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Marie pleine de grâce

21 octobre 2006, 00:00

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Troisième film (seulement) de la cinéaste Sofia Coppola, Marie-Antoinette, était projeté en avant-première mercredi soir au Star. Ce film clôt avec faste un cycle consacré à de jeunes filles en fleur, mais pas si ingénues et qui s?ingénient à s?évader du monde absurde et trop grand qui les entoure et les isole.

Après Lux Lisbon (déjà interprétée par Kirsten Dunst) dans sa banlieue trop douillette. Après Charlotte en décalage horaire et culturel en plein Tokyo. Voici un nouvel enterrement d?une vie de jeune fille, à la différence près qu?il s?agit cette fois de Marie Antoinette.

Une figure historique décryptée dans ses moindres émotions, dans ses errances, souffrances ou folles dépenses, mais bien loin de l?Histoire, à proprement parler. Sofia Coppola nous ouvre comme une chambre secrète du château, une ouverture sur l?esprit d?une enfant mariée à 15 ans, devenue dauphine puis reine de France à 18 ans seulement, jetée en pâture à la cour et aux m?urs les plus rigides et ridicules.

Le but du film n?est en rien une reconstitution historique, ni un portrait linéaire et complet, mais l?expression d?un état d?âme adolescente, qui se refuse à subir le poids d?une cour aux protocoles aussi absurdes que les favoris sont ridicules.

De la même manière, Sofia Coppola s?éloigne du moule préfabriqué du film historique pour imposer sa vision, son choix de rester fidèle à ce qu?elle croit, à ce qu?elle voit. Et ce qu?elle voit en Marie-Antoinette, c?est une jeune fille paumée, frustrée qui rattrape les échecs par une avalanche de frivolités.

Prison dorée

A Versailles, Sofia Coppola a quartier libre et impose son style pop-rock au baroque magnifique qui l?accueille. Elle a osé proposer en bande son des titres pop-rocks des années 80 qui au final s?acoquinent bien aux menuets classiques et théâtraux.

C?est un point de vue, une véritable création autour des récréations d?une mauvaise reine. Le film n?accable pas plus «l?Autrichienne » mal-aimée, qu?il ne la disculpe. On nous invite juste à la suivre, à vivre, à partager son spleen au beau milieu des merveilles de Versailles.

L?approche de la révolution lui passe et nous passe au dessus de la tête. A l?exception, peut-être du rare message politique du film, petite pique personnelle de la réalisatrice qui rappelle au bon souvenir de ses compatriotes que Louis XVI a insisté pour soutenir la révolution américaine contre l?Angleterre. Histoire de.

En dehors de cela, le contexte politique n?a pas de propos tant qu?il ne sera pas celui de Marie-Antoinette.

La lenteur ou plutôt la langueur du film, principal reproche des critiques, n?est pas une absence de rythme mais un choix délibéré de suivre celui d?une jeune fille en manque d?amour et de repères.

Une jeune reine qui s?ennuie dans sa prison dorée, puis qui prend son temps dans son havre de paix.

Peu de dialogues, mais beaucoup de regards, de sourires furtifs, de plans d?impressions, des émotions que l?on retrouve autant dans le cadrage que dans la lumière ou la netteté de chaque plan, tous absolument éblouissant.

Cet esthétisme poussé à son paroxysme, ce soin de styliser chaque détail est aussi l?une des grandes forces du film. Le film n?a aucun repère temporel. Parce que l?héroïne, n?en a aucun et n?évolue presque pas. Il faut bien se dire que ce film n?a rien d?un film historique tel qu?on imagine le genre, aussi carré que la Cour de Versailles.

De la même manière que pour Virgin Suicides et Lost in Translation, il faut, pour réellement apprécier l?univers dépeint par Sofia Coppola, se sentir aussi complice de la création que la réalisatrice peut l?être avec son actrice et son équipe. Il ne manque au film que cette pointe de sublime qui aurait pu mettre tout le monde d?accord. Pour le moment, il faut faire partie de son monde, ou au moins comprendre la démarche. Certains adoreront, d?autres détesteront.

C?est un risque que la cinéaste a couru et un pari qu?elle a tenu, jusqu?au bout. C?est aussi pour cette ligne de conduite très précise que la fin est ô combien cruelle et bien pensée. Car lorsque la reine fait ses adieux à Versailles, il en est fini de la jeune reine encore enfant. Et le portrait est terminé, autant que l?Histoire s?apprête à tourner la page de la royauté. C?est une coupure sans appel.

