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Légumes : un plan stratégique pour assurer la qualité

21 janvier 2004, 20:00

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Le Plan stratégique pour le secteur non-sucre (PSSNS) 2003-2007 est plein de bonnes intentions. Sa présentation, l?année dernière, par Pravin Jugnauth, alors ministre de l?Agriculture, avait suscité de grands espoirs, tant chez la communauté agricole que chez les consommateurs. Mais son application tarde à se faire.

?Le plan tient toujours?, nous rassure-t-on au ministère de l?Agriculture. Là, on nous explique qu?une dizaine de task forces ont été mises sur pied pour traduire dans la réalité les différents objectifs du document. Ces task forces se réunissent régulièrement et rendent compte de l?avancée de leur travail à un Monitoring Committee que préside personnellement le ministre de tutelle.

?Les premières actions concrètes devraient être visibles vers le milieu de l?année 2004, selon le calendrier établi?, nous a déclaré un cadre du ministère, sans toutefois pouvoir donner plus de précisions sur les différentes échéances de ce calendrier.

Est également prévue, dans le cadre du plan, la conduite d?un recensement du secteur agricole par le Bureau central des statistiques (BCS). Les données d?un tel exercice permettront une approche méthodique dans la prise de décision et l?application des programmes. Lequel exercice, soulignons-le, n?a pas encore démarré, le BCS attendant, dans les prochaines semaines, une mission de la Food and Agriculture Organisation (FAO) qui prêtera son expertise.

Mais c?est au quotidien que le consommateur se voit confronté à l?éternel ?problème cari?. Son grand motif de mécontentement : la flambée des prix des légumes, comme un rituel immuable en période sèche ou à la suite d?un cyclone. Cette hausse de prix peut également être le résultat d?une pénurie, réelle ou artificielle.

Que répond le Plan stratégique pour le secteur non-sucre à ces préoccupations du consommateur ? Les rédacteurs du document estiment que la production de légumes est auto-régulée et que les producteurs opèrent sans base de données scientifique. Une Market Intelligence Unit agira comme un organisme régulateur de la production locale et de l?exportation. Elle aura pour fonction de fournir les indications aux opérateurs pour les aider à réguler la production selon la demande et les exigences du marché. Ce qui, selon le PSSNS, permettra d?éviter les pénuries, préméditées ou pas?

<B>?Oui à la technologie?</B>

Le document du ministère de l?Agriculture qualifie le mécanisme de vente des producteurs de ?pauvre?. Les producteurs, on le sait, ont recours aux ?encanteurs? pour la vente de leurs produits. Ce système pêche par un manque de transparence, estime le PSSNS, tandis qu?un contrôle de prix devant assurer un prix décent aux producteurs semble difficile à envisager et à mettre en place.

Les conditions sanitaires lors des ventes à l?encan sont également dénoncées comme ?mettant en péril? la sécurité des consommateurs. Le plan prévoit, à cet effet, de revoir et de restructurer les mécanismes et les infrastructures du système de vente à l?encan, cela en faisant respecter les normes internationales.

L?avenir de l?industrie alimentaire passe par la qualité, peut-on encore lire dans le PSSNS. Un Food Technology Laboratory veillera à la sécurité des consommateurs par une régulation rigoureuse des méthodes de production et de vente. Ce mécanisme de régulation sera soutenu par un service d?inspectorat en relation étroite avec toutes les autorités concernées aux points de vente (inspecteurs des autorités locales, officiers des ministères de la Santé et du Commerce etc).

Le PSSNS fait plusieurs fois référence à ?la culture traditionaliste et conventionnelle? des opérateurs du secteur agricole. Ils seront appelés à démontrer plus de professionnalisme en mettant à profit les moyens de la technologie moderne, selon les ambitions du ministère de l?Agriculture. ?Oui à la technologie, mais la technologie a un coût et comporte des risques que les petits planteurs ne peuvent encourir?, ripostent Deenarain Lokee, secrétaire de la Mauritius Vegetables Planters? Association (MVPA) et Bissoondeo Beelur, secrétaire de la Mauritius Agricultural Marketing Co-Operative Federation Ltd (MAMCF).

Pour être concret, prenons l?exemple de la culture sous serre (greenhouse) que le gouvernement veut promouvoir. Un système que tous (PSSNS, Agriculture Research and Extension Unit -AREU- du ministère de l?Agriculture et opérateurs) reconnaissent comme ?très avantageux? en termes de qualité, de rendement, et de sécurité contre les intempéries. ?L?investissement dans la culture sous serre est trop lourd, estime Deenarain Lokee. Seuls les gros opérateurs, qui, pour la plupart ne dépendent pas que de leurs activités vivrières, peuvent se le permettre?. La Banque de développement (DBM) propose un plan de prêt allant jusqu?à Rs 1 million, à un taux d?intérêt de 3 %, avec une période moratoire de deux ans, pour la promotion de la culture sous serre. Jusqu?à l?heure, avons-nous appris auprès de la direction de la DBM, environ 90 planteurs ont pris avantage de ce plan. Chiffre jugé ?insuffisant?, les planteurs se montrant ?réticents, pour ne pas dire allergiques aux méthodes modernes de culture et de production?.

Commentaire que rejette Bissoondeo Beelur. Tout en reconnaissant que ?les planteurs ne sont pas suffisamment équipés et n?ont pas de savoir-faire pour utiliser les moyens technologiques dans leurs activités?, il soutient que les coûts de ces nouvelles méthodes sont trop élevés.

<B>Frais multiples </B>

Il nous renvoie, à ce titre, à la rubrique des annonces légales dans les journaux où, sur dix cas de ?sale by levy?, quatre se réfèrent à des petits planteurs n?ayant pu honorer leurs engagements auprès de la banque de Développement. De 1996 à 2002, renchérit Deenarain Lokee, ?1 575 planteurs ont vu la saisie de leurs biens pour n?avoir pu honorer leurs dettes auprès des banques commerciales?.

Le secrétaire de la MVPA plaide encore que ?ce ne sont pas les planteurs qui sont les plus gros gagnants quand il y a hausse des prix des légumes au marché, mais les maraîchers. Ce sont eux qui font la pluie et le beau temps et qui savent tirer profit de toutes les situations, cela sans aucune crainte des autorités?.

Les maraîchers de leur côté se défendent en invoquant les frais multiples : ?Nous avons des patentes et des permis sanitaires à payer, nous devons subir des pertes quand les légumes ne se vendent pas et pourrissent?, plaident Bijanand et Ravi, vendeurs au marché de Curepipe.

C?est malheureusement le consommateur qui fait les frais de cette mauvaise organisation du secteur agricole. Mais puisqu?il y a un plan stratégique, souhaitons que celui-ci traduise au plus vite les bonnes intentions du ministère de l?Agriculture dans la réalité.

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