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Marché central Le cap de bonne Espérance
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Marché central Le cap de bonne Espérance
Amoordon nous touche. Aussi fort que les petits piments qu?il vend. Sur l?un des côtés de son étal, il a tendu un drapeau mauricien. Quatre couleurs qui égayent les dégradés de terracota habillant le marché. Un zeste de festivité pour donner du goût au quotidien. Saveurs douces amères d?un respect partiel de l?environnement.
Amoordon est «content». Un instant, il suspend son refrain commercial : «di roupi kar, di roupi kar», pour dire d?une voix radoucie, «kan ariv so ler mo ava tir pavion la.» Trônant au-dessus des condiments de toutes les tailles, le marchand a le visage frais des gens qui ont trouvé leurs repères dans ces locaux climatisés.
Plus qu?un luxe, une nécessité. La canicule est de saison au c?ur de Port-Louis. Une capitale où 25 ans durant, le «bazardier» a vendu des piments en subissant les intempéries. Les difficultés ont tout l?air d?avoir été oubliés. Amoordon est «satisfait».
Avouons-le. Il y a un an, nombreux étaient les sceptiques, pratiquement effarés, à l?idée de jeter le marché en pâture au commerce de légumes frais, du fast food et d?alouda sorbet. L?imagination transposait déjà la crasse de l?ancien bâtiment frappé trois fois par des incendies dans un décor qualifié de «tro sofistike pou enn bazar».
Avant même l?ouverture, les pessimistes voyaient déjà les doubles portes vitrées séparant l?espace légumes de la mezzanine, souillées de traces de doigts gras. Les allées encombrées d?ordures en décomposition. Bref, encore un lieu public livré à l?incivisme, au manque criant de l?hygiène la plus élémentaire.
Que nenni. Vive les facultés d?adaptation. Les allées pavées portent la marque de l?usure. Le vernis du fer forgé s?est matifié. La rambarde a été polie par des milliers de mains. Mais l?air est respirable. Les allées dégagées. C?est le principal.
Certes, il y a toujours ces malotrus qui, après s?être rassasiés, se débarrassent du papier dégoulinant de kari avec un sans-gêne déconcertant. Alors même qu?il est assis à côté d?une rangée de poubelles vertes, ce consommateur balance son carré de papier sale au pied de la poubelle sans se donner la peine de se lever. Que dire de ces personnes venues ré-approvisionner leurs frigos qui se permettent de cracher non loin des aliments qu?ils vont acheter ? A deux pas de là, les employés de la société de nettoyage font des petits tas de débris végétaux, à intervalles réguliers.
L?odeur revigorante et caractéristique des produits frais rappele les sensations de l?enfance. Epoque qui, avec le recul, semble bénie. Des années d?insouciance où «descendre» à Port-Louis «fer enn letour bazar» était une aventure attendue avec impatience.
Aujourd?hui c?est Dieter et Sonia, un couple de touristes allemands, qui profitent de l?expérience. Une carte sous le bras, le rouge aux joues, elle le tire d?étal en étal. Soupèse du manioc, tâte du giraumon, retrousse son nez devant les piments. Lui, en sueur, suit docilement. Arpente les allées où toutes les lampes fonctionnent. S?arrête un instant devant le panneau retraçant l?histoire du marché avant de se laisser tenter par une «main» de bananes.
Dans un anglais rendu juteux avec l?accent, Sonia déclare être toute heureuse de voir la «vraie vie». Celle qui se bouscule devant les tables occupées par les marchands d?alouda sorbet. Foule bigarrée. Ambiance populaire. Une toque sur la tête d?un marchand pour éviter que ses mèches de cheveux n?aillent nager dans le jus de fruits.
Souvent, le ventre crie plus fort que la politesse. Surtout ne pas regarder de trop près l?envers du décor. Dans le dos des marchands : des poubelles qui débordent, des détritus qui traînent. Des à côtés de l?activité humaine qui n?ont pas pris le pas sur l?aspect fonctionnel des lieux. Pourvu que cela dure?
L?odeur revigorante et caractéristique des produits frais rappele les sensations de l?enfance. Epoque qui, avec le recul, semble bénie. Des années d?insouciance où «descendre» à Port-Louis «fer enn letour bazar» était une aventure attendue avec impatience.
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