Publicité
Mao, le Robinson mauricien
ASSISES devant leur bureau, Laiticia et Joanne, deux étudiantes en Form IV font leurs devoirs de classe. Elles étudient un texte en français. Tout comme elles, bon nombre d?étudiants de cette classe ont certainement travaillé ce texte de Mirella Couronne. Un texte qui parle d?un jeune Mauricien d?origine malgache, âgé de 26 ans, qui avait décoré une planche à voile avec des branches de cocotiers et qui pêchait des fruits de mer au large de l?île-aux-Bénitiers. Il les vendait par la suite aux touristes, à l?hôtel Le Paradis. Le jeune homme, très agile, grimpait, avec aisance, sur les cocotiers.
Le personnage principal de ce texte écrit il y a dix ans s?appelle Gaëtan Dig Dig, surnomé Mao. Selon l?auteur, la mère de Gaëtan, passait son temps sous un arbre appelé Mao à Madagascar. D?où son surnom. Le pêcheur n?a jamais été à l?école? ce n?était pas son fort. Pourtant, il parle italien, anglais et français aux touristes.
Gaëtan Dig Dig n?est pas un personnage sorti de l?imaginaire d?un écrivain. Nous l?avons rencontré. Dix ans ont passé. Bien sûr, il a entendu parler de ce texte. D?ailleurs ses proches en ont fait des copies qu?ils ont expédiées à des parents à l?étranger. Mao vit à Case-Noyale et est père d?Alexandre, 4 ans. Son histoire ressemble de très près au héros du roman très connu de Daniel Defoë : Robinson Crusoé, qui avait passé quatre années sur une île déserte.
Celle de Gaëtan Dig Dig s?appelle île-aux-Bénitiers. Nous sommes en 1985. Mao est engagé comme gardien sur cette bande de sable couverte de cocotiers. Un vrai petit paradis terrestre, sans béton ni pollution. L?île est entourée d?une belle eau turquoise. C?est un jeune homme plein d?enthousiasme qui fait la connaissance de trois autres gardiens approchant la soixantaine. Un peu plus tard, ces trois compères partiront à la retraite. Mao se retrouvera du coup tout seul sur cette île.
La vie est simple. Il dort dans une hutte bâtie avec du vétiver et mange des fruits de mer accompagnés d?eau de coco qu?il y a en abondance. De temps à autre, un bateau l?approvisionne : eau potable, riz et quelques autres articles de première nécessité. Il n?y a jamais de viande au menu. Ce sont toujours des fruits de mer et des légumes cultivés sur l?île. Pendant la journée, Mao travaille dans la cocoteraie, et la nuit, il pêche, pour passer le temps. La vie est simple mais agréable.
?C?était formidable. Même la pluie ne me faisait pas peur. Je dormais à la belle étoile avec la nature comme chambre à coucher. J?avais tout ce dont j?avais besoin pour vivre. J?étais au paradis.? Mao partage sa vie entre les cocotiers et la mer avec comme seuls compagnons deux singes, Noune et Blacky. Au fil du temps, il apprend à connaître l?île comme sa poche. Il voit souvent des mantes (des raies) venir pondre dans l?eau claire de l?île. Autant qu?il s?en souvienne, il n?a vu qu?une seule fois une tortue de mer.
Décorée de feuilles de cocotiers
Quand l?hôtel Le Paradis apprend qu?un jeune homme vit seul sur l?île, la direction lui propose alors une planche à voile pour faire le va-et-vient entre l?île et le rivage. Il l?achètera pour la somme de Rs 500. Tout comme dans le texte de Mirella Couronne, il se servira pendant longtemps de sa planche à voile. Plus tard, il la décorera joliment avec des branches de cocotier pour vendre des fruits de mer aux touristes.
A force de côtoyer les touristes, Mao apprendra à communiquer en anglais, en français et en italien. ?Je n?aimais pas l?école. Mais j?ai appris en fréquentant les touristes.?
La planche est toujours là mais en mauvais état. ?Je la garde parce qu?elle m?a permis de gagner ma vie en pêchant.? Mao quitte l?île en 1998 avec un pincement au c?ur. ?Il était temps que je fasse ma vie avec celle qui est devenue ma femme. Sinon, je n?aurais jamais abandonné mon île?.
Selon lui, il ne fait plus bon vivre sur cette terre, jadis inviolée. Des bateaux de plaisance, avec plein de touristes, ont envahi son île qui a perdu sa tranquillité. ?Il y a jusqu?à une vingtaine de bateaux.?
Mais l?envie d?y retourner ne manque pas. Mao est triste. ?Je n?aime pas le bruit qui règne dans le village. Je rêve de retourner sur l?île-aux- Bénitiers?. Comment fera-t-il pour son enfant ? ?Il y a un bateau qui fait le va-et-vient le matin et l?après-midi. Donc, il n?y aura pas de problème pour l?école. Il ne me reste plus qu?à convaincre ma femme, Isabelle.? Mais il n?y retournera pas à n?importe quelle condition. Seulement si le nombre de touristes diminue. Pour le moment, il rêve à d?autres cieux qui ressembleraient à son paradis. ?J?ai entendu dire qu?aux Seychelles et à Madagascar, il y a beaucoup d?îles encore vierges. Alors, pourquoi ne pas refaire ma vie là-bas ??
Publicité
Publicité
Les plus récents