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MAURICE DUTY FREE ? Il faudra repasser
Dès décembre dernier, il suffisait de tendre l?oreille vers les collaborateurs de Pravind Jugnauth pour les entendre s?enthousiasmer de la trouvaille qui s?annonçait comme l?une des idées fortes du budget : Maurice île Duty Free. Mais aujourd?hui, les ambitions affichées autour de l?idée semblent se rétrécir comme une peau de chagrin. Maurice n?aurait pas les moyens de son ambition ! Du moins pas dans le court terme.
L?objectif initial : faire de Maurice le Dubaï de l?océan Indien. Le contexte : l?industrie de contrefaçon de la marque Ralph Lauren vit ses derniers moments dans l?île. C?est un chiffre qui secoue nos décideurs : Rs 2 milliards. Voilà le chiffre d?affaires que génère la vraie filière des faux Ralph Lauren à Maurice, grâce à une clientèle touristique. Et le 31 décembre 2004, cette filière-là disparaît !
<B>Les comptes de l?État sonnent le tocsin</B>
Comment compenser cette disparition ? Peu de chances que les obscures marques locales, même de qualité, puissent attirer autant d?euros ou de rands que les Ralph Lauren. Il faut donc trouver le moyen de faire en sorte que les touristes dépensent autrement le même argent. Enter Duty Free Island.
L?idée de départ laisse rêveur. On parle d?une filière qui générera des milliards, d?investisseurs étrangers qui fonderont des centres commerciaux dédiés aux produits duty free. On parle même de baisses tarifaires sur des milliers de produits allant de la montre au téléviseur plasma qui vaut Rs 200 000, en passant par la chaussure de luxe. Le touriste veut acheter du haut de gamme, de l?électronique ?
Il l?aura ! Et pourquoi ne pas en faire profiter les Mauriciens ? Puis soudain, le réveil est brutal, et les comptes de l?État sonnent le tocsin.
Les revenus douaniers ont oscillé entre Rs 4 et Rs 5 milliards ces dernières années. Enlever la taxe sur des milliers de produits équivaudrait à priver l?État d?une source de revenus. Et par les temps qui courent, un sou est un sou. Et on y réfléchit à deux fois avant de sacrifier un poste de revenu.
Le ministre des Finances et ses cadres ont bien vite abandonné l?idée d?une annonce pompeuse de baisse tarifaire, impliquant des milliers de produits.
On choisit désormais le haut de gamme. « Il est plus réaliste de coupler l?offre duty free à notre offre touristique traditionnelle, ou avec les projets d?Integrated Resort Scheme », estime l?économiste Pierre Dinan. Et il voit juste. Aux dernières nouvelles, les baisses tarifaires ne concerneraient, dans un premier temps, qu?une gamme très réduite de produits. Vêtements et maroquinerie de luxe, parfums et montres en font partie. Le ministère des Finances serait en train d?étudier soigneusement les produits sur lesquels il peut enlever la taxe. Mais il faut savoir qu?on choisit de n?enlever la taxe que sur le produit qui ne génère pas énormément de revenus en droits de douane pour le gouvernement.
Mais voilà qu?un autre problème surgit. N?est pas vendeur duty free qui veut ! Ceux qui possèdent d?énormes complexes commerciaux duty free en Asie ou à Dubaï sont des professionnels. Ils disposent de l?expertise, mais aussi du réseau d?approvisionnement qui leur garantit non seulement toute une gamme de produits, mais aussi des prix attractifs. Et quand ces investisseurs envisagent de s?installer à Maurice, ils sont confrontés au vieux problème de la poule et de l??uf.
Le gouvernement veut pouvoir lancer le processus, dès qu?il sera certain que les investisseurs et marques internationales viendront s?implanter chez nous. Et justement, les investisseurs veulent, quant à eux, voir à quoi ressemble le cadre légal et le nouveau paysage douanier pour prendre une décision. Chacun scrute le premier pas de l?autre? et ce premier pas tarde à venir.
Cela aboutit à quelques cas cocasses. Ainsi, le projet du groupe Katavi a fait grand bruit. Il est en effet étourdissant : Rs 1 milliard d?investissement, un complexe de 150 boutiques hors-taxe au Caudan sur le site de l?actuel grenier.
Mais ceux qui connaissent l?évolution du dossier parlent d?une autre réalité. Katavi cherche avant tout un deal immobilier ; l?ajout du côté duty free a été fait tardivement dans le projet, au moment où les interlocuteurs locaux du groupe sud-africain leur ont fait connaître les projets du gouvernement. Reste Katrada, bien Mauricien celui-là. Qui voudrait bien investir mais qui veut voir comment les choses se développent avant d?allonger les centaines de millions. Entre-temps ceux qui veulent investir dans la Duty Free Island ne se bousculent pas au portillon.
<B>Lancer une opération séduction</B>
Mais Pravind Jugnauth compte lancer une opération séduction. Ainsi le pays fera les yeux doux à Benetton, Dior, Hermes et d?autres grandes marques pour qu?elles ouvrent des boutiques à Maurice. La même opération devra être répétée auprès des chaînes de magasins spécialisées dans le duty free.
Les ambitions ont été revues. Et les objectifs qui devaient être atteints dans deux ans ont été rééchelonnés sur trois ans au plus tard. Maurice Duty Free Island, ce n?est pas pour demain. Mais on croit dur comme fer que le potentiel existe. Et qu?à défaut de devenir un Dubaï pour l?Afrique, Maurice pourrait à tout le moins se transformer en centre de shopping pour la région océan Indien.
Pour ce qui est de l?île entièrement duty free, elle devrait se traduire tôt ou tard en réalité. Les obligations que le pays a avec l?Organisation mondiale du commerce, la Southern African Development Community ou le Common Market for Eastern and Southern Africa l?obligeront à supprimer bon nombre des barrières tarifaires à moyen terme. Maurice ne sera pas duty free demain. Mais elle le sera tôt ou tard.
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