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L?énergie de la dernière chance
Le conflit n?a que trop duré, il importe désormais pour le Premier ministre de savoir jusqu?où il peut aller trop loin?
Navin Ramgoolam vient de remporter une victoire, si l?on veut, sur les propriétaires sucriers de qui il obtient ce qu?ils ont eu la maladresse de faire semblant de refuser. Depuis le début, la revendication du Premier ministre, que je tiens pour légitime, aurait dû être réglée dans un climat de consensus et de plus grande sérénité. Finalement, le gouvernement a obtenu ce qu?il a exigé.
C?est en effet le gouvernement lui-même qui a officiellement et publiquement réclamé, alors que les négociations avaient été conclues, que toute l?industrie sucrière transfère à l?État « 1 500 à 2 000 arpents de terres » en contrepartie de son autorisation de fermeture de trois usines. Cette exigence est apparue à la « Mauritius Sugar Producers Association » injuste, tardive, presque comme une extorsion. C?est un sentiment compréhensible. Mais malgré ce malaise, en définitive, après de vigoureux débats entre eux, les sucriers ont eu la sagesse d?accéder à la requête du chef du gouvernement. Je n?ai pas entendu Navin Ramgoolam, qui s?exprime beaucoup ces jours-ci, dire sa reconnaissance à l?industrie.
Il n?en serait pas déshonoré.
Il perdrait beaucoup de sa crédibilité, en revanche, s?il s?amusait à faire monter maintenant les enchères pour tenter de réclamer encore plus de terres. La MSPA n?a sans doute pas été bien inspirée de sembler chipoter sur les quelque 260 arpents des autres producteurs sucriers, mais une fois de plus, elle s?est montrée sensible aux besoins exprimés par le gouvernement de l?heure, et cela mérite reconnaissance. C?est d?autant plus de mise, qu?au fond, nous sommes un peu ? beaucoup ? ? dans la dramaturgie idéologique et les psychologies compensatoires de l?histoire.
Je prends le pari que d?ici la fin de son mandat, le gouvernement de l?Alliance sociale aura à peine utilisé les terres dont il a voulu faire croire au pays qu?elles étaient cruciales pour le développement. Ce n?est pas vrai, mais là n?est pas le problème.
La question des terres est peut-être dernière nous, nous commençons à comprendre maintenant qu?il en est une autre aussi sensible aux yeux du gouvernement, c?est celle de l?énergie. Sa position, cette fois encore, n?est pas dépourvue de bon sens, mais je ne comprends pas pourquoi elle n?a pas été mieux communiquée aux sucriers et à la population, dont on dit quelle est partie prenante de l?enjeu. Soyons clairs.
Avant d?être une question financière et technique, il s?agit avant tout d?une problématique politique. Tous les interlocuteurs de ce gouvernement qui croient pouvoir ignorer la dimension politique de sa stratégie commettent une erreur. La question politique est fondamentale. Elle existait déjà sous le premier mandat de Navin Ramgoolam, elle est désormais omniprésente. Le Premier ministre est malade à l?idée que son gouvernement, élu sur une plate-forme de démocratisation de l?économie, pourrait en fin de compte avoir contribué à accroître la concentration du pouvoir économique entre les mains des mêmes capitalistes historiques. C?est exactement ce qui pourrait se passer dans le secteur de l?énergie, et c?est ce qui le braque.
Le problème posé est moins compliqué qu?il n?apparaît au premier abord. Si les projets de l?industrie sucrière sont exécutés, dans le cadre d?une réforme dont personne ne conteste la validité, les investisseurs, les mêmes ? dont quelques-uns à titre individuel ?, s?enrichiront certainement si tout se passe bien. Il n?y a aucun mal à cela, sauf que le gouvernement vient arguer que cet enrichissement est en fait largement facilité par ses propres décisions.
Du coup, il exige une sorte de retour sur son capital décisionnel.
Que le gouvernement, en l?occurrence le service public de l?électricité, le CEB, participe à la rentabilité des producteurs privés d?énergie électrique ne fait aucun doute. L?électricité produite, d?abord pour leurs propres besoins, mais en surcapacité pour des raisons de rentabilité, est vendue au CEB par les centrales à des conditions avantageuses. Elles ne prennent pas de grands risques puisque l?achat et les prix sont garantis. Une formule d?indexation sur les prix des matières premières les met à l?abri des risques financiers. Personne ne doit les blâmer, ils se sont comportés en investisseurs avisés.
Il se trouve maintenant que les profits dépassent les espérances, et c?est là que le gouvernement, fort de l?expérience, réclame un meilleur « équilibre ». Il est dans son rôle, car garant de l?intérêt général, il ne peut pas ne pas réagir au fait que ces fabuleux profits sont de fait subventionnés par les consommateurs. Rs 1,2 milliard de profits nets après impôts, il n?y a que les monopoles d?État, de type Mauritius Telecom, qui peuvent généralement obtenir de tels résultats?
La question délicate est de trouver le point d?équilibre. Les sucriers estiment que leurs bénéfices sont la conséquence de contrats qui ne peuvent être renégociés. Même si c?était possible, je ne crois pas qu?il serait sage de renégocier des contrats qui ont donné d?aussi bons résultats. Ce qu?il faudrait faire, en revanche, et qui serait dans l?intérêt de tous, c?est préserver, l?excellente rentabilité des centrales en partageant mieux les profits. L?idée que ce soit le CEB, le payeur, qui bénéficie d?une forme de retour, ne me semble pas déraisonnable. À quelle hauteur, c?est une équation que les économistes savent parfaitement résoudre. Et je ne comprends pas que cela puisse prendre plus d?un an.
Et pourtant, le temps est justement ce qui nous manque.
L?Union européenne (UE), par la voix autorisée de sa représentante à Maurice, Mme Claudia Wiedey, vient de nous rappeler poliment, mais fermement, combien nous sommes irresponsables de prendre d?aussi grands risques auprès de l?un de nos principaux bailleurs de fonds. Dans une mise au point qu?elle a choisi de faire dans le magazine économique « Business Magazine » ? je pense que ce n?est pas fortuit ?, elle signale que Maurice est peut-être en train de se mettre hors-la-loi, en ne respectant pas ses engagements pris de sa propre initiative auprès de la Commission. L?UE n?a pas à se préoccuper de savoir que parfois, les ministres mauriciens ratifient des accords internationaux dont ils n?ont pas lu les conditions. La parole d?un État devrait valoir plus que des arpents de terres ou des kilowatts d?électricité !
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