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Mélodrame
La scène est touchante même si elle a un air de déjà-vu. Un Rama qui fait semblant de s?en aller, puis se ravise juste au moment de dire «au revoir» à ses collègues ministres : le tableau n?est pas très original mais il reste émouvant. Hier, Rama Valayden était le principal personnage de la pièce. Il a mimé à la perfection le comportement d?un enfant gâté qui menace d?abandonner la maison parce qu?il est réprimandé, mais finit par sauter dans les bras de ses parents qui font tout pour le réconforter.
Ce jeu a beau être banal, mais il est mené avec sérieux par les acteurs concernés. Car, après tout, les politiciens ne sont pas des guignols qui ont envie de nous faire rire avec leurs gags. Tout en politique procède de stratégies et de tactiques. L?épisode Rama Valayden ne saurait en être une exception.
Celui qui s?est déguisé en «ministre démissionnaire» hier avant de s?accrocher fortement au pouvoir quelques heures plus tard visait sans doute un objectif bien précis. Si son but était de forcer le chef du gouvernement à lui renouveler sa confiance, Rama Valayden a fort bien réussi sa man?uvre.
La mascarade a commencé en début d?après-midi par l?annonce en fanfare de sa démission en tant que ministre. Déjà, les moins naïfs des observateurs avaient remarqué qu?il avait adressé sa lettre au Premier ministre et non au président. C?est ainsi que l?on procède en cas de démission factice. Par la suite, le «démissionnaire» s?est rendu à la résidence du vice-Premier ministre Rashid Beebeejaun où, visiblement, l?enfant gâté a reçu des câlins plutôt que des gifles. Il a ensuite animé une parodie de réunion politique avant de reprendre sa lettre. La scène finale, remarquable de tension, s?est jouée au Plaza devant une petite foule de fidèles fanatisés à qui il a annoncé triomphalement que le Premier ministre lui a donné son soutien.
Il serait exagéré de dire que, dans cette affaire, Rama Valayden a remis en jeu son mandat ministériel. Les rapports de force étant ce qu?ils sont, le ministre de la Justice ne pouvait que réussir son coup de poker. Il a, en fait, contraint le chef du gouvernement à lui manifester un soutien public alors qu?il était montré du doigt par l?opposition ces derniers jours pour sa proximité avec le gang d?un trafiquant présumé.
Le leader du Parti travailliste n?avait pas une réelle marge de man?uvre car le départ de Rama Valayden, figure emblématique pour le lumpenprolétariat, lui aurait porté un coup terrible. Lors des dernières législatives, celui-ci avait obtenu 12 215 voix dans une circonscription pourtant considérée comme le fief du MMM. Jayen Cuttaree, avec 14 762 voix, le devançait de peu.
Quand le rideau est tombé hier soir, l?acteur Valayden était un homme heureux. Son public ne voulait pas le laisser partir.
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