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Mahébourg marche pour Marie-Anita
Elle n?est pas prête de s?éteindre cette flamme de colère et d?indignation. Elle brûlera dans le c?ur de chacun aussi longtemps que des monstres continueront à voler l?innocence des enfants. Marie-Anita Jolita, 2 ans, tuée après avoir été enlevée et violée le 3 juillet, a mobilisé la foule vendredi à Mahébourg, lors de la marche de solidarité organisée par Pédostop, une association qui se bat contre la pédophilie, et la Mahébourg Citizen Welfare Association.
Souffrante, Maria Jolita, la mère de la petite victime, n?a pas pu y assister. Si elle y était, elle aurait constaté que le drame qu?elle endure a dépassé la barrière de la communauté et des religions. Tous se sentent profondément choqués et pleurent la disparition de Marie-Anita. « Mo pa ti pé attane pou éna autant dimounes », souffle Béda Chanden, une vieille dame endimanchée, proche de Maria et de sa fille.
Dire non à la violence
Plus de 2 000 personnes, de tout âge et de professions confondus, sont descendues à Mahébourg pour dire non à la violence contre les enfants. Rendez-vous à Cité Tôle, le squat où vivait Maria avant que le ministère de la Femme ne lui trouve une maison de la NHDC et un emploi. La foule grossit au fur et à mesure. Des anonymes, mais aussi des dignitaires religieux, des artistes, des universitaires, des travailleurs sociaux et des organisations non gouvernementales.
Dans la foule, on reconnaît des personnes marquées à vie, parce qu?elles ont été, elles-mêmes, victimes d?abus et de violence. Sivasoopramanien Moorghen a perdu son fils Tevarajen, âgé de 4 ans, en 1997, dans des circonstances tragiques. Son fils avait été sodomisé puis étranglé par un ex-policier, emprisonné depuis à perpétuité. « Mo là parski mo encor souffert. Mé mo pane apprécié ki banne organisateurs ine fer moi enlève mo banderole kot mone réclame la peine capital? »
Un ruban blanc noué au poignet, vêtus d?un t-shirt de la même couleur, ils ont bravé la chaleur pour affirmer leur rejet et leur condamnation de l?abus sexuel à l?encontre des enfants. De Grand-Gaube à Port-Louis en passant par Floréal et Souillac, ils sont venus en famille ou accompagnés d?amis.
Malgré son âge avancé, Lourdes Adonis, 73 ans, habillée d?une légère robe fleurie, a délaissé le confort de sa maison à Cité Vallijee pour « protester ». « Ou koné mo ene grand-mère bisaïeule, mo là parski mo napa accepté la violence contre banne zenfants », s?indigne-t-elle. Pour l?occasion, la fourgonnette de l?un de ses petits-fils, entrepreneur de son état, a été réquisitionnée pour la journée.
Brigitte, 47 ans, femme au foyer de Ville-Noire, frissonne en pensant à ce qu?a pu endurer « sa boute baba-là ». Elle couve sa fille de 12 ans du regard et un flot de colère empourpre ses joues.
« Cékine arrivé pa bon ditout », marmonne-t-elle. La rage de certains fait frémir. « Moi mo là pou dimane ene chaise électrique, parski mové l?herbe bisin détruire à la racine », lâche Marie Gabriel, 57 ans. Puis elle se calme et confie qu?elle a pleuré à chaudes larmes le jour où elle a appris la terrible nouvelle.
Changer le nom de Cité Tôle en celui de Cité Jolita
Cette marche, c?est aussi pour essayer de comprendre ce qui s?est produit dans la tête des bourreaux de Marie-Anita. Ont-ils agi ainsi parce qu?ils ont souffert dans leur enfance ? Geneviève refuse d?y croire. « Boucoup dimoune passe misère. Eski zot tout fer di mal à banne zenfants ? Mo pa d?accord. Zot bien coné ki zot ine fer », tempête-t-elle.
Jaywantee, 50 ans, marche d?un pas décidé. Ses deux fils et son mari l?attendent devant avec d?autres proches pour rejoindre les marcheurs. « En tant ki ene mama, mo comprend la douleur ek la souffrance ki sa madam là ine enduré. Zenfant-là ti ene innocent. Mo pa oulé ki sa répété enkor? »
Sur la place du marché, on se croirait dans un meeting, les banderoles et les cris excités en moins. Face à la foule, Alexandra Schaub, responsable de Pédostop, incite à « protéz ou zenfant parski li sacré, li nou l?avenir ». Sandra O?Reilly, violée il y a trois ans, dit sa « chance » de pouvoir témoigner aujourd?hui du drame vécu. « Nou pé évoluer mé ena encore boucoup malades. Evolution li couma ene tsunami, mé si nou pa enraciné, nou banne valeurs morales risqué secouer. »
Plusieurs intervenants, dont l?incontournable Georges Ah-Yan, des forces vives de Mahébourg, ont fait un appel à la responsabilisation des parents. Sous les applaudissements, il a émis l?idée de changer le nom de Cité Tôle en celui de Cité Jolita « en hommage à sa zenfant-là ki fine vine ene martyre ».
« Vous pourrez compter sur ce gouvernement pour prendre des mesures nécessaires. Je fais un appel pour que tout acte répréhensible sur des enfants soit dénoncé à travers notre hot line, le 113. » Le Conseil des ministres a d?ailleurs décidé vendredi de revoir les pénalités dans les cas de viol et de meurtre sur des enfants.
Cassam Uteem, ex-président de la République :
« Je suis venu pour dire à la société civile que notre pays est très malade et qu?il faut trouver ensemble un remède. Espérons que cette violence qui n?est pas digne de notre société, ne se renouvelle pas. »
Caroline Dantier, mère de Nadine :
« C?est par solidarité que je suis venue participer. Je comprendset partage la douleur de la famille. »
Maroussia Bouvéry, artiste :
« J?aimerai que cette force qui se dégage de cette foule ne soit pas éparpillée. Si nous restons au niveau du constat, cela ne va rien changer. »
Sheila Bunwaree-Ramharai, sociologue :
« Il est important de voir dans leur ensemble les problèmes sociaux que nous vivons et d?en faire prendre conscience la société civile?Je souhaite qu?il y ait une synergie entre les différents acteurs afinde donner un sens à tout cela. »
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