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Masse critique
Nouvelle adresse pour Amrita Dyalah. ça y est. Sa galerie a quitté le front de mer du Caudan pour regagner les rives plus hospitalières de Grand-Baie, à côté de Store 2000. Pour des raisons économiques. Notamment parce que son loyer portlouisien culminait autour des Rs 52 000.
Alors, depuis mai elle attend que son nouveau local vitré (l?ancien était situé à proximité du poste de police) soit prêt. Pour l?inaugurer demain, Amrita Dyalah et un collectif de neuf artistes nous proposent leurs ?Masses positives?. Exposition qui sera visible du 10 au 19 courant.
Démarche caritative au profit de l?association Rêve et Espoir. Démarche de vie aussi pour une artiste productive mais qui s?est fait rare dans ce type de manifestation. L?explication : Amrita Dyalah est ailleurs. Comme essoufflée, elle raconte : ?Je viens d?exposer 25 tableaux à Romans-sur-Isère en France. Je tiens aussi une expo permanente à l?hôtel Oberoi.?
Des sollicitations qui disent aussi pourquoi cela fait quelques années qu?elle n?a pas fait de solo en terre natale.
Car à tout prendre, il faut bien que l?artiste vive. Surtout si elle a choisi de le faire par la force de ses pinceaux, de sa galerie. Non. Amrita n?a pas oublié. Ce seul et unique refus qu?elle a essuyé quand elle a frappé à la porte d?une galerie dans l?espoir d?y exposer. Alors, elle s?est dit plus jamais. Juré cracher. ?Un jour j?aurais ma galerie, où je privilégierais d?autres peintres qui essayent de vivre de leur art plutôt que des peintres du dimanche, ou des profs de dessin par exemple, qui ont un autre boulot à côté.?
Question critères, Amrita Dyalah a les idées claires. Sa galerie sera consacrée à l?art contemporain. Là, pas de paysage. Pas de coin de Mire ou de bassin de nénuphar du Jardin de Pamplemousses. Pas de tableaux pour touristes. ?Bien sûr que j?en fais, quand on me demande?, répond franchement le peintre. ?Me mo fer li ar laraz. Il n?y a pas trop de moi là dedans.?
Perche tendue pour aborder l?aspect ?alimentaire? du travail du peintre. Quand on répète à Amrita ce mantra de beaucoup d?artistes : ?A Maurice on ne peut pas vivre de l?art?, celle qui affirme qu?elle n?a pas de style parcequ?elle fait mille choses, dit: ?C?est vrai, ce n?est pas évident. Qui achète ? Ce sont les étrangers?.
Selon elle, ?tou zafer difisil dan Moris, c?est là l?attitude de peintres qui se découragent vite. Avant l?art était faite par et pour une élite, aujourd?hui cela s?est démocratisé?. Et de citer en guise d?exemple, l?ouverture récente de deux galeries municipales.
Une discussion qui la ramène à l?année de ses 16 ans. Quand elle a vendu son premier tableau pour ?Rs 100. Une fortune à l?époque. ?C?est Ismet Ghanty qui était à Rose-Hill qui a vendu cette huile tout en orange et noir?, se souvient-elle. C?était en 1974. ?Dans ces années là, un Chazal partait pour Rs 60?, affirme Amrita Dyalah.
Motivée, elle dit avoir aussi appris à accepter les défaites. Car vivre de son art, c?est d?abord se résoudre à mener une vie simple. Amrita Dyalah en est convaincue.
?CHARITY BUSINESS?
?Les masses sont les espaces que l?on remplit quand on peint.? Que ce soit avec les personnages naïfs et pleins de paillettes de Nathalie Perrichon, ceux nus et expressifs d?Evelyn Denton, ?Masses positives? est placé sous le signe de la diversité.
Avec dix artistes : des noms que l?on rencontre assez souvent dans le circuit des expositions : Jean-Yves L?Onflé (celui qui a eu l?idée de l?expo), Nathalie Perrichon, Rishi Seeruttun, Evelyn Denton, Ulla Bouic.
Ou encore Runveer Rawoo qui a fait un solo récemment à l?Alliance française. On retrouve aussi dans ce collectif Jocelyn Louise, vieil habitué des galeries et deux noms inconnus : Eric Laviolette et Yashwin Pooran.
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