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L?économie sous la menace d?une inflation forte

12 juillet 2006, 20:00

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Les prix dérapent. Le retour de l?inflation forte, dans le sillage des dernières hausses de prix, est une menace à ne pas écarter . La dernière analyse de la Mauritius Commercial Bank (MCB) prévoit un taux d?inflation de 8 % pour la fin 2006, contre un taux de 5,1 % à fin juin. La Banque de Maurice tente de calmer le jeu.

Les consommateurs font face à une cascade d?augmentations dont le prix du pain, de la farine, du ciment, du gaz ménager, des cigarettes, des boissons alcoolisées et du carburant. Ces hausses, touchant aux produits de grande consommation, alimentent les pressions inflationnistes dans l?économie.

Il faut remonter à 1993 pour trouver un taux plus élevé que celui prévu par la MCB dans son analyse (MCB Focus). L?inflation mesure la hausse générale des prix durant une période donnée. Les hausses, qui ont lieu pratiquement en même temps, favorisent une forte poussée inflationniste sur le marché. ?Ce qui inquiète le plus, c?est l?extrême variabilité du taux d?inflation. Si l?inflation passait de 5,1 % en juin à 8 % en décembre, ce serait extrêmement grave. Le taux varie trop en une si courte durée. Cela déstabilise les opérateurs. Les investisseurs ne peuvent plus planifier leurs investissements dans un environnement imprévisible?, commente Eric Ng, directeur du cabinet Pluriconseil.

Pour lui, il est essentiel de pratiquer la vérité des prix pour réduire la variabilité de l?inflation. Il faut donc étendre les augmentations dans la durée au moyen d?un mécanisme de prix administrés plus flexible, pour éviter des poussées inflationnistes trop brutales pour l?économie.

Cette situation ne laisse pas indifférentes les autorités monétaires. La Banque de Maurice a rehaussé le Lombard Rate (le taux directeur du taux d?intérêt) de 50 points de base lundi (de 11,5 % à 12 %), dans un souci de maîtriser l?inflation. L?objectif est de freiner la croissance de la monnaie, qui est susceptible d?alimenter davantage la spirale des prix, tout en apportant un peu plus de tonus à la roupie face aux monnaies étrangères.

Est-ce suffisant dans la conjoncture ? L?efficacité de cette mesure de la Banque centrale dépend de son impact sur les différents types d?inflation, souligne Pierre Dinan, économiste. D?après lui, il existe trois sources d?inflation qui sont pertinentes par rapport au contexte actuel.

Pression sur les prix

Il y a d?abord l?inflation importée, contre laquelle nous ne pouvons rien. Deuxièmement, une inflation d?origine fiscale, dans la mesure où les hausses du prix de la farine et du pain sont la conséquence de l?enlèvement des subsides. Le troisième facteur de hausse des prix est l?inflation tirée par la demande. ?La réduction dans la fiscalité des ménages va apporter plus de revenus disponibles aux consommateurs. En rehaussant le taux d?intérêt, la Banque centrale entend envoyer un signal en faveur de l?épargne pour que les revenus supplémentaires ne partent pas tous vers la consommation?, explique Pierre Dinan.

Pour Eric Ng, la Banque centrale n?envoie pas les signaux monétaires concordants et n?est pas suffisamment pro-active face à la hausse des prix et à la dépréciation de la roupie. ?Il faut qu?elle relève le taux d?intérêt plus souvent au lieu d?attendre chaque six mois pour le faire. Car l?inflation se sera déjà propagée au sein de l?économie entretemps.?

Une masse monétaire qui s?accroît plus vite que le produit national entraîne une forte pression sur les prix, dans la mesure où davantage d?argent est disponible pour acheter un nombre relativement limité de produits. Il y a une flambée artificielle des prix.

La Banque de Maurice estime que l?inflation devrait se stabiliser à un niveau plus bas. Plusieurs observateurs partagent cet avis. Le MCB Focus prévoit une certaine stabilisation à partir du début 2007.

?La hausse des prix du riz et de la farine étant un événement unique, nous pouvons nous attendre à des pressions inflationnistes plus modérées dans le moyen terme. D?autre part, la hausse du prix des produits pétroliers ne devrait pas durer encore longtemps?, indique Philippe Lam, économiste chez Economics and Marketing Consultants.

Après les dernières majorations de prix, les consommateurs jouent à l?attentisme. ?Les consommateurs sont extrêmement prudents dans leurs achats en ce moment. Ils ne savent pas trop dans quelle mesure ces hausses vont affecter leurs budgets?, affirme Nicolas Merven, directeur de la chaîne de supermarchés Winners.

Nicolas Kan Wah, directeur de London Way abonde dans le même sens. ?Les consommateurs avaient anticipé certaines hausses de prix pour le début de juillet. Ils ont fait le gros de leurs achats vers la fin de juin. Pour le moment, les choses sont plutôt calmes. Il faut attendre fin juillet pour voir comment ils réagissent.?

MARCHÉ

Devises : de l?huile sur le feu ?

Un des facteurs qui contribuent grandement à la hausse des prix est la valeur de la roupie par rapport aux principales devises étrangères, puisque Maurice importe pratiquement tout ce qu?elle consomme. Si avant la présentation du budget le marché était satisfait d?une stabilisation relative de la monnaie, depuis, les choses semblent évoluer négativement. En fait, la roupie s?est dépréciée plus rapidement depuis. Un euro qui valait Rs 39,20 le 9 juin, vaut aujourd?hui autour de Rs 40,20. Le dollar est passé de Rs 30,96 à Rs 31,18, tandis que la livre sterling est passée de Rs 57,15 à Rs 57,75.

Face à ce glissement, les importateurs ont le beau jeu de mettre la hausse des prix sur le compte de la dépréciation. Les spécialistes expliquent que l?introduction d?une taxe à la source sur les intérêts, de même que l?abolition des abattements pour les plans d?assurance et de pension, font que les actifs en roupies ont perdu de leurs attraits auprès des investisseurs. De plus, avec le relèvement des taux aux Etats-Unis, le différentiel joue au détriment de la roupie. De fait, ceux qui détiennent des capitaux se rabattent sur des placements libellés en devises étrangères et principalement en dollars. ?Depuis le budget, il y a eu une forte hausse de la demande de devises?, déclare un cambiste. La demande latente pour les devises s?élève à plusieurs dizaines de millions de dollars. Les banques sont contraintes de servir le marché en ordre de priorité.

Mais un nouveau développement a troublé davantage le marché. La Banque de Maurice est intervenue la semaine dernière pour acheter des dollars à un taux supérieur à celui pratiqué par le marché, au grand désarroi des banques.

?Pour le marché, c?est un signal que la Banque centrale veut voir la monnaie glisser davantage. Dans son interview à Reuters, le gouverneur de la Banque de Maurice a d?ailleurs clairement indiqué que c?est le marché qui déterminera le taux de change de la roupie?, commente un observateur. ?Le Fonds monétaire international estime que notre roupie n?est pas correctement évaluée par rapport aux fondamentaux de l?économie. On assiste peut-être à un début de réajustement?, déclare un économiste. La dépréciation de la roupie peut freiner la consommation en rendant les importations trop onéreuses. Il semble que c?est la volonté de la Banque de Maurice de maîtriser la consommation. Mais le risque est aussi réel que la dépréciation contribue à l?inflation, car il existe des produits dont le pays ne peut se passer, comme le pétrole.

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