Publicité
Malades de leurs carences
?Les cliniques à Maurice, c?est surtout de l?hôtelier et non de l?hospitalier. Il est inadmissible que ces cliniques qui détiennent un permis de Private Health Institutions sous la loi de 1989 ne puissent pas assurer un service d?urgence. Aucune loi ne définit les normes qu?elles doivent respecter, ni la qualification de leur personnel, ni leurs tarifs, ni les protocoles à respecter. Il faut un encadrement juridique pour mettre de l?ordre dans tout cela.? Celui qui s?exprime ainsi n?est autre qu?un proche du Premier ministre, Navin Ramgoolam.
Il est dépité par les agissements et la façon de faire des cliniques qui, dit-il, se concentrent aujourd?hui sur deux catégories de patients principalement. ?Ceux qui sont couverts par une assurance et les touristes, reléguant ainsi les autres malades mauriciens au deuxième plan.?
Or, selon le Dr Shyam Sungkur, l?encadrement juridique des cliniques privées a été déjà préparé, comme le stipule l?article 11 du Private Health Institutions Act de 1989.
?The minister may ?make such regulations as he thinks fit for the purpose of this Act;by regulations, fix the registration fees payable by private health institutions and the fee which a licensee may charge from any person in respect of any service provided by his health institution?, stipule notamment cette loi.
La loi en elle-même n?est rien, nous indique le Dr Sungkur. ?Ce sont les regulations, plus de 500 pages, qui contiennent l?encadrement juridique de contrôle. Elles n?ont pas encore été présentées au cabinet.?
Or, le Parlement a adopté cette loi il y a 18 ans. Pourquoi tant de temps pour rédiger les règlements ? ?Ce n?est pas un exercice facile. Il faut que tout soit visé par le parquet avant d?être présenté au cabinet. C?est quelque chose de totalement nouveau et il nous faut savoir où nous allons?, explique le Dr Sungkur.
Entre-temps, il n?y a aucun garde-fou pour protéger le public. Les cliniques sont accusées de pratiquer des tests et des examens médicaux pas nécessaires et de faire payer des consommables et d?autres frais exagérés aux patients. ?On se demande parfois si les radiographies et les scanographies auxquelles les cliniques font passer les patients sont toujours nécessaires. Parfois elles demandent une analyse sanguine et facturent le client Rs 500 comme frais de taxi pour avoir transporté le sang prélevé à un laboratoire privé.?
La loi n?impose même pas aux cliniques d?avoir un médecin de garde la nuit, ne stipule rien en ce qui concerne les normes et les qualifications du personnel paramédical, qui est d?importance capitale pour le suivi, par exemple, post-opératoire des patients. ?C?est du côté du personnel que les cliniques doivent être contrôlées. Leur personnel paramédical n?est absolument pas qualifié?, affirme le proche du Premier ministre. Le Dr Sungkur est entièrement d?accord à ce sujet.
Ce qui fait dire à un chirurgien très recherché en ce moment pour sa compétence que les meilleurs soins sont donnés à l?hôpital et que les cliniques n?offrent rien de mieux que l?hôtellerie avec chambre individuelle et climatisée. ?En sus des prix exorbitants qu?elles demandent, les médecins et autres spécialistes pratiquant dans les cliniques ne feront jamais venir un autre spécialiste pour confirmer leur diagnostic ou pour l?aider. Dans les hôpitaux, cela se fait couramment.?
Résultat : trop souvent, des patients soignés en clinique sont transférés d?urgence dans les hôpitaux pour qu?on leur sauve la vie. Le dernier cas remonte à quelques mois. Le malade n?a pu être sauvé.
Devant cette situation, 18 ans d?attente pour la préparation des textes pour un encadrement juridique des cliniques est chose scandaleuse. En attendant, l?association des cliniques privées se réunit aujourd?hui pour se pencher sur leurs prix.
<B> Dr Sungkur : ?Ne pas avoir peur d?Apollo?</B>
Le Dr Shyam Sungkur, ex-directeur administratif au ministère de la Santé, pense que les cliniques ont tort d?avoir peur de l?arrivée d?Apollo à Maurice. ?Nos cliniques offrent une médecine de base. Apollo, c?est la médecine de pointe. La médecine high-tech n?existe à Maurice que dans le domaine de la cardiologie. Nous n?avons pas les facilités qu?Apollo veut offrir. Les Mauriciens pourront acheter cette médecine high-tech d?Apollo et les cliniques n?ont pas à avoir peur de l?arrivée d?Apollo.? Il parle aussi du personnel hautement qualifié d?Apollo, qu?il a personnellement visité, pour se rendre compte du niveau de cet hôpital. Il estime aussi que l?Etat ne va pas bloquer des initiatives des cliniques privées si elles veulent réunir leurs ressources pour mettre en place une clinique high-tech. Le pays ne peut se payer certaines chirurgies et techniques de médecine, en raison d?un manque de personnel qualifié et d?équipements de pointe. Des investissements ne peuvent se faire dans certains secteurs high-tech à en raison de la faible demande pour ces types de soins. Il y a par exemple l?opération de la myopie par ?lasik? qui rend la vue aux myopes.
