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Maurice abat son joker

7 octobre 2007, 00:00

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Maurice abat son joker

Le ciel s?assombrit sur le front des relations entre Maurice et son principal partenaire de développement : l?Union européenne (UE). Ces deux dernières semaines, les mauvaises nouvelles se sont succédé. Dénonciation du Protocole sucre par l?Union européenne, sérieuses me-naces sur la conclusion de l?Accord de partenariat économique entre les pays d?Afrique, des Caraïbes et du Pacifique, de la région de l?Afrique orientale et australe (Afoa) et l?UE. Faisant peser de sérieux risques notamment sur le secteur du seafood et même le textile du pays.

« Dans les négociations, tout peut se décanter à la dernière heure », lâche un cadre du ministère du Commerce international. Mais l?attentisme n?est plus de mise dans le camp local. Des 16 pays qui composent le groupe, seuls 4 sont à revenus moyens, à savoir, Maurice, le Kenya, les Sey-chelles et le Zimbabwe. « Le Ke-nya a ses propres intérêts. Et semble davantage pencher vers ses partenaires du groupe de négociation de la Sou-thern African Development Commu-nity. Le Zimbabwe est, quant à lui, un pays honni. On se voit mal aller négocier avec un tel partenaire à nos côtés », se lamente ce cadre.

<B>Procéder par centres d?intérêt</B>

D?où le joker. C?est le « plan B », comme l?appellent les négociateurs locaux. Ces derniers ont procédé par centres d?intérêt. Maurice et les Sey-chelles ont deux secteurs d?activité en commun : le tourisme et la pêche.

« On voit immédiatement que les intérêts sur le commerce du seafood ou sur le secteur des services pour le tourisme sont convergents », poursuit notre interlocuteur. Mais la perspective d?aller seul avec les Seychelles à la table des négociations en a rebuté plus d?un. Motif : pas assez de masse critique. C?est ainsi que les regards se sont tournés vers Madagascar. Avec ses 18 millions d?habitants, la Grande île constitue un partenaire de poids. Et d?avenir, vu que ses ressources touristiques, halieutiques et que son potentiel industriel sont pour l?heure largement inexploités.

« Vous vous classez parmi les pays les moins avancés pour le moment. L?offre de l?Union européenne pour l?accès au marché vous paraît peut-être intéressante pour l?heure, mais vous allez vite passer à la catégorie des pays en développement. Vous allez avoir les mêmes intérêts que Maurice. Rejoignez-nous maintenant. » C?est à peu près le langage qu?à tenu la partie mauricienne pour con-vaincre la diplomatie malgache de se joindre à ce nouvel axe, auquel les Comores ont adhéré. Le tout sous? l??il impassible de la Réunion.

<B>Un optimisme mesuré</B>

De fait, un sous-groupe Afoa a été créé, et qui, concrètement, pourrait s?appeler le groupe de la Commission de l?océan Indien. « Nous avons une longue expérience du travail en commun. Nous avons reçu des aides directes de bailleurs de fonds, dont l?Union européenne. Le sérieux de notre collaboration est re-connu. L?Europe ne peut que nous accorder l?attention que nous méritons », ex-plique cet expert de la coopération internationale.

Et c?est le cas. La délégation locale de la Commission européenne a exprimé sa satisfaction en apprenant que Rama Sithanen et Arvin Boolell, respectivement ministre des Fi-nances et de l?Agro-industrie, ont été propulsés architectes de cette nouvelle configuration de négociation.

En effet, la chef de délégation, Claudia Wiedey, s?est montrée optimiste lors d?une rencontre avec les deux ministres lundi dernier. Selon elle, l?Afoa devrait trouver un terrain d?entente avec l?UE d?ici la fin de l?année. « Claudia Wiedey a encouragé les ministres Sithanen et Boolell à continuer leurs discussions avec la région Afoa et les pays de l?océan Indien, afin qu?une offre d?accès aux marchés soit présentée à l?UE d?ici fin octobre », a-t-on laissé entendre à la délégation.

Le camp local affiche également un optimisme mesuré. Selon des proches du dossier, même si le groupe Afoa n?arrive pas à présenter son offre d?ici fin octobre, l?offre « COI » est, elle, déjà prête. Et même incomplète et avec des « offres différenciées », la proposition COI devrait recevoir un accueil favorable de l?UE. « Nous aurons montré que nous voulons d?un accord. Politiquement, l?UE se devra alors de faire un geste. Notamment en préservant certaines de nos préférences au-delà du 1er janvier 2008, en attendant que toutes les autres parties de la négociation soient bouclées », avance-t-on du côté des négociateurs mauriciens.

Et si cela ne suffisait toujours pas ?

À contrec?ur, on laisse entendre qu?il y a un « Plan C » qui consiste, pour Mau-rice, de négocier un accord bilatéral en solo avec l?UE. Mais le pays risquerait d?y laisser des plumes. Vu le peu de poids qu?il aurait en face d?un interlocuteur dont dépend son avenir économique.

<B>Réforme sucre : en attendant le « geste » </B>

Au ministère de l?Agro-industrie, le temps tourne au ralenti. Au même rythme que la réforme du secteur sucre. Du coup, une tranche variable de 4,5 millions d?euros (environ Rs 190 millions) de mesures d?accompagnement de l?UE n?est toujours pas prête à être décaissée. L?UE avait fixé l?échéance à fin septembre pour réaliser des progrès sur le volet de la centralisation et du nombre d?employés des usines sucrières qui seront concernés par les Voluntary Retrirement Schemes (VRS).

Mais jusqu?ici, aucune avancée notable n?a été enregistrée sur ces dossiers. En grande partie à cause du froid qui règne entre l?industrie et le gouvernement. « Des preuves de progrès doivent nous parvenir très bientôt afin d?éviter une situation où l?UE ne sera pas en position des décaisser des aides qui ont été allouées à Maurice », avertit même Claudia Wiedey, la chef de délégation de la Commission européenne à Maurice.

« Il faut que le geste vienne de l?industrie sucrière. Qu?elle démontre une volonté de sortir de l?impasse. Il ne faut pas tout attendre du gouvernement », explique, quant à lui, un proche du dossier qui a participé à toutes les réunions entre le Premier ministre et les sucriers jusqu?ici. Pour cet interlocuteur, il est hors de question que le gouvernement se précipite.

Tranche incitative ou pas, aucune décision ne sera prise sans de mûres réflexions. C?est le cas dans le volet énergie de la réforme et dont la partie concernant les centrales thermiques à être mises en place donne du fil à retordre aux négociateurs des deux camps. Les sucriers veulent des garanties sur le prix de vente de l?électricité au Central Electricity Board au taux le plus rentable pour eux. Tandis que le gouvernement se refuse à prendre des engagements sur des prix élevés sur le long terme. Et d?imposer un délai de réflexion pour étudier et proposer une contre-offre.

« C?est le Premier ministre qui doit envoyer le signal », entend-on du coté de l?industrie sucrière.

Ce sera peut-être le cas dans la semaine qui vient. Son déplacement au Pakistan annulé, le dossier Dinesh Ramjuttun, presque réglé, Ramgoolam s?apprêtera ensuite à reprendre le dossier sucre en relançant une série de rencontres avec les sucriers. À l?hotel du gouvernement, on assure que cela se fera « dans les jours à venir ». Tant mieux, il est temps que le travail inachevé soit bouclé.

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