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Marquer l?Histoire

9 novembre 2007, 20:00

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UNE sylphide C?est la première impression que l?on a de Karen Nicolini, 24 ans, qui contemple le monde du haut de son mètre 80. Avec ses chaussures à talons, elle est encore plus grande. La jeune femme en tenue décontractée-chic qui nous fait face, n?a plus rien à voir avec la finaliste de Top Model 2004. Emission diffusée sur M6 qui la dépeignait sous les traits d?une enfant gâtée ? tête à claques.

Il faut dire que depuis, quelques années ont passé. De l?eau a coulé sous les ponts et Karen a mûri. Elle explique qu?elle avait surtout fait les frais de sa franchise. «L?image d?enfant gâtée que j?ai projetée, ce n?est vraiment pas moi.» Et d?ajouter que les conditions étaient difficiles, notamment le comportement des membres du jury, qui n?était pas très gentil. Elle avoue avoir même dû faire des séances de photos dans le vide et également avec des serpents? alors que ce sont ses deux phobies et que le jury en était conscient !

Karen semble si à l?aise dans son corps qu?on peine à croire que cette native de Roche-Bois était autrefois pétrie de complexes. «Lorsque j?étais adolescente, j?avais l?impression de ressembler à une cigogne en raison de ma taille. Je ne mettais que des cols roulés car j?avais l?impression d?avoir le cou comme les femmes à plateaux d?Afrique.» Rien ne la fait changer d?avis sur son physique, pas même les nombreuses sollicitations des organisateurs de concours de beauté pour qu?elle y participe. Ni celles des directeurs d?agences de mannequins qui veulent qu?elle défile pour eux. Lorah, sa mère, y fait systématiquement obstruction.

Karen ne lui en tient pas rigueur. D?ailleurs, elle lui doit énormémen, à commencer par sa ligne. Et sa combativité. «Elle a travaillé dur, cumulant trois à quatre emplois par jour pour me donner une éducation dans le privé.»

En effet, c?est au Mauricia Institute à Curepipe, que Karen poursuit ses études secondaires. La jeune demoiselle veut apprendre le droit. Car depuis l?âge de 11 ans, elle se voit avocate ou policière pour combattre la toxicomanie. «J?ai un proche qui était usager de drogue par voie intraveineuse et il fallait voir l?état de ses mains et de ses pieds ! Je me suis toujours dit que je serai avocate ou policière au sein de la Criminal Investigation Division.»

«Etre mannequin, c?est prendre part de jour en jour à une nouvelle compétition, aller de l?avant encore et encore.
Je veux marquer l?Histoire.»

Karen obtient de bons résultats de fin d?études et aspire à quitter Maurice pour l?Europe, notamment la France. «Mon objectif était de partir en Europe pour faire de l?argent et sortir ma mère de là où elle est. Cela reste toujours un de mes objectifs.»

C?est à Maurice qu?elle rencontre Alexandre Nicolini, moniteur de golf au Club Méditerranée. C?est le coup de foudre. «C?est à lui que je dois le début de ma carrière de mannequin. Il est mon porte-bonheur, mon meilleur agent, mon diamant. En fait, j?ai deux diamants dans ma vie, ma mère et mon mari.» En effet, Alexandre Nicolini, conscient du potentiel de sa femme, l?aide, au travers de ses contacts, à décrocher un contrat de photographie pour un grand catalogue de spa. La séance de photos se déroule en Thaïlande et le photographe est Luca Tettoni, une référence dans la photographie de mode. Karen déclare que sans la présence d?Alexandre, elle n?aurait pas tenu le coup.

Lorsque le contrat d?Alexandre Nicolini prend fin et qu?il décide d?intégrer une école de golf afin d?obtenir d?autres diplômes, ils se marient et partent pour Bordeaux, en France.

C?est en se présentant à un casting pour une marque connue de vêtements qu?elle est remarquée par deux chasseurs de tête. Ils lui proposent de défiler à Milan. Elle atterrit dans une agence de mannequins milanaise nommée Lanzotti and Cleveland. «Les responsables de l?agence m?ont mis une carte de la ville en main et des tickets de métro en me disant de me rendre à plusieurs castings. J?étais seule. Je ne parlais pas l?italien. Il neigeait. J?avais le sentiment d?être larguée.»

