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Marcelin Azie clame son innocence

30 septembre 2004, 20:00

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?Mo inosan. Se enn fos desant de lie ki finn fer et lapolis finn batt moi, zot dir moi pren sarz-la mo mem !? C?est la première phrase prononcée en public par Marcelin Azie, hier après-midi, peu après sa libération sous caution.

Arborant un large sourire, il a été accueilli en héros par ses proches à sa sortie du tribunal. Ils ont adapté et repris en ch?ur la chanson de Blakkayo : ?Larg li less li ale?. Embrassades, pleurs et cris de joie ont suivi.

Pour retrouver sa liberté après avoir passé 14 mois en prison, Marcelin Azie a dû fournir une caution de Rs 30 000 et signer une reconnaissance de dettes de Rs 50 000. Il était au départ provisoirement accusé de viol et d?assassinat de la jeune étudiante Nadine Dantier, le 25 juin 2003, à Albion.

Cette charge a été réduite à celle de meurtre. Il est inculpé pour coups et blessures ayant causé la mort, mais sans intention de tuer.

Vers midi, les proches de Marcelin Azie et ceux de Nadine Dantier prennent place dans l?enceinte du tribunal. D?importantes mesures de sécurité sont mises en place pour parer à tout incident. L?entrée principale du tribunal est strictement contrôlée.

Les commentaires vont bon train. Joyce Perrine, dite Louloune, la tante de Marcelin Azie est catégorique : ?zot bizin larg li zordi. Pena zest.?

Les Dantier portent un drapeau blanc, sur lequel est inscrit : ?Jaune-Noir ? Rouge ? Blanc ? Justice pour tous? et une colombe est dessinée. Après le jugement, Jean-Yvon Dantier, le père de Nadine, l?a remis aux proches d?Azie.

L?attente est longue. Sous la chaleur étouffante, les personnes présentes cherchent une petite place à l?ombre des manguiers.

A 13 h 15, les policiers permettent au public de pénètrer dans la salle d?audience. En un clin d??il, elle est comble. Me Rama Valayden, avocat de Marcelin Azie, fait ensuite son apparition. Un autre procès est entendu par la magistrate Razia Janoo-Jaunbaccus.

Pas d?objection de la police

A 13 h 40, Me Rashid Ahmine, principal state counsel, et Me Pretty Ramful, state counsel, se présentent. 15 minutes plus tard, un brouhaha se fait entendre à l?extérieur du tribunal.

C?est Marcelin Azie. Il pénètre dans la salle d?audience sous forte escorte policière. Il est conduit dans le box des accusés. L?huissier annonce l?arrivée de la magistrate. Les personnes présentes dans la salle se lèvent par respect pour la cour.

La séance débute. Tout le monde est suspendu aux lèvres de Me Ahmine. Il s?adresse à la cour et remercie la défense pour ne pas avoir objecté à ses précédentes demandes de renvoi.

Me Ahmine déclare que le Directeur des poursuites publiques (DPP) décide de convertir la charge d?assassinat qui pèse sur Marcelin Azie en charge de meurtre. Il informe la magistrate que la police n?objecte pas à ce qu?il soit libéré sous caution.

Un bourdonnement se fait entendre dans la salle d?audience. L?huissier réclame le silence. Me Ahmine souligne que le suspect doit respecter les conditions qui seront imposées par la cour.

Marcelin Azie ne doit pas influencer des témoins potentiels car l?enquête policière est toujours en cours. Il doit fournir une caution de Rs 30 000 et signer une reconnaissance de dettes de Rs 50 000. Il faudra qu?il se présente au poste de police le plus proche de sa résidence les lundis et jeudis.

Me Valayden indique à la cour que Marcelin Azie habitera chez sa tante Joyce Perrine, rue Marcel Cabon, à Camp-Créole, Albion.

La séance est levée à 14 heures. A l?extérieur, la joie explose. Marcelin Azie doit effectuer les formalités d?usage avant de quitter le tribunal.

Le père de Cehl Meeah se porte garant. Mais il n?a pas sa carte d?identité sur lui. Il doit se rendre à Port-Louis pour la récupérer.

