Publicité
A l’origine de la FSSC : M. Eddy Norton
Par
Partager cet article
A l’origine de la FSSC : M. Eddy Norton
En ces jours de trouble et de confusion où l’on voit un gouvernement dit travailliste snobant des dirigeants syndicaux patentés et militants pour recourir à des hommes de bonne volonté mais du sérail gouvernemental pour représenter le glorieux mouvement syndical mauricien au sein du conseil salarial national, il est bon et réconfortant de se souvenir et même de se réjouir que la Fédération des syndicats du service civil (FSSC) compte déjà un demi-siècle d’existence officielle et même davantage si l’on compte la décennie nécessaire à sa lente gestation et à la suppression des obstacles juridiques et administratifs placés astucieusement sur sa route.
A la mi-mai 1982, l’express juge utile d’interroger le Mauricien émérite à l’origine de la FSSC : Monsieur Eddy Norton. A cette date, sa fédération syndicale regroupe déjà 43 syndicats et revendique 26 000 membres. Bilan satisfaisant après un quart de siècle si l’on se souvient que cette fédération syndicale voit officiellement le jour le 21 mai 1957, avec seulement 19 syndicats. Eddy Norton raconte.
Le syndicalisme existe dans la fonction publique mauricienne depuis 1932, soit bien avant l’adoption par le conseil du gouvernement de la législation donnant droit de naissance officielle au mouvement syndical à Maurice (Ordonnance No 7 de 1939). Il s’agit d’une initiative d’employés de l’Imprimerie du Gouvernement. Celle-ci prouve que ce secteur professionnel et industriel a souvent été à l’avant-garde du mouvement syndical et de la représentation des travailleurs de l’île Maurice pour faire entendre leurs doléances à des autorités gouvernementales souvent sourdes et aveugles, à l’instar de ceux qui mènent un train de vie trop luxueux pour pouvoir rester en contact avec la masse et demeurer solidaires à la détresse désespérante de ceux bloqués au bas de l’échelle sociale.
Faut-il rappeler, ici, que Rémy Ollier et Léoville L’Homme, comme tant d’autres Mauriciens émérites, commencent leur brillante carrière et ô combien exemplaire comme simples typographes avant de briller au panthéon de l’île Maurice ? Faut-il rappeler, ici, les humbles débuts journalistiques d’un Raoul Rivet, d’un Aunauth Beejadhur, d’un Marcel Cabon, d’un André Masson ? Faut-il rappeler, ici, les décisives contributions médiatiques d’un Manilall Doctor, d’un Seewoosagur Ramgoolam, d’un Maurice Curé ?
C’est donc, à juste titre, qu’Eddy Norton précise que nos fonctionnaires sont à l’avant-garde du syndicalisme mauricien. Leur mérite est d’autant plus grand qu’ils sont en contact direct et constant avec nos dirigeants gouvernementaux ou, pire encore, politiques, hier encore les envoyés parfois racistes du régime colonialiste anglais et, aujourd’hui, la majorité parlementaire, avec ses différentes cliques de ministres, de back-benckers, de conseillers, de chauffeurs, de gardes du corps, de factotums, d’inner circles, de neveux et de nièces, de cousins et de cousines à la mode de Bretagne, les uns plus arrogants que les autres, les uns plus allergiques que les autres à tout ce qui ressemble de près ou de loin à une remontrance publique ou plus exactement à ce qui n’est pas conforme au politiquement correct ou à la Voix du Maître, pour ne rien dire du communalisme guidant si souvent leurs comportements.
En 1945, l’Association du Service Civil dépose devant la Commission Swinden. Insatisfaits de sa prestation devant cette instance, des fonctionnaires créent la Government Servants and Employees Association. Eddy Norton entre dans la fonction publique l’année suivante comme commis à l’Imprimerie du Gouvernement. Il adhère aussitôt au syndicat déjà connu comme la GSA. A cette date, se souvient-il, il existe deux autres syndicats de fonctionnaires : la Government Teachers Union et la Railway Workers Union. Le nouveau commis de l’Imprimerie du Gouvernement est rapidement désigné comme secrétaire de la branche syndicale des employés de ce département gouvernemental ainsi que comme délégué au conseil exécutif de la GSA. Son enthousiasme et son dévouement pour la noble cause syndicale sont tels que, dès 1947, il est élu secrétaire général de la GSA. Lui vient alors l’idée de fédérer d’une manière ou de l’autre les trois syndicats existants et prépare même des statuts constitutifs à cet effet.
En 1949, le président de la GSA, M. Hedley Sakir, et son secrétaire font des propositions fédératives officielles aux autres syndicats de fonctionnaires. En 1953, Eddy Norton obtient une bourse d’études à l’étranger. Il profite de son séjour en Grande-Bretagne pour étudier le fonctionnement des fédérations syndicales anglaises. A son retour à Maurice, il se réjouit de constater qu’une fédération des syndicats de fonctionnaires existe en principe. Les négociations durent quand même trois ans. Le Parquet ne manque pas d’introduire son grain de sable pour gripper cette avancée syndicale. L’enregistrement de la FSSC peut finalement se faire, le 21 mai 1957, date mémorable à laquelle il convient d’adjoindre les noms des principaux artisans de la performance remarquable de cette instance citoyenne dont, entre autres, Eddy Norton, France Domingo, Hervé Duval, Clément Mootoo, Kumara Venkatasawmy, Rashid Imrith et Toolsyraj Benydhin. La nation doit leur en savoir gré.
Publicité
Publicité
Les plus récents