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Mary Ramasamy du Comité de la Pauvreté : «Il n?y a plus de vrai engagement»

17 octobre 2003, 20:00

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Quel constat faites-vous de la pauvreté dans le pays ?

Certaines régions sont encore trop isolées, géographiquement et socialement. Une barrière sociale et financière sépare les villes et les personnes issues de régions défavorisées. Vous rendez-vous compte que des femmes mariées il y a des années ne changent pas leur carte d?identité parce qu?elles ne peuvent se payer le ticket d?autobus jusqu?à Port-Louis ?

Afin d?aider ces personnes, tout un travail est nécessaire sur le terrain. C?est le rôle des associations tel le comité sur la pauvreté du Bureau de la présidence.

S?il faut faire un constat, je dirais que certains deviennent de plus en plus pauvres alors que d?autres améliorent leur situation. Cela est d?autant plus difficile avec des parents qui eux-mêmes n?ont pas d?éducation. Quelque part quelque chose a failli. Pauvreté et manque d?instruction, c?est un cercle vicieux.

L?instruction est donc primordiale pour la lutte contre la misère. Quel rôle y joue votre association ?

L?association regroupe quinze volontaires dans le comité exécutif alors qu?une douzaine agit sur le terrain. Nos projets concernent principalement l?instruction pour les jeunes de moins de 13 ans. Nous sponsorisons 110 enfants, venant de Riambel, Camp-Grenier, Vallée-Pitot, Saint Martin, Bel-Ombre, Bambous et d?autres régions. Ils reçoivent l?instruction que leurs parents n?ont pas eue. Par ces enfants, nous faisons des progrès dans la famille.

Nous avons aussi lancé un projet concernant le scolaire. Dans de nombreux cas, les enfants ne vont pas à l?école car leurs parents n?en ont pas les moyens. Lorsque l?enfant débarque à l?école à quatre ans, il a un an de retard et il se retrouve déjà en déphasage avec les autres enfants.

Du côté de Camp-Firinga, les jeunes traînaient dans les chemins, volaient les voisins et tombaient dans la délinquance. On les a scolarisés et ils sont devenus plus disciplinés. Leurs parents voient enfin un avenir pour leurs enfants. Ils savent aujourd?hui lire, écrire, compter et ont appris des métiers : soudeur, électricien, menuisier, sculpteur. Avec deux ans de classe académique et deux ans de classe technique, ils peuvent trouver du travail.

Les douze volontaires de l?association arrivent-ils à accomplir tout ce travail ?

Il y a définitivement un manque de volontaires. Aujourd?hui les gens ne se soucient que de leur travail et ne se sentent plus concernés. Ils disent qu?ils n?ont pas le temps. Lorsque les jeunes bénévoles se marient, ils font beaucoup moins de volontariat. Avec l?évolution de la société, chacun reste dans son petit chez-soi. La solidarité est là mais elle est ponctuelle. Il n?y a plus de véritable engagement.

Quels sont les autres projets à venir ?

Nos projets sont axés sur le long terme et concernent les recalés du CPE. Ils ciblent principalement les régions dites défavorisées d?un point de vue géographique : Pointe-aux-Sables, Vallée-Pitot, Grand Sable, Petit-Sable et le Sud.

Si tout se passe bien, une vingtaine de jeunes suivra une formation en plomberie, électricité et mécanique. Ce projet sera lancé en janvier en collaboration avec l?IVTB. L?Unesco finance également un projet jeunes avec le centre technique de Monfort, et le Groupe de L?espoir à Vallée-Pitot. Ces projets durent entre trois et quatre ans. Un premier groupe d?élèves termine cette année.

Tous les jeunes sont-ils poussés vers des métiers manuels ? Certains ne sont-ils pas encouragés à s?engager dans d?autres études ?

S?ils sont intéressés, bien évidemment, nous les inciterons à se lancer dans des études académiques. Mais il ne faut pas oublier que ces enfants viennent de familles pauvres. Ils veulent avant tout aider leur famille. Comme on dit, « kan karaye vide, bizin rempli vente ». C?est assez commun que ces jeunes préfèrent travailler. Les parents ne freinent pas les enfants qui essayent de s?en sortir. En générale, le jeune lui-même revient chez lui après avoir acquis un minimum d?éducation et préfère aller travailler pour aider sa famille.

Nous sommes là également pour accompagner les parents. Il s?agit de leur faire comprendre l?importance de l?instruction. Aujourd?hui, certains parents se rendent même à l?école pour voir ce que fait leur enfant, voir ses professeurs. Tout se fait graduellement.

Où trouvez-vous les fonds pour financer ces projets?

Après une étude sur l?exclusion en 1997, le président d?alors, Cassam Uteem, a créé le Comité sur la Pauvreté placé sous l?égide de la présidence. Il s?agissait de voir dans quelle mesure on pouvait aider les personnes exclues.

En 1999, après les émeutes, le président a fait une levée de fonds auprès du secteur privé. La somme récoltée, environ Rs 13 millions, a été investie et finance nos divers projets. Les intérêts ont servi à créer un fonds, le Presidential Education Trust, utilisé pour des projets d?instruction à long terme.

Le public peut aussi nous aider en achetant les cartes de v?ux de fin d?année, réalisées par de jeunes artistes de Maurice et Rodrigues. Pour plus de renseignements, il faut me contacter sur le 464 53 70.

Plusieurs associations luttent contre la pauvreté.Diriez-vous qu?elles s?entraident ?

Avec le nombre d?organisations de lutte contre la pauvreté, les choses s?améliorent. On n?est pas au plan stationnaire, on bouge.

Auparavant, les associations étaient un peu séparées les unes des autres. Mais nous faisons des réunions de coordination depuis une année environ.

Désormais, le Trust Fund for the Integration of Vulnerable Groups, gère la collaboration entre les associations. Si quelqu?un vient proposer un projet, le Trust Fund s?assure d?abord qu?il n?y a pas le même projet ailleurs. Les associations, elles-mêmes, savent où diriger les gens qui viennent les voir.

Les Mauriciens sont-ils réellement conscients du problème de la pauvreté ?

Certains ne comprennent pas pourquoi il faut aider les pauvres. Pour eux, ces personnes se sont elles-mêmes mises dans cette situation. Ils sont prompts à juger lorsqu?ils voient des maisons en tôle avec des chaînes hi-fi ou une parabole sur le toit. Mais il faut parler avec ces gens et se rendre compte de leur situation au lieu de parler sans savoir. Ceux qui jugent ne comprennent pas les besoins de ces personnes.

Quels sont ces besoins ?

Ils ont besoin de posséder quelque chose, de se sentir riche. A la place d?une parabole, par exemple, ils devraient plutôt penser à avoir un toit plus solide, à acheter plus de nourriture, mais la misérable éducation qu?ils ont reçue ne leur a pas appris le sens des valeurs. Ils ne savent pas comment garder leur argent.

Nos réunions avec les familles ont justement pour objectif de les conscientiser à cela. Nous les encourageonsà investir dans des maisonsen béton et suffisamment grandes pour toute la famille. Plusieurs sont d?ailleurs intéressés à le faire.

D?où vient cette perception que les pauvres sont de plus en plus pauvres ?

Les cas sont rares. Ce n?est pas de la mauvaise foi, mais peut-être que certains refusent de voir ce qui est fait, ils ne veulent pas avouer que les choses changent. Mais nous sommes là pour cela.

C?est aussi à cela que servent la Journée mondiale pour la lutte contre la pauvreté et les différentes manifestations. Les gens sont plus conscients de ce que l?on fait. On est là pour informer et pour encourager la participation du public à cette lutte.

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