pas de flatter les uns et les autres et de jouer sur la corde historique des relations privilégiées pour parvenir à maintenir des régimes préférentiels passés.
Le monde bouge à une vitesse vertigineuse. L?île Maurice est, elle, encore à l?âge de pierre dans sa conception du monde globalisé. Sa classe politique, sa société civile, ses ONG, son monde des affaires? Nous avons tous notre part de responsabilité dans cette situation.
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