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L?énergie du désespoir
<B>Par Nazim ESOOF</B>
La dégradation du climat social est nettement perceptible. La délinquance, haute et petite, s?accroît. L?insécurité surplombe la vie des Mauriciens. Comment en est-on arrivé là ? Les plus crédules regrettent déjà le décès d?un certain Prem Raddhoa. Les plus sensés savent que le problème ne date pas d?hier. Il est cependant essentiel d?éviter les simplismes.
Toute société qui entame un processus de modernisation, enclenché depuis un peu moins d?une dizaine d?années à Maurice, subit de plein fouet le ressac des frustrations de tous ceux qu?elle ne parvient pas à intégrer dans la pensée dominante. Cette pensée se construit autour d?un idéal souvent égotiste pour les sociétés libérales. Le contrecoup de cet idéal, c?est l?émergence d?une violence aveugle, gratuite et primaire, tout autant portée par l?égocentrisme. Ce sont ces deux extrêmes dont nous témoignons aujourd?hui.
L?expression qui veut que la société évolue à multiples vitesses, toujours inégales, n?a jamais été aussi appropriée. Et les baudruches qui veulent nous convaincre que tout n?est qu?une question de perception sont en fait les véritables pyromanes. Il s?agit désormais de tirer la sonnette d?alarme sans faire preuve de catastrophisme. Et le plus urgent est de tenter une saisie rationnelle du fléau de la violence.
Pour dire les choses simplement, les gens s?affrontent pour des pécadilles. On tue pour quelques roupies. On devient agressif pour un regard jugé persistant. La société est malade. Une partie des victimes sont devenues des hypocondriaques. La nouvelle race des hors-la-loi, pour sa part, ne craint plus les mesures dissuasives voire répressives.
Une brise d?espoir est-elle possible dans ce sentiment de chaos? Elle est du moins souhaitable car il ne faut pas céder à l?alarmisme. Nous n?en sommes pas au point de non-retour. Nous le serions si le Premier ministre et son chef de police continuent à se dauber l?un l?autre. Si certains médias et d?autres observateurs sociaux, au lieu d?éclairer la situation, ne se font que des caisses à résonance d?un mal-vivre ambiant. Si les femmes et les hommes de bonne volonté et les chercheurs compétents ne travaillent à identifier les racines du mal. Si les conditions d?une réinsertion sociale saine ne sont pas réunies?
Jusqu?ici, face à la violence, on a réagi en amateur. Selon les humeurs de nos décideurs, on a été ou trop répressif ou trop laxiste. Une bonne partie de la population est, elle-même prête à sacrifier les droits humains pour pouvoir réduire la criminalité. C?est dire l?impasse dans laquelle on se retrouve. C?est dire également une certaine étroitesse d?esprit devant des dysfonctionnements sociaux complexes. C?est ainsi que face à la violence primaire, on a développé une pensée analytique primaire.
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