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Léoville L?Homme, pour que rime l?humain

14 novembre 2005, 00:00

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Léoville. Cela fait longtemps que le poète ne rugit plus chez nous. Pourtant, le nom de L?Homme a été donné à plusieurs rues, à Quatre Bornes, Rose-Hill et Port-Louis. Mieux, un buste fier regarde inlassablement les passants, au bout de l?allée centrale, au jardin de la Compagnie. L?Homme est planté là depuis décembre 1931. Qui prend encore le temps de le regarder ?

Empruntons un instant les mots de Marcel Cabon pour montrer que nous ne sommes pas seuls à nous lamenter. ?Combien de nos adolescents lisent les ouvrages de Léoville L?Homme ?? Interrogation reprise par James Burty David, ministre des Administrations régionales. C?était cette semaine, lors du lancement de la revue trimestrielle Indradhanush, consacrée à Léoville L?Homme.

La publication dirigée par Pahlad Ramsurrun ne fait pas dans la demi-mesure. Elle n?hésite pas à qualifier L?Homme de ?premier poète national?. Pour nous en convaincre, Indradhanush a fait appel à une pléaide de critiques qui chantent sans nuances (pour la plupart) les louanges du journaliste ? poète né en 1857 et décédé en 1928.

Cabon, encore lui, saisit le mieux l?époque à laquelle vivait celui qui, comme le dit Jean-Georges Prosper a ?dépassé (?) le romantisme franco-mauricien pour (?) la technique de l?art pour l?art.? Marcel Cabon, écrivant 20 ans après le décès de Léoville L?Homme croque ainsi son temps : ?à cheval sur deux siècles, Léoville L?Homme vivait dans la nostalgie de l?un et l?effroi de l?autre.?N?est-ce pas là un sentiment tout à fait contemporain ? Souvenez-vous. Il n?y a pas si longtemps, à l?occasion du millénaire, les mêmes questionnements à peu de choses près nous habitaient.

<B>Une profonde francophilie</B>

Avec rigueur, Prosper schématise l??uvre de L?Homme pour tous ceux ( la majorité ) qui n?y entendent rien. ?La plupart de ses poèmes ont pour thème un sujet dont le traitement est absolument étranger à la vie intime du poète (?) Sa poétique est placée sous le signe de la fleur de lys.?

Pénétrer l?univers de L?Homme, c?est avant tout comprendre sa ?francophilie profonde?, lui qui n?a jamais eu l?occasion de voir la France. Une allégeance, que la France a récompensée, en l?élevant à la dignité d?Officier de l?Instruction publique. Fleur de lys, fleur tout court, étoile, soleil, lune ?confèrent à sa poésie la clarté du ciel tropical et un je-ne-sais-quoi de spiritualité?, nous dit encore Prosper. Mysticisme qui pousse L?Homme à aborder les rivages de l?orientalisme, ?qui fait son entrée solennelle dans la littérature mauricienne grâce à ses poèmes dont Sita, Khadidja et Le Bouddha.? Ce qui n?empêche pas sa plume d?aller du côté de la Bible et de la mythologie gréco-latine.

Robert Furlong, autre contributeur d?Indradhanush nous dit que L?Homme a été le ?premier écrivain mauricien à saupoudrer ses poèmes de nymphes, déesses, naïades, sirènes quasiment nues (?). Cela lui sera publiquement reproché (?) par la très sérieuse Revue Historique et Littéraire de l?île Maurice.? Commentaire choisi : ?C?est un étalage de nudité hors de propos. (?). L?auteur nous transporte dans un monde où l?on ne donne pas de travail aux couturières.?

Dans cette veine critique, deux des contributeurs d?Indradhanush rétablissent l?équilibre entre L?Homme mythique et l?homme enfermé dans les préjugés de l?époque. Ainsi, Furlong écrit sans détours que son écriture peut aujourd?hui nous paraître ?désuète?. Certains vers étant ?proprement indigeste malgré les beaux développements et les rimes de qualité?.

Vickram Raharai va plus loin en nous rappelant que L?Homme est ?le premier écrivain, sinon le seul, à faire d?un de ses héros un esclave (?). Pourtant (il) ne prend pas position contre l?esclavage. Au contraire, il le considère comme un fait naturel (? ), attitude qui reflète la mentalité de l?époque.?

<B>PARCOURS</B>

L?Homme en quelques dates

■ Pierre Arthur Léoville L?Homme a vu le jour en 1925 à Cassis. Son père Jean François, après un passage dans la marine marchande française, devient administrateur de La Sentinelle de Maurice. Un paternel qui eu une amitié féconde pour Rémy Ollier et qui signa aussi un traité de féminisme. Léoville, grandit aux côtés de ce modèle, est envoyé au Collège Royal de Port-Louis. à 15 ans, les difficultés de la famille le contraignent à quitter l?école pour devenir apprenti typographe dans le journal géré par son père. C?est là que selon la légende ( ou la vérité ? comme le souligne Robert Furlong) que le miracle s?est produit. Alors qu?il met bout à bout les lettres en plomb, Léoville se retrouve face à une romance tronquée. Des mots manquent au poème qui doit attend d?être publié. Léoville pallie aux mots manquants mieux que l?auteur lui-même. C?est le début d?une carrière prolifique. De la typographie, Léoville L?Homme passe à la salle de rédaction. Ses convictions le conduisent à la confrontation avec les membres du Parti Libéral, dont Sir Virgil Naz et Sir William Newton, qui font campagne pour une nouvelle Constitution pour Maurice. Quand La Sentinelle de Maurice est rachetée par Sir Virgil Naz, Léoville L?Homme n?y reste pas longtemps. Après plusieurs essais pour faire tourner son propre journal, Léoville sera nommé libraireen chef de la municipalité de Port-Louis, poste qu?il occupera jusqu?à sa mort en 1928.

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