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L’Egypte accusée de soutenir des activités nucléaires illicites
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L’Egypte accusée de soutenir des activités nucléaires illicites
“Nous ne commentons pas des rumeurs et il n’y a aucune indication sérieuse que l’Egypte poursuive un programme nucléaire clandestin.” Telle est la réponse, dans les cercles dirigeants de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), aux accusations dont Libération, citant des sources diplomatiques occidentales, a fait état mardi 2 novembre, selon lesquelles le directeur général de l’Agence, l’Egyptien Mohamed ElBaradei, s’emploierait à freiner une enquête sur des activités illicites dans son pays d’origine.
Il y a deux semaines encore, un expert onusien chargé de contrôler les installations nucléaires égyptiennes y a constaté le piteux état des laboratoires de recherche, “d’un niveau encore inférieur à ce que nous avions vu en Libye au début de cette année ou en Irak en 2003” - deux pays jadis engagés, à des degrés divers, dans des programmes d’armes de destruction massive.
L’hypothèse que la Libye et l’Egypte aient pu collaborer secrètement dans un domaine aussi sensible, exigeant un travail à long terme, se heurte à l’état médiocre des relations qu’entretiennent les deux pays voisins.
<B>Proche-Orient</B>
A l’AIEA, on craint surtout que de telles accusations ne participent d’une campagne, inspirée par une frange du gouvernement américain, visant à discréditer Mohamed ElBaradei au moment où celui-ci brigue un troisième mandat.
Ce n’est pas la première fois que des diplomates proches des Etats-Unis font grief à Mohamed ElBaradei de traiter le Proche-Orient comme une zone à part, où la négociation devrait toujours prévaloir sur la force.
Elu en 1997 et réélu en 2001 avec l’appui des Etats-Unis, principaux contributeurs au budget de l’Agence, l’Egyptien est désormais persona non grata auprès des “faucons” de l’administration Bush. Il a reçu, la semaine dernière, des menaces de mort et de nombreux messages de haine accusant l’AIEA d’avoir cherché à influencer l’élection présidentielle.
En mars 2003, devant le Conseil de sécurité des Nations unies, Mohamed ElBaradei n’avait pas hésité à invalider l’une des “preuves” majeures avancées par Washington pour justifier une intervention militaire en Irak, et à dénoncer comme un faux le prétendu document sur des achats d’uranium nigérien par le régime de Saddam Hussein. “Ceux qui voulaient la guerre nous haïssent parce que nous leur avons fait perdre la face”, résume un expert, familier du dossier irakien.
La situation s’est tendue à propos du programme nucléaire de l’Iran, soupçonné de nourrir des ambitions militaires. Les Etats-Unis veulent à tout prix saisir le Conseil de sécurité lors de la prochaine réunion des gouverneurs de l’AIEA, le 25 novembre, tandis que Mohamed ElBaradei appuie les efforts des Européens pour arriver, avant cette échéance, à un compromis viable avec Téhéran.
<B>Images satellitaires</B>
Et le climat s’est nettement détérioré la semaine dernière, lorsqu’on a su que l’Agence avait signalé au Conseil de sécurité la disparition en Irak, au site d’Al-Qaqasa, à une cinquantaine de kilomètres au sud de Bagdad, d’explosifs très dangereux, autrefois placés sous son contrôle.
Cette révélation a été aussitôt interprétée, par la presse conservatrice américaine, comme un mauvais coup porté délibérément au président sortant : “Les Nations unies (...) ont utilisé 377 tonnes d’explosifs pour annoncer leur opposition à une réélection de George W. Bush”, a ainsi écrit le Wall Street Journal, tandis que même des éditorialistes de journaux favorables au candidat démocrate, tel le New York Times, ont repris cet argument, qualifié de “totalement faux” par Mohamed ElBaradei.
“La question qu’aucun média américain n’a posée, mais qui nous est tout de suite venue à l’esprit, remarque un dirigeant de l’Agence, c’est : pourquoi ce sont les Irakiens, c’est-à-dire l’équipe mise en place par Bush -à Bagdad-, qui ont choisi ce moment de la campagne pour sortir l’affaire, et exprimer ainsi leur frustration ?”
L’AIEA est dans l’incapacité de mener des inspections en Irak depuis janvier 2003. Elle affirme qu’elle ignorait – avant la lettre que lui a envoyée, le 10 octobre, le gouvernement de Bagdad – la disparition des explosifs stockés à Al-Qaqaa (qui remonterait à environ dix-huit mois), bien qu’elle ait déjà alerté par deux fois les Nations unies, début avril et début octobre, au sujet d’anomalies observées sur des images satellitaires de sites sensibles.
Tenue juridiquement de transmettre cette information à New York, mais consciente de ses retombées politiques, y compris pour elle-même, elle a essayé de limiter les dégâts en prévenant la mission américaine à Vienne, le 15 octobre, après s’être donné le temps de vérifier l’authenticité de la lettre.
“Mais CBS et CNN avaient déjà été averties par le ministre irakien de la science et de la technologie. Nous savions que, quoi que nous fassions, nous serions en position d’accusés : si nous avions attendu, on nous aurait reproché de dissimuler une information importante pour la sécurité internationale”, explique-t-on dans le proche entourage de Mohamed ElBaradei. “Franchement, croyez-vous que quelqu’un qui a besoin de Washington pour être réélu va choisir de le provoquer ?”
<B>Joëlle Stolz</B>
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