Publicité
Madagascar vise le marché local de la pomme de terre
Par
Partager cet article
Madagascar vise le marché local de la pomme de terre
Antsirabe, qui signifie “là où il y a beaucoup de sel” en malgache est une escale incontournable vers la route du Sud si vous rendez dans la Grande Ile. Perchée à 1500 mètres d’altitude au sud d’Antanarivo, Antsirabe est durant l’hiver austral, la ville la plus froide des hautes terres. En 1872, les missionnaires norvégiens s’installèrent à Antsirabe. Le climat de la région convenait aux Européens en quête de fraîcheur sur cette terre tropicale. Elle est la ville “élégante de Madagascar” avec ses avenues reliant la gare au célèbre hôtel des Thermes.
Mais elle est aussi le centre d’une riche région agricole (riz, patates, carottes) où tout pousse facilement.
Ainsi depuis un an, la ville a changé de visage. Rien n’est plus comme avant. Antsirabe veut se positionner comme un important exportateur de pommes de terre dans la région.
<B>Sortir d’une économie de subsistance</B>
La visite du Premier ministre, Paul Bérenger, à Madagascar en avril dernier, est le début de cette coopération. Un accord a été signé entre Madagascar et Maurice. La Grande Ile avait alors obtenu un quota d’exportation de 900 tonnes de pomme de terre vers Maurice. Une société mauricienne ERS mada s’est implantée dans la Grande Ile, pour cultiver la pomme de terre.
Ainsi l’année dernière neuf tonnes de pomme de terre ont pu être fournies. Une autre cargaison de 60 tonnes est attendue pour juin. Alors qu’une cargaison de 12,5 tonnes a été déchargées, il y a deux mois.
“Nous avions eu une insuffisance de semences, ainsi que divers problèmes. De plus les paysans n’étaient pas encore prêts à produire de la pomme de terre sur une grande échelle”, confie Voahangy Rakotondranaivo de la Direction régional du développement rural à Antsirabe.
La politique du ministère de l’Agriculture malgache est de pousser les paysans à sortir d’une économie de subsistance à une économie de marché. Le gouvernement malgache veut professionnaliser cette filière qui est appelée à devenir le moteur de développement de la région. Les opérateurs privés travaillent en partenariat avec le secteur publique. Les terres utilisées pour la culture de la pomme de terre sont louées. L’idée est d’absorber la main-d’œuvre d’Antsirabe qui compte quelque 200 000 paysans.
Une des tâches du gouvernement malgache consiste à former les paysans. Le Centre de formation et d’application du machinisme agricole (CFAMA) a pour but de former les paysans dans l’agriculture. Ce centre, quasiment unique dans la région, vise à professionnaliser les paysans.
“Nous voulons de faire de la culture de la pomme de terre à grande échelle. Les paysans étaient jusqu’ici habitués à cultiver la pomme de terre pour se nourrir. On leur explique que cette culture est maintenant un métier et qu’il faut avoir une certaine technique”, explique Edmond Rakotonindrainy, le directeur du CFAMA.
Ainsi les domaines d’intervention du CFAMA sont multiples et concernent l’agriculture, l’élevage, la forêt, la restauration. Les formations peuvent être continues ou de courte durée. Cette formation sur la mécanisation agricole peut se faire soit au siège du CFAMA à Antsirabe, soit dans les autres localités où il existe des telles demandes et les infrastructures appropriées. Ainsi le promoteur peut être une organisation non gouvernementale (ONG), une entreprise agricole, une association entre autres.
<B>S’adapter aux nouvelles techniques agricoles</B>
Le CFAMA compte aussi une section recherche et développement. Elle concerne la conception, le développement et la reproduction de prototypes. “Cette activité se fait soit dans les champs des producteurs en collaboration avec les projets de développement ruraux, ou avec les artisans fabricants, entre autres”, souligne le directeur du CFAMA Edmond Rakotonindrainy.
Charline Ramanantenasoa, 31 ans, a été formée il y a un an pour une ONG d’encadrement. Cette paysanne, mère de cinq enfants, cultive la pomme de terre mais aussi le maïs à Faratsiho qui se trouve à 1600 mètres d’altitude à 80 km d’Antsirabe. Vivant dans une modeste maison qui consiste d’une seule chambre, elle a pu s’adapter aux nouvelles techniques agricoles grâce à la formation reçue. “Avant, j’étais dans l’élevage, et je connaissais pas grand-chose de la culture de la pomme de terre. Maintenant avec la formation que j’ai reçue, il est plus facile pour moi de me faire employer par un opérateur privé”, souligne-t-elle.
Par ailleurs, outre la formation, le gouvernement malgache prévoit aussi d’investir dans la machinerie agricole. à l’époque, tout était fait manuellement. Même les pommes de terre étaient nettoyées une à une à la main. “Si nous voulons devenir le grenier de la région, il faut impérativement aller vers la mécanisation. C’est une tâche qui prendra certes beaucoup de temps. Mais avec l’aide de la Banque mondiale, nous allons dans cette direction”, souligne Niry Lanto Rakotondrasoa, le directeur du développement régional.
Le directeur d’ERS mada, Soobiraj Ellayah, est aussi du même avis. Selon lui, la région Antsirabe a un potentiel énorme pour la culture de la pomme de terre et d’autres légumes. Mais il reste encore beaucoup à faire concernant les procédures administratives. “Certes, il y a des améliorations à ce niveau mais les procédures restent quand même assez lentes”, souligne ce dernier.
Ainsi une cargaison de semences de pommes de terre avait été bloquée au port de Tamatave pendant plusieurs mois. Mais les choses s’améliorent graduellement.Une prochaine cargaison de 60 tonnes de la variété spunta est attendue à Maurice en juin prochain.
CONSOMMATION
<B>Une production locale de 15 000 tonnes</B>
■ Maurice consomme environ 25 000 tonnes de pommes de terre annuellement. L’industrie sucrière est la principale productrice locale de pommes de terre, soit environ 15 000 tonnes annuellement. Le reste de la consommation, soit 10 000 tonnes, est importé principalement de l’Afrique du Sud et de la Nouvelle-Zélande.
Publicité
Publicité
Les plus récents