Karen s?accroche pourtant et réussit à obtenir un contrat pour un défilé de mode le soir même. Elle n?en conserve pas des souvenirs impérissables. «C?était un peu catastrophique. Les lumières étaient mauves et bleues et je ne voyais presque pas le catwalk. J?allais à l?aventure. J?ai même trébuché. Je me suis accrochée à un élément du décor et je m?en suis sortie par une pirouette. Le mannequinat, c?est aussi savoir jouer la comédie.»

La partie n?est pas gagnée pour autant pour Karen. Elle regagne la France sans contrat. Et apprend par une copine qu?il y a le casting de Top Model, retransmis sur M6. Elle envoie ses photos et est sélectionnée, avec les résultats que l?on sait. Consciente que l?image d?elle projetée par cette émission ne lui a pas rendu service, Karen se «réinvente». Elle change ainsi de look pour mettre toutes les chances de son côté. Elle accentue ses caractéristiques asiatiques et s?habille plus rock, optant dans la foulée pour son deuxième prénom : Antonica. «Les gens n?y ont vu que du feu !»

Cela suffit à booster sa carrière de mannequin. Depuis, elle a défilé pour certains des plus grands couturiers, de Karl Lagerfeld à Alberta Ferretti, de Moschino à Christophe Guillarme? et même pour Stella McCartney ! D?ailleurs, c?est au cours du défilé de la fille du chanteur des ex-Beatles qu?un journaliste fait le rapprochement entre Antonica et Karen.

Devenir celebre

De toutes les célébrités de la mode qu?elle a côtoyées, elle préfère Christophe Guillarme car : «Il me permet de m?exprimer, tout en me prêtant les cassettes des défilés dans lesquels j?ai participé pour que je puisse me revoir et toujours m?améliorer.»

Women, l?agence avec laquelle elle travaille à Paris, a des contacts dans plusieurs pays, y compris aux Etats-Unis. Donc, lorsque ce sont des mannequins ayant un look très différent d?elle qui ont la cote auprès des stylistes européens, Karen se cherche d?autres contrats à New York. Le côté glamour du mannequinat lui plaît. «Etre mannequin, c?est prendre part de jour en jour à une nouvelle compétition, aller de l?avant encore et encore. Moi, je veux marquer l?Histoire. Jusqu?à maintenant, je suis arrivée à le faire. J?ai envie de devenir vraiment célèbre.»

La jeune femme gagne bien sa vie. Son cachet pour un défilé peut varier entre Rs 200 000 et Rs 400 000. Si Karen est revenue s?installer à Maurice, c?est parce que son mari a obtenu un contrat intéressant en tant que golfeur professionnel. Et cela, pour deux ans.

Professionnellement, le choix a été difficile pour elle mais par amour, Karen l?a fait. «Je ne suis pas toute seule dans la barque. Je dois donner la chance à mon mari.» Depuis son arrivée, Karen a prospecté auprès de toutes les agences et elle a choisi de travailler avec One Model de Pitchoune. «C?est une femme franche, qui n?hésite pas à dire qu?une fille coûte tant. Elle a un esprit ouvert comme en Europe.»

Elle apprécie aussi beaucoup que Pitchoune ait accepté qu?elle travaille en freelance. «En France, il y a des contrats d?exclusivité. Même si tu n?as pas de contrat, ton agence te paie 1 000 euros par mois. Ce n?est pas le cas ici. Donc, l?avantage est d?opérer en freelance.» Elle dit s?être renseignée et trouve dommage que certaines agences à Maurice se taillent la part du lion des cachets encaissés. «En France, c?est 30 % pour l?agence et 70 % pour le mannequin. Parfois, cela peut être 40 % pour l?agence et 60 % pour le mannequin mais jamais plus pour l?agence.»

Karen a hâte de fouler le catwalk lors du Festival de la Mode. Un empressement que nous partageons également?

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