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Mahébourg à la recherche de son passé
par Thierry CHATEAU
Pointe-des-Régates, mardi dernier? Le vent du large amène un air chargé d?embruns. Le grand lagon de Mahébourg s?étale jusqu?à l?île de la Passe et l?île au Phare. Une pirogue de la National Coast Guard patrouille discrètement, à dix mètres du rivage. Sur l?esplanade, des dames en «churidhars» discutent tranquillement au soleil pendant que des petits garçons en shorts à fleurs s?égayent tout autour d?une grande stèle en pierre.
Profitant du jour férié, Mahébourgeois et visiteurs viennent respirer le bon air. Personne ne se doute que l?on est sur le point de commémorer un événement de taille. Gravé dans la pierre de la stèle, c?est l?un des épisodes les plus déterminants de l?histoire de Maurice. Le drame s?est joué un mois d?août, il y a presque deux siècles, jour pour jour?
Nous sommes le lundi 20 août 1810. L?air était-il aussi chargé d?embruns, le soleil était-il aussi brillant ? L?atmosphère, elle, est en tout cas chargée d?électricité. De grands navires s?affrontent dans la baie, à coups de canons et sous le regard anxieux des habitants du bourg. La bataille du Grand-Port, l?un des plus célèbres combats navals de tous les temps, vient de commencer?
Tout a débuté une semaine plus tôt, dans la nuit du 13 au 14 août 1810, lorsque cinq navires britanniques pénètrent dans la baie de Mahébourg. L?île est alors sous administration française et fait l?objet de la convoitise des Britanniques qui règnent en maîtres sur la route des Indes.
Les assaillants sont commandés par le capitaine Willoughby. Ils débarquent sur l?île de la Passe à minuit. L?îlot est défendu par un contingent de 60 soldats. Plusieurs d?entre eux sont tués, les autres faits prisonniers. Les Britanniques font de l?îlot leur base d?opération pour débarquer sur le littoral. Les jours suivants, ils investissent les plantations et tentent de persuader les colons de se ranger de leur côté. Ils prennent également possession des fortifications de la Pointe du Diable.
Et lorsque, quelques jours plus tard, des navires français se présentent devant l?île de la Passe, les Britanniques leur tendent un piège. Ils les laissent entrer dans la baie avant d?ouvrir le feu.
La bataille fera rage jusqu?au 28 août. Mais elle tournera finalement à l?avantage des Français, commandés par le capitaine Duperré, qui bénéficient du soutien des habitants. Les Britanniques perdent 105 hommes, les Français déplorent 36 pertes. La plupart des navires sont coulés.
Sur la stèle de la Pointe-des-Régates, on retrouve aujourd?hui les noms des navires engagés dans la bataille. Des visiteurs un peu plus curieux que les autres se rapprochent afin de pouvoir lire les noms. Ou de faire des photos. The Magicienne, The Sirius, pour les Britanniques ou La Bellone, La Minerve, côté français. Il y aussi les noms des capitaines : Duperré, Willoughby mais aussi Bouvet ou Pym?
Mais les familles mahébourgeoises jettent à peine un regard à la stèle. Elles veulent surtout profiter du 15 août, jour de repos et de détente. Pas forcément propice à la commémoration. Les fourgonnettes de glace jouent une valse de Vienne et l?esplanade est de plus en plus animée. Le vent est fort mais l?air est pur. C?est l?avantage incontestable de Mahébourg. Mais ce n?est pas le seul?«95% des habitants de Mahébourg ne connaissent pas l?histoire de leur ville et personne ne se soucie de la leur enseigner», déplore
René Sophie. Ce patron pêcheur est à la tête d?une importante pêcherie. Ses bureaux sont situés sur le bord de mer, à quelques encablures de la Pointe-des-Régates. René Sophie supervise le débarquement et la pesée du poisson. La journée n?a pas été très bonne. Il donne sa vision des choses sans passer par quatre chemins et avec une pointe de provocation. «Personne ne parle de l?histoire du Pont Cavendish, de celle de Rémy Ollier, illustre Mahébourgeois. La bataille du Grand-Port ? Ils n?en parlent même pas », déplore-t-il.
Le 20 août prochain sera pourtant le 196e anniversaire de la bataille. Et, toujours en août, on devrait également commémorer le 250e anniversaire du début des travaux de fortification sur l?île de la Passe. «Et le musée naval, qui connaît son histoire ?» poursuit René Sophie.
Ancienne demeure familiale, le musée qui est aujourd?hui l?une des attractions touristiques phares de Mahébourg, joua aussi un rôle durant la bataille du Grand-Port. En effet, c?est là que furent soignés côte à côte les capitaines Duperré et Willoughby, blessés durant la bataille.
Philippe La Hausse de Lalouvière, qui a effectué de nombreuses recherches sur la bataille du Grand-Port, apporte même une précision intéressante. «C?est Duperré qui fit inscrire le nom de la bataille sur l?Arc de Triomphe, à Paris, alors qu?il était ministre des Terres, dans les années 1830», précise-t-il.
La bataille du Grand-Port devrait être commémorée comme il se doit en 2010, l?année de son bicentenaire. En attendant, elle n?a pas fini de livrer ses secrets. Et pourrait bien finir par occuper enfin la place qu?elle mérite dans la mémoire collective des Mahébourgeois et de tous les Mauriciens.
Notre Dame est aux anges
C?est la fête de l?Assomption. Notre Dame est aux anges. La grande église catholique de Mahébourg fête son bicentenaire. La cour est remplie de monde : l?évêque Maurice Piat, le vicaire Amédée Nagapen, l?abbé Georges Piat, curé de la paroisse et ses ouailles? Amédée Nagapen dédicace son dernier ouvrage justement sur le paroisse et son histoire. Notre-Dame-des- Anges a une autre raison de se réjouir : c?est aussi la célébration de son bicentenaire.
Une série d?activités au eu lieu pendant un mois et elle se termine demain.
Mais sous les airs de fête, l?église cache une âme en peine. Elle est encore en rénovation. Une longue rénovation qui devrait coûter au moins Rs 6 millions. Et pour l?abbé Piat, une autre célébration mérite d?être à l?avant-plan. Celle de Mahébourg, elle-même. Née en 1806, son anniversaire est superbement ignorée par l?état et les Mauriciens. Une injustice?
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