LA VRAIE MARIE ANTOINETTE

● Marie Antoinette s?appelait Maria Antonia Josepha Johanna von Habsburg-Lothringen, Archi-duchesse d'Autriche, princesse impériale, princesse royale de Hongrie et de Bohême, dauphine de France, reine de France et de Navarre, épouse de Louis XVI.

● Elle est née le 2 novembre 1755 à Vienne. Elle est la quinzième enfant de François 1er de Lorraine et de l?impératrice Marie Thérèse.

● Une légende dit que Marie Antoinette, enfant, ait rencontré Mozart à la cour de Vienne et qu'il l'aurait demandé en mariage.

● C?est pour des raisons politique qu?elle est mariée au Dauphin de France, Louis XVI. Elle débarque à Versailles à l?âge de 14 ans et se voit dépossédée de tous ses biens venant d?Autriche.

● Le mariage a lieu le 16 mai 1770, à Versailles. On la surnomme déjà l?Autrichienne. Le mariage ne sera consommé qu?en 1777.

● Fin 1778, elle donne naissance à son premier enfant, Marie Thérèse. Le dauphin Louis Joseph Xavier François naît en 1781, suivi de Louis Charles en 1785. Des rumeurs courent à l?effet que les enfants ne sont pas ceux du Roi.

● L?affaire du Collier éclate en 1785. Un joaillier réclame à la reine 1,5 million de livres pour l?achat d?un collier de diamants. Ce n?est qu?un coup monté et la reine sera innocentée, mais dès lors fortement déconsidérée.

● Le 4 mai 1789 débutent les Etats Généraux, dénoncant le luxe de la cour. Le 4 juin, le petit Dauphin, Louis Charles meurt. L'actualité politique ne permet pas à la famille royale de faire son deuil. Le 14 juillet, la Prise de la Bastille symbolise le début d?une révolution.

● Fin 1790, un plan d?évasion est mis sur pied. Le 20 juin, une berline doit conduire la famille royale prés de la frontière autrichienne. Mais ils ont pris du retard et sont arrêtés à Varennes, le lendemain. Le roi est reconnu. Une légende veut qu?un maître de poste ait reconnu le roi d?après son portrait sur les pièces de monnaie. A son retour à Paris, la reine découvre avec surprise que ses cheveux sont devenus blancs.

● Marie-Antoinette est condamnée à mort pour haute trahison le 16 octobre et emmenée le jour même à l?échafaud. Elle est conduite dans une vulgaire charrette, quand Louis XVI avait eu droit à un carosse. Mais elle se comporte dignement. Elle est guillotinée à midi et quart.

Pour Chateaubriand, "Le premier crime de la Révolution fut la mort du roi, mais le plus affreux fut la mort de la reine"

RÉACTIONS

<B>Khoshla :</B> «Ce film est un chef-d??uvre ! Chaque plan est un tableau, chaque sourire de Marie-Antoinette est un moment magique. »

<B>François-Henri :</B> «J?ai aimé le film malgré certaines lenteurs. C?est la vie de Marie-Antoinette qui est montrée d?un unique point de vue. »

<B> Vincent Brasse (Xbreed) : </B> « Ce n?est pas le film du siècle malgré toute la médiatisation qu?il y a eu derrière. Sans les décors et la musique, ce film serait bien terne.»

<B> Natasha : </B> « C?est l?histoire d?une jeune fille trop jeune pour se marier, trop jeune pour régner et trop jeune pour mourir! »

<B> Guylain Blackburn (Xbreed):</B> «Il faut comprendre la profondeur du manque de Marie-Antoinette pour aimer et apprécier le film. »

<B> Chrystèle : </B> « On reconnaît tout de suite la griffe de Sofia Coppola. Elle prend à c?ur de montrer toute la détresse de Marie-Antoinette écrasée par le poids des conventions et la fait évoluer. »

<B> Avinash : </B> « C?est l?histoire d?une adolescente que l?on voudrait modeler pour devenir la reine de France. C?est un film plein de charme et d?authenticité. Il aurait plu à Lady Diana !»

<B> Stéphane Bellerose, réalisateur : </B> « Ce film est un document intéressant par rapport aux m?urs aristocratiques de l?époque. Je trouve la trame très linéaire et je me suis posé la question si Marie-Antoinette méritait un film. Je la croyais plus rebelle, plus volage et plus révoltée que cela. La révolte de Marie-Antoinette contre le protocole est assez gentillette. Elle est loin d?être une héroïne.»

<B> Thierry François (humoriste) :</B> « Dan l?ensemble mone reste un peu froid pars ki mo ti pense film la pli extra ki sa.»

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