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Marc Ravalomanana ou le gestionnaire d?un État

23 juillet 2005, 20:00

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Après trois ans de pouvoir, Marc Ravalomanana, le petit vendeur de yaourts devenu chef d?État, n?a pas beaucoup changé. Il dirige le pays comme son entreprise, Tiko, numéro un de l?agroalimentaire malgache.

Mais, pour ses opposants, Madagascar n?est plus que « Tiko-land ». Le président malgache entretient son image de self-made-man, qui a réussi dans le monde des affaires puis en politique. Son ascension a été fulgurante. Il n?appartenait à aucun parti politique quand il a été élu maire d?Antananarivo, la capitale, en décem-bre 1999. Deux ans plus tard, la Bible à la main, ce chrétien pratiquant affrontait « l?amiral rouge », Didier Ratsiraka.

Les deux hommes revendiquaient la victoire, des manifestants pacifiques soutenant le maire ont bloqué la capitale pendant des semaines et le pays a été coupé en deux pendant plus de six mois. Finalement, Didier Ratsiraka a déclaré forfait. Il est, depuis, exilé en France.

Contrairement à Didier Ratsiraka, Marc Ravolomanana n?est pas « un homme des Français ». Ratsiraka est catholique, M. Ravalomanana est protestant, vice-président du FJKM (Fiangonan?i Jesoa Kristy eto Madagasikara, l?Église de Jésus-Christ à Madagascar). Il a fait sa formation sur la fabrication des produits laitiers en Suède. L?« amiral » ponctuait ses discours de citations latines, Ravalomanana saupoudre le pays d?un peu d?anglais : l?avion présidentiel a été baptisé Force one, des by pass ont été construits autour de la capitale, et ce sont des task force qui règlent les problèmes urgents. Enfin, sa télévision s?appelle MBC, Madagascar Broadcasting Corporation.

Ce petit homme énergique et décidé, dont les Français se sont longtemps méfiés, a réussi à séduire. « Il est efficace. Il ne s?est rien passé dans ce pays pendant trente ans, maintenant enfin les choses bougent », commente un économiste français.

Son plus grand succès : les infrastructures routières. Entre 2002 et 2005, 4 000 km de route ont été construits, des pistes rurales ont été réhabilitées. Les campagnes malgaches commencent peu à peu à se désenclaver.

Un taux de croissance soutenu

Le monde rural a également profité, dans une certaine mesure, de la crise du riz qui a frappé le pays fin 2004. Une pénurie momentanée du riz importé et une chute de la monnaie locale, l?ariary, ont permis l?écoulement à bon prix de la production locale. Les surfaces cultivées se sont étendues et les rendements, très bas, se sont un peu améliorés.

L?autre grand chantier du président est l?éducation. Il a supprimé les frais de scolarité et a distribué des cartables à tous les enfants. Le taux officiel de scolarisation a grimpé, passant à 82 % en 2003, contre 70 % en 2002. Mais ces chiffres ne prennent pas en compte les quelque 2 millions et demi d?enfants qui ne sont même pas inscrits à l?état civil.

Madagascar affiche un taux de croissance soutenu : 9,6 % l?année qui a suivi la crise, puis 5,4 % en 2004 et autour de 6 % prévus pour 2005. Mada-gascar a reçu en juin les félicitations du FMI pour les « progrès importants » des dernières années, et la Grande Ile figurait sur la liste des pays qui vont bénéficier de l?effacement de leur dette publique.

En homme d?affaires habitué à décider seul et vite, Marc Ravalomanana est d?une efficacité redoutable. Quitte à utiliser parfois des méthodes peu orthodoxes. Pendant la crise du riz, il a réquisitionné des camions de l?armée pour distribuer le riz stocké dans les entrepôts de ses magasins de gros. Ses affaires prospèrent. S?il laisse des grandes compagnies étrangères refaire le réseau routier, il a confié à sa petite société de travaux publics la réfection de plusieurs routes de la capitale.

On lui prête aussi des activités dans l?hôtellerie. Mais personne ne peut donner le détail de ses activités. Selon un rapport de l?organisation non gouvernementale suisse Swisspeace, Tiko serait exempté de taxes et Magro pourrait importer du riz sans droits de douane. La plupart des membres de son parti, le Tim (Tiako i Madagasikara ? J?aime Madagascar) sont des cadres de ses entreprises.

Une aggravation des conditions de vie

L?opposition s?insurge contre ce mélange des genres, accusant Ravalo-manana de conflit d?intérêts. « On glisse vers une république bananière chrétienne », estime Alain Ramaroson, l?un des leaders de l?opposition. « C?est un cambrioleur, comme d?autres chefs d?État africains, à la différence qu?il est un véritable homme d?affaires. Ce n?est pas seulement un prédateur. Pour que ses affaires prospèrent, il faut que le pays prospère. Finalement, ce n?est pas si mal », lâche un grand négociant en vanille de l?ouest du pays. Selon un des bailleurs de fonds de la Grande Ile, il est même arrivé à Marc Ravalomanana, à l?époque où il était maire de la capitale, de piocher dans les caisses de son entreprise pour faire avancer des projets municipaux.

Malgré la croissance économique, les grands chantiers, les améliorations dans le système scolaire et celui de la santé, le pays reste dans une extrême pauvreté. L?inflation, en particulier l?augmentation des prix de l?essence et du riz, a aggravé encore les conditions de vie dans les villes où s?entassent toujours des centaines de milliers de miséreux.

■ @ 2 005 Le Monde ? Fabienne Pompey ? Distribué par The New York Times Syndicate

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