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L?échelle de la mort
Swastika Mathieu, la quarantaine, vaque à ses occupations dans la cuisine attenante aux chambres à coucher. Mais le c?ur n?y est pas. Son regard évite le sol inégal de la varangue où son fils Dev, 4 ans, a connu une fin tragique, mercredi. Resté sans surveillance, ce dernier a glissé d?un escabeau.
L?accident s?est produit presque sous les yeux de Swastika. Quelques minutes d?inattention? et l?irréparable est survenu. C?est sans doute pour cette raison que Swastika a du mal à parler de ce drame, d?autant plus que la varangue était devenue le terrain de jeu favori de son benjamin.
Dans la cour, une petite bicyclette est adossée au mur de la maison d?Ootra Sooknah, la grand-mère de Dev. En la voyant, cette dernière fond en larmes. « Mo latet fatige. Piti-la, tan zan tan, li vinn rod moi. Sa bisiklet-la, sa mem ti so distraksionn, li abitie ale-vini dan lakour », soupire-t-elle.
Le 17 février était une journée comme les autres. Vers 13 heures, la grande s?ur de Dev, Shalini, passe le prendre à l?école maternelle du village. D?habitude, elle s?occupe de lui jusqu?à l?arrivée de leur mère vers 15 heures. Cette dernière travaille comme attendant dans un couvent à Calebasses. « Linn manze, linn boir so dite, linn byen zoue dan lakour. Mais maler ti pe atann li. »
<B>Six jours dans le coma</B>
À un certain moment, le garçonnet rentre parce qu?il veut dessiner. « Monn kit li andan, monn al touf bred. Pa kone ki ler li finn sorti. Mo ti dan lakuizin kan mo finn tann enn gran tapaz », sanglote Swastika. Abandonnant le dîner sur le feu, elle accourt sous la varangue pour voir, pétrifiée, son fils affalé sur le sol, son petit corps écrasé sous le vieil escabeau rouillé.
L?outil avait récemment été utilisé pour des travaux de peinture et de soudure et quelqu?un l?avait appuyé contre la cuisine en tôle. « Lessel-la kan zot finn fini servi, pann poz li anba. Samem erer-la », déplore la vieille Ootra. L?enfant y grimpe, sans se rendre compte du danger qui le guette.
Le sol astiqué enduit de cire rouge est mouillé. C?est ce qui a sans doute provoqué le glissement de l?échelle. En tombant, le petit Dev se heurte la tête contre une pierre et perd connaissance. À l?hôpital du Nord, les docteurs diagnostiquent une commotion cérébrale. Les dernières paroles du médecin, à l?Intensive Care Unit, résonnent comme un glas aux oreilles de Swastika : « Il a dit qu?il n?y avait que la prière qui pouvait maintenant le sauver. Ils ont fait tout ce qu?ils pouvaient?»
Dev Mathieu passera six jours dans le coma. « Li pann leve ditou. Li pann ouver so lizie pou get so nani encore ene fois », soupire sa grand-mère. Dehors, les rayons indécis du soleil percent à peine le sol ombragé. Personne n?a encore osé ranger la bicyclette du petit disparu.
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