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Médine redessine l?Ouest

24 juin 2006, 00:00

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par Shyama SOONDUR

L?initiative relève de l?inédit. Jamais encore un entrepreneur n?avait vu aussi grand en matière de réaménagement du territoire. Médine Sugar Estates (S.E.) se propose, à elle seule, d?urbaniser l?essentiel de l?ouest de l?île. Elle a présenté hier son plan de développement pour les vingt ans à venir. Sous son impulsion, le triangle Floréal?Wolmar-Albion émerge comme un puissant pôle de développement.

Villes-satellites, centres commerciaux, hôtels et golfs, parcs et espaces de loisirs, musées, écoles, universités et hôpitaux privés, bureaux, parcs industriels? Les concepteurs du plan, menés par l?architecte-urbaniste Maurice Giraud et soutenus par le sociologue Malenn Oodiah, ont prévu le nécessaire pour attirer vers l?Ouest les habitants, les talents et les capitaux d?ici et d?ailleurs, tout en améliorant la qualité de vie de ceux qui y vivent déjà.

Collaboration de l?etat

L?aménagement spatial sera d?abord fait autour des agglomérations qui existent déjà. Beau-Bassin, Quatre-Bornes, Palma, Floréal, Bambous, Albion et Flic-en-Flac serviront de socles pour le développement de nouveaux quartiers résidentiels visant les différentes couches de la société mauricienne. Médine S.E. prévoit d?agrandir ces villes et villages en y greffant des morcellements résidentiels ou industriels. Ces derniers seront à leur tour assortis de complexes commerciaux et de parcs naturels et de loisirs.

«Un certain nombre de ces projets fonciers sont déjà en cours. Nous avons voulu privilégier une approche globale en les intégrant dans un plan d?ensemble plus cohérent», explique Pierre Doger de Spéville, président de Médine S.E.

L?ambition de cette compagnie sucrière se nourrit du fait qu?elle est seule propriétaire de toute la région identifiée pour le développement. Elle possède 10 625 hectares, soit un vingtième de la superficie totale de l?île. Environ 4 900 hectares sont sous cannes à sucre, 1 100 hectares sont des paturages et 2 300 hectares sont des chasses. Le reste se présente sous forme de réserves de montagnes et rivières, entre autres.

Au cours des vingt prochaines années, Médine S.E. se propose de consacrer quelque 2 500 hectares au dévéloppement intégré tel que décliné dans son plan directeur. La canne sera cultivée sur 1 300 hectares de moins et les 1 200 hectares restants seront récupérés des paturages et autres réserves.

Cette rationalisation de l?utilisation de l?espace tient compte du contexte économique et social changeant de Maurice. L?île sera appelée à produire le sucre dans des conditions bien plus difficiles qu?autrefois. Du reste, le pays aura besoin d?espace pour contenir les développements futurs. L?Ouest est une des régions qui connaît le plus fort taux de croissance démographique.

Dans ses projets, Médine S.E. veut aménager les terrains en morcellements résidentiels et d?affaires destinés à des particuliers et aux entreprises. Elle construira des espaces bureau et industriels qui seront loués ou vendus. Elle doit également investir dans des infrastructures de loisirs à vocation touristique et publique. L?autre volet sera d?identifier des terrains où l?Etat et les opérateurs privés pourront possiblement installer des infrastructures sociales, sanitaires ou éducatives.

Même si elle jouit d?une très grande marge de man?uvre, étant seul maître à bord, Médine S.E. ne pourra vraiment atteindre son but sans un partenariat étroit avec l?Etat. Comme l?a fait ressortir Daniel Giraud, chief executive de Médine S.E., tout dépendra de la vitesse à laquelle le gouvernement central et les autorités régionales donneront le feu vert nécessaire aux différentes étapes. Médine S.E. compte aborder la mise en ?uvre du plan en trois phases, chacune ayant une durée de vie de sept ans.

Au moins deux nouvelles routes

Mais il n?y pas que les permis. La compagnie compte sur l?Etat pour pourvoir la région en services publics tels que eau, électricité et téléphone, de même que des routes principales et secondaires. Le plan directeur prévoit la construction d?au moins deux nouvelles routes. La première reliera le nord du district de Rivière-Noire à la partie sud et passera par la forêt de Yémen, décongestionnant ainsi la route côtière. La seconde longera la côte, du phare d?Albion jusqu?au Sud, ouvrant à tous cette région à la géographie remarquable.

Médine S.E. a tenu compte du plan national d?aménagement du territoire et des grands projets de l?Etat, tel le métro léger, avant de finaliser son plan. Le gouvernement devrait donc trouver en elle un précieux partenaire pour développer l?Ouest, région qui connaît un des plus forts taux de migration du pays. René Leclézio, directeur général de Caudan Properties et un des cerveaux derrière le master plan de Médine S.E., se sent encouragé par les mesures contenues dans le dernier budget. Il dit sentir la volonté du gouvernement d?opérer en partenariat avec le secteur privé.

Toutefois, à constater l?absence remarquée de décideurs politiques au lancement du plan hier en début de soirée au siège de la compagnie sucrière de Médine, il est permis de nourrir quelques réserves. Les membres du gouvernement se sont tous décommandés, invoquant les débats parlementaires sur le budget. Le ministre de l?Agro-industrie Arvin Boolell et ses collègues Sylvio Tang (Sports), Rajesh Jeetah (Commerce), Ashraf Dulull (Terres et Logement) et Rama Valayden (Justice) ont été parmi les derniers à se décommander.

Selon certaines sources, les requêtes de rendez-vous, notamment avec le Premier ministre Navin Ramgoolam en vue de présenter officiellement le projet au gouvernement, n?auraient rien donné jusqu?ici. Le plan directeur est près depuis janvier 2005. Autant pour la volonté du pouvoir d?encourager l?investissement local.

Rs 100 millions pour le social

Avant d?envisager d?écarter le plan de Médine S.E. comme un autre méga-projet foncier de l?industrie sucrière, il conviendrait de jeter un regard sur les engagements sociaux pris par cette société. Elle consacre Rs 100 millions pour financer ses obligations sociales au cours des cinq premières années.

D?abord, la mise sur pied d?un fonds d?aide à l?intégration sociale est prévue, avec une mise de départ de Rs 10 millions. Ce fonds s?attellera à combattre l?exclusion sociale dans la région. Puis, quelque Rs 50 millions de plus seront investies dans les cinq années suivantes pour faire de Bambous un centre pour le développement régional comprenant un marché, un parc de loisirs et une bibliothèque multimédia. Un «venture capital fund», lancé avec Rs 25 millions, sera mis à la disposition des entrepreneurs de la région pour démarrer leurs propres affaires. Ces mesures aideront à combattre l?exclusion économique des habitants de l?Ouest.

La troisième initiative sociale de Médine S.E. consiste à créer et à opérer un centre de formation. Au départ, il formera des personnes pour travailler dans les hôtels et villas de l?«Intergrated Resort» de Wolmar. Plus tard, la formation sera dispensée dans des domaines plus spécialisés telle l?informatique. Quelque Rs 15 millions y seront consacrées dans un premier temps.

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