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Maurice claudiquant après Claudette

28 décembre 2004, 00:00

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Jetons un dernier regard sur cette île Maurice de 1979, devant se contenter d’arrière-goût cyclonique en guise de réveillon de la Saint-Sylvestre. Réveillon des plus compromis. Car qui dit après-cyclone, dit encore fourniture électrique compromise, sinon aléatoire, produits congelés à consommer au plus vite sous peine de devoir jeter à la poubelle saumon, foie gras, dinde, jambon, bûche de Noël. C’est la chasse aux congélateurs équipés d’un bloc électrogène. Des privilégiés transportent leur congélateur familial dans les rares usines disposant de l’énergie électrique pour fonctionner sans à-coups. Circuler n’est pas facile car on ne sait jamais à quel moment on risque d’être arrêté par un arbre abattu, une route inondée, un glissement de terrain, un éboulement ou encore par une chaussée défoncée par les eaux pluviales.

La promenade n’est guère réjouissante. Ici et là, les mêmes scènes de désolation : de pauvres habitations à demi-éventrées, à demi-submergées. Tout autour, des mares d’eau boueuse, du linge, des vêtements qu’on essaye de laver, qu’on essaye de sauver, des matelas rapiécés qu’on met à sécher. Même les animaux domestiques donnent l’impression de sortir d’un cauchemar. L’île Maurice perd son sourire légendaire. Elle devient aussi morose qu’une roupie dévaluée ou, pire encore, dépréciée.

Au-delà de l’accablement généralisé, on s’apitoie plus particulièrement pour une fillette de Pont Lardier. On appréhende fort qu’elle ait pu être emportée par une rivière Sèche en crue. Beaucoup de pirogues endommagées par les éléments. Un raz-de-marée violent est la cause d’inondations désastreuses. Du côté de Grand-Sable, on déplore la noyade de 200 cabris. A Villebague, le château de Rosnay perd, en partie, sa toiture. Le dôme sphérique en fibre de verre du radar du Trou-aux-Cerfs est endommagé. Des fissures permettent l’infiltration de l’eau, faisant courir les plus grands risques au personnel. La station opère avec une puissance de 28 000 volts. A Trou-Fanfaron, Port-Louis, coincé entre l’eau de la rade et celle de deux ruisseaux en crue, le rez-de-chaussée du poste de police est submergé par six pieds d’eau. Deux véhicules, garés non loin de là, ont été entraînés sur plus de 80 mètres avant d’être projetés dans un ruisseau.

Dans l’industrie hôtelière, c’est la pagaille et les débordements. Tant qu’ils ont pu, les hôteliers ont multiplié les gestes de prévenance afin de faire plaisir à une clientèle compréhensive mais aussi soucieuse de confort et de sécurité. L’hôtel La Pirogue met à la disposition de ses clients un stock de 3 500 bougies. Plus grave est le manque d’eau. Un camion citerne par jour et par hôtel ne suffit pas à offrir une douche par jour à chaque client. Les groupes électrogènes ne sont pas assez puissants pour faire fonctionner les climatiseurs. Quelques touristes s’en vont plus tôt que prévu. D’autres, plus nombreux, sont ravis de leur expérience cyclonique. C’est le cas du ministre français des Finances, René Monory. Jacques Anquetil essaye, mais en vain, de prolonger d’une semaine son séjour. Parmi les visiteurs post-cycloniques, on compte les 800 touristes sud-africains du paquebot Achille Lauro. Ils laissent environ un million de roupies en devises. Ils n’ont toutefois pas pu visiter la volière de Casela, fermée au public pour cause de dommages. Le jardin botanique de Pamplemousses offre un visage de désolation. Le bassin aux nénuphars est un marais glauque et putréfié, exhalant une odeur nauséabonde. Il restera fermé jusqu’au 31 janvier 1980.

La police établit le bilan officiel au 27 décembre 1979. Il est de 4 morts, 4 blessés graves, 39 blessés légers, 4 472 réfugiés, 922 maisons détruites, 201 cahutes détruites, 173 sérieusement endommagées et 140 inondées. Au dire d’Harold Walter, “nous sommes dans la soupe et nous sommes tous trempés”. C’est du moins les propos que lui prête un journal gouvernemental. Il qualifie Claudette “d’oiseau de mauvais augure pour le nouvel an”. L’Agence France Presse n’a rien trouvé de mieux que d’annoncer, de Durban, que Claudette a causé la mort de 40 personnes à Maurice. Cela ne fait qu’un zéro de trop, diront ceux que la précision et l’exactitude journalistique d’antan n’obsèdent plus.

Terminons par une nouvelle de taille : Claudette a quelque peu chassé sur son socle le buste de Rémy Ollier au Jardin de la Compagnie. Il s’en est fallu de quelques centimètres que la statue de bronze, due aux ciseaux du sculpteur Maurice Loumeau, ne tombe à terre. Elle fut dévoilée le 21 novembre 1908.

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