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Manrakhan et Bhadain à coeur ouvert?

15 mai 2004, 20:00

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La parole libérée. L?ancienne directrice du défunt Economic Crime Office (Eco), Indira Manrakhan, et l?ex-directeur des investigations de l?Icac, Roshi Bhadain, aujourd?hui simples citoyens, ont craché presque tout ce qu?ils retenaient sur leur c?ur meurtri. Ils ont confié leur colère respective, décrié les « intimidations ». Débarrassés de leur droit de réserve, leur participation d?hier à la plateforme de l?Anti-Corruption Action Group a été fertile en révélations et en critiques?

« Ki dernier sance guvernma dir li pé donne l?Icac ? Mais ban politiciens bisin pas saye intimid enn Independant Body. Zot mem pa bisin coz lor là ! ». Indira Manrakhan ne mâche pas ses mots. Elle n?a toujours pas digéré la façon dont l?institution qu?elle dirigeait a été dissoute le 18 décembre 2001. « Mo ti nommé en août 2000, ek après elections septam 2000, kan nuvo régime fine pran place, ti couma dire enn l?épée Damoclès lor mo la tête. Mais malgré cela, mo fine continié faire mo travail? ziska ki mo fine forcé pou allé? »

Indira Manrakhan raconte que c?est terrible de ne pas pouvoir répondre aux accusations, selon lesquelles elle avait une approche partisane. « Moi j?ai toujours fait mon travail, peu importe si j?avais en face de moi des ministres ou des gros bonnets du secteur privé. » Elle n?a pas souhaité révéler les noms des ministres contre qui l?Eco avait un « strong case », car elle dit être « toujours sous une clause de confidentialité ». Mais pressée d?autres questions, elle a fini par lâcher « ti éna 2 ou 3 ministres ». De quel parti ? Elle n?a pas voulu en dire plus, sauf que « la classe politique était dans de sales draps? »

Amender la loi

La politique qui s?ingère un peu trop. Roshi Bhadain a aussi abondé dans ce sens. « Est-ce qu?on peut être indépendant quand il y a Political Appointment ? » Son avis sur l?Appointments Committee, l?unique instance pouvant hire and fire les commissaires de l?Icac, est intéressant : « Le président a certes un droit de veto selon la loi. Mais le Premier ministre et le leader de l?opposition ont le pouvoir d?amender cette loi? »

Roshi Bhadain, qui a consigné une déposition à la police contre son ancien patron, Navin Beekarry, sur les avantages qu?aurait reçus celui-ci pour acheter sa berline, s?est montré caustique envers l?Icac : « Si ou envie combatte corruption, eski ou bisin roule en limousines. Au contraire bisin donne l?exemple, roule dans loto normal, en bas 1800 cc? ». Et d?asséner sa morale : « You must be seen to be independent (?) and practice what you preach. »

S?agissant des fameux dossiers de l?Eco, « damning » contre des politiciens, transférés à l?Icac, selon les explications de Manrakhan puis de Bhadain, ils sont bel et bien à la commission qui a tout à fait le droit d?initier une enquête : « La loi précise que l?Icac n?a pas le droit d?enquêter sur des cas antérieurs à sa création (NdlR) : qui date d?avril 2002), mais cela ne s?applique pas dans le cas des dossiers hérités de l?Eco. » Pourquoi donc dorment-ils ? La question reste entière?

Bhadain et Manrakhan sont tous deux d?accord pour muscler la loi pour mieux lutter contre la fraude et la corruption.

« On peut s?inspirer de celle régissant l?Eco, qui était, elle, contrairement à l?Icac, habilitée à lutter contre la fraude. On peut intégrer les deux lois », estime Roshi Bhadain, sous l??il approbateur d?Indira Manrakhan.

Libérés de leur droit de réserve, Manrakhan et Bhadain ont lancé hier un intéressant débat sur la fraude et la corruption, sans pour autant révéler des secrets d?instruction ou d?Etat? Il est temps de rompre le silence, ce silence complice, qui stimule la gangrène...

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