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Marcel Proust, une oeuvre vécue

16 novembre 2003, 20:00

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Le 18 novembre 1922, usé par le travail assidu et sans relâche, Marcel Proust meurt de pneumonie à l?âge de cinquante et un ans, laissant derrière lui, après une vie de santé fragile en raison de ses crises d?asthme répétées (la première à neuf ans), l??uvre d?art au modèle balzacien sans doute la plus architecturale des classiques et le plus essentiel des jalons dans la genèse de la littérature contemporaine.

Né le 10 juillet 1871, à Auteuil, près de Paris, de mère d?origine juive (ce qui expliquera son dreyfusisme) et de père français, médecin, le petit Marcel grandit avec un double héritage culturel. A l?école, il est excellent élève, remarqué par ses professeurs pour ses bonnes dissertations, discipliné, mais rêveur. Ses goûts pour les écrivains varient d?une période à l?autre, en passant d?une préférence pour George Sand et Alfred de Musset à celle pour Charles Baudelaire et Alfred de Vigny.

Il fréquente les salons littéraires et le grand monde et noue d?innombrables liens qui lui offriront les modèles de ses personnages pour sa grande ?uvre en gestation. En attendant, il forme ses idées sur l?art dans sa diversité à travers des visites, des réceptions et des voyages (Amiens, Rome, Venise, Les Flandres?).

A la mort de ses parents, survenue à deux ans d?intervalle (1903 pour son père et 1905 pour sa mère), le jeune Marcel, renonce à la vie mondaine, se cloître dans sa chambre du boulevard Haussmann, fuyant la lumière, les bruits et les gens et ne sortant que la nuit pour rencontrer ses amis intimes.

Au fur et à mesure que l?espace réel se rétrécit, l?univers imaginaire gagne en dimension. De cette séquestration volontaire émergera une ?uvre à la sociologie mondaine à valeur de documentaire, une poétique avec sa propre psychanalyse, une littérarité qui résume un travail de mémoire en quête de l?absent.

En effet, en 1909, Proust commence Du côté de chez Swann, le premier des sept volumes qui allaient construire le merveilleux cycle romanesque de A la Recherche du temps perdu et qui renouvelleront la technique romanesque.

Les six autres volumes dans lesquels on verra revenir les mêmes personnages sont A l?ombre des jeunes filles en fleurs (1918), le Côté de Guermantes I (1920) et II (1921), Sodome et Gomorrhe I (1921) et II (1922), la Prisonnière (1923), la Fugitive (1925), et le Temps retrouvé (1925).

Si le premier volume ne connaît pas vraiment le succès à cause de la guerre, le deuxième vaudra à son auteur le prix Goncourt 1919. Mais c?est dans la structure de l??uvre totale, cohérence renforcée jusque dans les moindres détails, que se trouve l?originalité de l?écriture. Proust définissait sa Recherche comme une cathédrale si vaste et complexe qu?on ne peut discerner le sens et la structure qu?après avoir parcouru la totalité de l??uvre.

Toute La Recherche est une quête dont la clé se dévoile dans le dernier volume, Le Temps retrouvé. Un projet esthétique qui, en se concrétisant, se dévoile pour dévoiler sa propre stratégie de naissance. Il faut donc voir dans La Recherche à la fois une ?uvre d?art et une théorie de l??uvre d?art.

Et c?est cette même recherche qui donnera à l?expérience littéraire son sang nouveau. Car Proust a non seulement renouvelé la technique romanesque mais aussi le contenu littéraire en lui donnant sa dimension métaphysique. Son narrateur et personnage principal, Marcel, est en effet l?incarnation du temps, de la ?durée? bergsonienne.

La volonté proustienne se lit alors comme tentation de faire de la littérature un rachat de ce temps perdu mais retrouvé, afin que ?la vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent pleinement vécue, soit celle de la littérature?. Si l?existence avait un intérêt, c?est seulement dans la mesure où elle faisait de ?quelque vulgaire incident un ressort romanesque?. Confondre la vie et la littérature, n?est-ce pas là l?infini désir de tout génie en littérature ?

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