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Marché de Curepipe : la foire aux microbes

5 mai 2004, 20:00

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Des analyses du laboratoire du ministère de la Santé auraient, selon des informations reçues par l?Institute for Consumer Protection, identifié la présence du microbe E-coli (Escherichia coli) dans des gâteaux ?dipain frire? tombant dans la catégorie ?cooked foods? vendus au marché de Curepipe. Si l?on trouve ce microbe dans les intestins des humains et des animaux, son ingestion par le biais de la nourriture peut causer un empoisonnement.

Des dizaines de consommateurs ont probablement acheté et consommé des gâteaux du marchand identifié dans le rapport. Nombreux parmi ceux-là ont dû se sentir mal après avoir consommé ces gâteaux. Ils se sont peut-être rendus à l?hôpital ou chez un médecin privé, mais ne savent sans doute pas qu?ils ont été victimes d?un empoisonnement alimentaire : indigestion, ?lestoma déranze?, c?est ce qu?on donne généralement comme diagnostic...

Il importe de le dire, les cas d?empoisonnement alimentaire sont nombreux. Beaucoup plus nombreux que ne laissent voir les statistiques officielles : 62 cas enregistrés en 2000, nombre qualifié ?d?insignifiant? par l?inspectorat du ministère de la Santé. Car, même si la loi en fait une obligation, les médecins ne rapportent pas les cas d?empoisonnement alimentaire aux autorités.

Une tournée entre les différents sections et étals du marché de Curepipe donne une indication de ce que peut contenir le rapport du Bureau sanitaire. Et on n?a aucun mal à trouver le coupable de la présence de l?E-coli dans les gâteaux analysés par le laboratoire de Candos : les pigeons. Ils font partie du paysage, ils égaient les enfants et sont nourris par les marchands de maïs et de pains.

Mais ces volatiles ne sont pas les seuls coupables de l?insalubrité du marché de Curepipe. L?architecture même a été mal pensée. Ainsi, il n?existe aucune séparation étanche entre les différentes sections. Il est inutile de préciser que les mouches, vecteurs de microbes par excellence, s?en donnent à coeur joie entre légumes, poissons, fruits, viandes de boeuf, de mouton ou de porc, pains et macatia, saucisses, poissons, frais ou séchés, briani, riz frit, dholl purris, rotis et ?gâteaux frire? exposés à l?air libre.

Amélioration des infrastructures

On peut aussi facilement imaginer le bal nocturne des rats, ces mammifères rongeurs dont le projet d?éradication demeure toujours une faillite totale, malgré les bonnes volontés de l?administration municipale et de sa Commission Santé.

Tous ceux impliqués dans l?organisation du marché ont leur part de responsabilité dans cet état de choses. Les occupants, en premier lieu. Ils sont très peu nombreux à respecter les dispositions du Food Act concernant l?hygiène. Quelques marchands de ?gâteaux frits? portent bien un tablier, mais ils vous enlèvent la mie du pain pour y enfoncer trois gâteaux piments de la même main qui vient de réceptionner l?argent. Et passons sur les règles élémentaires d?hygiène personnelle...

Il faut voir les espaces réfrigérés pour poissons et viandes. Pitoyables. Des partitions rouillées, une accumulation de saleté dans les recoins et des mouches qui se servent sans être inquiétées par les tenants des étals. On dirait même que leur présence ne dérange personne. Ni dans la boucherie, ni dans la poissonnerie, encore moins chez les marchands de légumes et de fruits. Comme les pigeons, les mouches font partie du décor.

Tout cela démontre que la notion de sécurité alimentaire est totalement inconnue des occupants du marché de Curepipe. Les réprimandes des inspecteurs du marché n?ont, semble-t-il, que très peu d?effet sur les comportements. Se pose alors le problème de l?autorité. Si l?inspectorat est chargé de dresser les contraventions, la décision de sanction repose sur la Commission Santé, composée de conseillers municipaux.

De leur côté, les occupants du marché se défendent d?être les premiers responsables de l?insalubrité des lieux. Ils montrent du doigt l?administration municipale qui ?ne manifeste aucun intérêt à vouloir l?amélioration des infrastructures?. Ils sont locataires des étals, avancent-ils; c?est donc au propriétaire de s?assurer de l?entretien de son bâtiment et d?offrir les facilités qu?il juge nécessaire à la salubrité.

Mais il faut savoir que le propriétaire en question attend toujours de savoir si l?éventuel tracé du non moins hypothétique métro léger l?obligera à raser le marché. En attendant la décision du gouvernement central sur le tracé du métro léger, on laisse aller.

Le Bureau sanitaire régional se montre sévère à l?égard des inspecteurs municipaux. Ceux-ci répondent que la législation (le Food Act de 1998) les limite dans leur autorité et dans leur champ d?action, quand ce n?est pas le manque de volonté politique. Ils insistent également sur la nécessité d?information, d?éducation et de formation de tous ceux qui sont concernés. A commencer, estiment-ils, avec raison, par les membres de la Commission Santé du conseil municipal.

Il faut à ce titre rappeler que la nouvelle génération d?inspecteurs doit obligatoirement avoir des qualifications universitaires en Food Science & Technology. Il n?en va pas de même pour ceux qui occupent ces fonctions depuis la fin des années 70, par exemple.

Il est à espérer que les conclusions du rapport du Bureau sanitaire seront rendues publiques, même en partie, pour provoquer un sursaut chez tous ceux concernés : conseillers municipaux, membres de la Commission Santé, personnel de l?administration municipale, inspecteurs municipaux, occupants du marché et consommateurs.

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