L?attente est longue. Pourtant, les proches d?Azie manifestent toujours leur joie avec ardeur. Ils exhibent des pancartes sur lesquelles est inscrit ?Vive Rama Valayden. La famille Azie remercie Rama Valayden?.

Entre-temps Caroline et Jean-Yvon Dantier s?adressent à la presse. Jean-Yvon parle de complot tandis que Caroline souhaite que les enquêteurs continuent leur enquête. ?Que les coupables soient punis !?

Louloune se réjouit de la libération de son neveu. ?Li enn bon garson. Nou touzour kroir ki li inosan. Bondie finn protez li. Nou touzour ena confians dan bondie.?

Le père de Cehl Meeah retourne à Bambous une heure plus tard. Il est applaudi. D?un pas pressé, il entre dans le tribunal pour présenter sa carte d?identité et apposer sa signature au formulaire pour la libération de Marcelin Azie.

Dans une brève déclaration, il dit qu?il est solidaire des parents de Marcelin Azie et qu?il croit en son innocence. ?Mo konsider li kouma mo garson?, lance-t-il. Les applaudissements fusent.

Retour en cortège

Après quelques minutes, des voix s?exclament ?li vini, li vini?. Marcelin Azie apparaît sur le seuil du tribunal. Il se fraye un passage vers l?extérieur. Ses proches le portent en triomphe.

?Mo inosan. Lapolis finn bat moi e zot dir pran sarz sa zafer la.? Il quitte le tribunal à pied jusqu?à la route principale. Il s?engouffre dans un fourgon en compagnie de ses proches pour se rendre chez sa tante.

En route vers Albion, le véhicule s?immobilise dans la cour de l?église de la localité. Elle se trouve à quelques mètres du terrain vague où Nadine Dantier a péri.

Accompagné de Louloune, il se recueille pendant quelques minutes, bougie en main. Prochaine halte : le poste de police avant de marcher jusqu?à chez lui. En chemin, il salue des amis et des habitants lui disent bonjour. Il s?arrête à la tabagie pour acheter une cigarette. Il fait une nouvelle pause à La Confiance Store avant que le cortège n?emprunte l?avenue des Belles Eaux pour entrer à La Source Lane.

Marcelin Azie s?entretient avec la presse devant un petit garage à côté de la maison de Louloune. Il raconte comment il a été battu par les policiers qui l?ont contraint de signer les dépositions.

IMPRESSIONS

Intimidé par la liberté

■ Les éclats de voix, provenant de la route, ne déclenchent chez lui aucune réaction. D?un geste lent, Marcelin Azie triture la poche de sa chemise. Elle contient une petite bible dont la couverture rigide, bleue, est usée d?avoir été tant manipulée. Adossé à une voiture, à l?écart de la foule venue l?accueillir, Marcelin Azie semble perdu dans ses pensées. Cette liberté, retrouvée après quatorze mois de détention,

l?intimide. Le poids des regards longtemps braqués sur lui ne semble plus peser sur ses épaules. Aujourd?hui, selon ses propres dires, il n?aspire qu?à un peu de repos auprès de ses proches. Assis à califourchon sur une chaise en bois, Marcelin Azie assiste, impassible, aux allées et venues des personnes

lui témoignant de leur soutien. Aux questions qui lui sont posées, il ne répond que par un signe de la tête. Il ne semble pas très enclin à s?engager dans une conversation passionnée. Un de ses proches se risque tout de même à lui demander ses impressions sur les événements de cette journée, forte en émotion.

Pour Marcelin Azie, une seule chose est à retenir : ?la verite finn enfin trionfe.? Plongé dans ses pensées, l?air hagard, il fixe le ciel pour assister au coucher de soleil qu?il n?a pas vu depuis longtemps. Ses mains, qu?il tord nerveusement, trahissent le calme apparent dont il a fait preuve jusqu?à présent. Il passera sa première nuit hors de sa cellule. Cette rassurante perspective est pour lui, un des éléments concrets de sa liberté retrouvée. Les jours à venir, fait comprendre Marcelin Azie, sont pour l?instant du domaine de l?inconnu. Ses traits tirés témoignent de l?intense fatigue causée par les récents événements. Sans un mot, il se retire dans la maison de sa tante, histoire de profiter d?un moment d?isolement avant de reprendre, au lever du jour, sa vie en main.

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