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Mal dans sa peau

4 février 2007, 00:00

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Le documentaire est basé sur l?émission de la chaîne américaine Black and White dont Canal + a acheté les droits. Dans la peau d?un noir a pour but de montrer ce qu?est le racisme en France et comment des familles, d?origines et d?horizons différents, mais surtout de couleur différente, peuvent le vivre ou le ressentir.

Deux familles ont prêté leur concours à cette expérience assez incroyable d?échanger leur couleur de peau. Les Blancs, Laurent Richier, 40 ans, son épouse Stéphanie, 35 ans, et leur fils Jonathan, 16 ans, seront transformés en Noirs. Et les Noirs, Romuald Berald, 41 ans, Antillais, sa compagne Ketty Sina, 48 ans, d?origine camerounaise, et la fille de cette dernière, Audrey Verges, 19 ans, métisse camerounaise et catalane, seront transformés en Blancs.

Six mois ont été nécessaire à toute l?équipe du documentaire pour mettre au point la technique de maquillage, en plus des tests avec les familles. Chaque maquillage a nécessité trois maquilleurs et une perruquière par personne, travaillant pendant quatre heures, pour une tenue de cinq heures.

Si on peut toujours truquer au cinéma, pour le documentaire, il fallait pouvoir être crédible à l??il nu, pour que personne, dans la rue, ou dans les magasins, ne remarque le maquillage. Chacune des familles a été suivie par des caméras cachées ou pas et raconte sa vie et des problèmes du quotidien.

Les familles ont participé à cette expérience durant quatre semaines. Une lourde expérience, considérant la somme de travail nécessitée pour le maquillage, mais considérant surtout la prise de conscience de la réalité du racisme.

Discrimination, préjugés, remarques vexantes, que ce soit au supermarché, à la recherche d?un emploi ou d?un appartement. A l?issue de la journée, les témoignages se confrontent.

Pour Renaud Le Van Kim, réalisateur-producteur du documentaire, l?intérêt était d?apporter un autre regard sur ce problème de société que beaucoup ignorant ou préfèrent ignorer. Et il n?existait aucun documentaire sur le sujet, opposant ainsi deux familles, qui auraient échangé leurs apparences, partagé et vécu des expériences.

Ce qui ressort le plus du documentaire, selon Renaud Le Van Kim, c?est surtout «l?accumulation de micro-vexations», de micro-comportements, de micro-discriminations.

Remarques et humiliations

«Pas de racisme agressif ni flagrant mais beaucoup d?injustices et de vexations qui amènent de nombreuses personnes noires à s?autocensurer, à se sentir inférieures », dit-il.

«Aux Etats-Unis, les Noirs ne sont pas considérés, a priori, comme étrangers, alors qu?en métropole, on les considère spontanément comme étrangers », ajoute le réalisateur.

Les familles participantes ont beaucoup évolué tout au long du projet. Notamment Laurent Richier, qui s?est dit de plus en plus choqué des remarques et humiliations qu?on pouvait lui faire, dans la peau d?un Noir. Il conclut : « Si ce film peut changer les idées de 10, 20 ou 30 personnes, je serais super heureux».

Le documentaire-réalité est de plus en plus utilisé à la télévision, par les journalistes d?investigation pour rendre compte de la réalité de beaucoup de problèmes de sociétés. Ce fut le cas, il n?y a pas longtemps avec ces journalistes partis vivre dans la rue, pour témoigner du quotidien des sans-domiciles fixes. Moins d?analyse, plus d?images et de vécu.

Mais ce procédé n?est pas nouveau, évidemment. Canal + reprend d?ailleurs le titre Dans la peau d?un Noir, d?un livre de John Griffin. Dès 1959, cet écrivain américain, blanc, s?infligeait un traitement dermatologique à base d?UV et de mélanine pour devenir Noir, afin de vivre la vie d?un homme de couleur dans le Sud des Etats Unis, pour rendre compte de la réalité de l?Amérique ségrégationiste.

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