Le laser femtoseconde est utilisé pour découper un volet d?épaisseur et de dimension très précises de la cornée. Or, avec l?apport d?une clientèle étrangère, de telles opérations pourraient être réalisées par Apollo qui pourrait alors ?cross subsidize? pour offrir cette technique aux clients mauriciens.
<B>L?hôtellerie, le seul point fort des cliniques</B>
Le Mauricien considère de plus en plus qu?il est dégradant de se faire soigner dans les hôpitaux. Se faire traiter ou faire soigner ses parents en clinique confère aujourd?hui un certain statut. ?Certains ne veulent pas se retrouver avec 20 autres personnes dans une grande salle commune. La nourriture offerte dans des hôpitaux y est aussi pour quelque chose. Ils estiment qu?ils auront un meilleur soin à la clinique. Mais je peux vous assurer que les meilleurs soins médicaux, ce sont dans les hôpitaux que vous les recevrez. Le personnel médical et les infirmiers sont plus qualifiés que ceux des cliniques. Les points forts des cliniques se trouvent dans leur hôtellerie, leur chambre individuelle et climatisée. Le ministère de la Santé doit aller vers ces types de service contre paiement, chose que le gouvernement indien fait depuis longtemps?, estime un chirurgien de réputation qui travaille pour les hôpitaux et les cliniques. Raison pour laquelle il a voulu garder l?anonymat. ?Il y a une terrible lacune en ce qui concerne le personnel, surtout au niveau des infirmiers et infirmières qualifiés des cliniques?, ajoute-t-il. Quant au Dr Shyam Sungkur, ex-directeur administratif du ministère de la Santé et qui a également une expérience dans la gestion des cliniques privées, il estime qu?hôpitaux et cliniques sont logés à la même enseigne dans la mesure où ils ne donnent tous que des soins de base. ?Il n?y a que le centre de cardiologie de Pamplemousses qui pratique aujourd?hui la médecine de pointe. L?arrivée d?Apollo va changer la situation.?
QUESTIONS AU?
<B>Dr Patrick Chui Wan Cheong, </B> président de l?association des cliniques privées
● <B>Une malade a été admise chez vous récemment à 11 heures et est repartie à 16 heures. Pour ces cinq heures passées dans votre clinique, on lui a fait payer presque Rs 13 000. Un autre, envoyé par un hôtel, dit que l?établissement va payer Rs 400 pour un pansement. Qu?avez-vous à dire ? </B>
Impossible. On ne peut pas payer cette somme pour un si court séjour chez nous. Et les deux premiers pansements après une opération chirurgicale sont gratuits. Qui est ce malade qui a payé Rs 13 000 ? Pas possible, parce que si la facture est exagérée, l?assurance ne va pas payer. (NdlR : après vérification, la secrétaire du Dr Chui Wan Cheong nous a informés par téléphone qu?effectivement la patiente a payé Rs 12 500, parce qu?on lui a fait une scanographie du cerveau, ainsi qu?une radio de la cheville et du poignet. Elle était tombée sans connaissance à son bureau avant d?être admise à la clinique).
● <B>Le public estime que les cliniques sont chères et abusent. D?où vient cette perception ? </B>
La perception n?est pas mauvaise et, la plupart du temps, les cliniques sont impuissantes devant les agissements de certains médecins à l?origine de cette perception. Exemple : un jour, je me retrouve devant un malade et j?estime qu?il doit être vu par un spécialiste. Or, ce spécialiste était supposé être à la clinique ce jour-là, mais n?y était pas au moment où je décide de lui référer le malade. Je lui téléphone pour m?assurer qu?il viendra. Réponse positive. Quelque temps après, le malade et un deuxième que ce spécialiste avait vu se plaignent de la facture exagérée de ce spécialiste. Rs 1 500 pour la consultation par patient ! Le spécialiste a prétendu qu?il s?est dérangé spécialement pour ces malades et que sa facture comprend le déplacement.
Deuxième cas. Je fais appel à un spécialiste à qui j?ai personnellement aidé à bâtir sa réputation. Je lui demande une visite seulement à la clinique pour un malade qui n?a pas les moyens de payer plusieurs visites. Il vient, le fait à contrec?ur, puis me dit de ne pas le déranger pour de tels types de malade. Il affirme qu?il ne s?occupe que des malades qui nécessitent plusieurs visites pour des suivis.
En tant que directeur médical de la clinique, je suis impuissant devant de tels agissements. Je ne peux rien leur dire, sinon ils partent et la clinique se retrouve sans spécialiste. Il est très difficile d?avoir un spécialiste pendant la journée. La plupart sont soit dans les hôpitaux de 9 à 16 heures ou dans leur consultation privée. Ils vous disent qu?ils sont occupés et d?envoyer le malade dans une autre clinique où ils pourraient le voir ou l?opérer.
● <B>Vous obtenez quand même un pourcentage sur ces factures exagérées que demandent les médecins qui travaillent dans votre clinique ? </B>
Oui, pour couvrir les frais administratifs. La situation n?est pas si simple. Il y a en ce moment un spécialiste qui travaille avec sa propre secrétaire et ses propres équipements dans ma clinique et qui empoche tout l?argent payé. Quand je l?interroge, il me dit qu?il est en train d?abandonner graduellement la clinique.
Publicité
Publicité
Les plus récents