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Mais qui se soucie des Agaléens ?

3 avril 2004, 20:00

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Il y a une tempête autour d?Agaléga. Heureusement, elle n?est que politique. Au Parlement, le gouvernement et l?opposition sont embarqués depuis deux semaines, dans un voyage agité où le sérieux côtoie la démagogie, où les paroles se révèlent plus violentes que les alizés qui soufflent sur ces deux magnifiques îles et leurs cocotiers.

« Une bouffée d?air frais pour Agaléga », lance le capitaine Paul Bérenger, déterminé à mener à bon port le projet d?IBL. « IBL et Bérenger vont brader Agalega », rétorque Navin Ramgoolam, tout aussi déterminé, mais dans le rôle du corsaire qui veut couler le navire IBL.

En procédant mardi à une retouche technique de dernière minute à l?Agalega Island Council Bill, une semaine après une houleuse PNQ sur le même sujet, le Premier ministre donne l?impression d?être pressé par un dossier « urgent ». Mais il n?en dit pas plus, sauf que c?est l?unique fois qu?il fait une entorse aux Standing Orders, alors que, selon lui, l?opposition l?a fait à maintes reprises.

Pourtant ce projet de loi, en théorie, n?a rien à voir avec le projet hôtelier qui fait des vagues. Mais l?opposition fait agréablement l?amalgame et lie le Deal Illovo, le contrat de gestion alloué à Stam (une filiale d?IBL) et le projet de développement touristique. D?où le leitmotiv, lourd de sous-entendus, que « Bérenger a un hidden agenda ».

Mais le Premier ministre a apporté de l?eau au moulin rouge en affirmant, en réponse à la PNQ, que le « gouvernement fera tout pour faciliter la réalisation du projet d?IBL à Agaléga ». Réponse de Ramgoolam à Bérenger, au congrès de Réduit : « Laisse IBL investi Agalega. Li pou conné ki appel PTr kan nou révinn au pouvoir. »

Entre les deux discours, tout aussi passionnés, se soucie-t-on vraiment des Agaléens ? Au-delà de la politique de développement que veut promouvoir le gouvernement et l?acharnement de l?opposition à lutter contre un « apartheid » économique, qu?est-ce qui changera réellement pour les Mauriciens d?Agaléga ?

Il y a des questions autres qu?économiques et politiques auxquelles il convient de répondre. Les Agaléens, qui sont tous employés par l?état, pourront-ils travailler pour un hôtel du privé ? Mangeront-ils mieux demain alors qu?aujourd?hui le Mauritius Pride débarque des cargaisons limitées deux fois par an ? Peut-être bénéficieront-ils d?un meilleur réseau de communication, d?une fourniture électrique ininterrompue ? Quelles seront les répercussions sur le lagon cristallin d?Agaléga, sur son paysage paradisiaque, sur sa faune et sa flore uniques ?

Les avis sont partagés : sans travaux d?envergure, pas de progrès, clame IBL. Pas de gros développements pour préserver le cachet d?Agaléga intact, militent les amis écolos, comme Jagdish Seebaruth, ancien Resident Manager.

À 1 090 km de Maurice et de ses parlementaires, vivent près de 400 Agaléens, dont un peu moins de 200 électeurs, rattachés à la circonscription n° 3. Sont-ils à ce point une quantité négligeable pour qu?on ne leur accorde pas une voix au chapitre ?

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