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?L?Utile?, l es esclaves ?oubliés? de Tromelin

11 décembre 2006, 00:00

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L?Utile est une flûte de la marine royale vendue à la Compagnie française des Indes Orientales pour les besoins du commerce dans les Mascareignes. Parti de Bayonne le 17 novembre 1760, ce navire a fait naufrage le 31 juillet 1761 sur l?île de Sable, autre nom de Tromelin.

Il a à son bord une cargaison d?esclaves non déclarés provenant de Madagascar et destinés à l?île Maurice.

L?équipage laissera les 60 esclaves sur l?île, et regagnera Madagascar dans une embarcation de fortune, promettant de venir les rechercher. Cette promesse ne fut jamais tenue. C?est 15 ans plus tard, le 29 novembre 1776, que le chevalier de Tromelin, commandant la corvette La Dauphine, récupérera huit esclaves survivants : sept femmes et un enfant de huit mois. Ils débarquèrent à Maurice et on en perdit la trace. L?épave de L?Utile a été localisée par une équipe de Météo France qui effectue des séjours à la station météorologique se trouvant sur l?île.

Il aura fallu attendre les programmes de l?Unesco : la route de l?esclave et le projet Esclaves oubliés. Le tout dans le cadre de l?Année internationale de commémoration de la lutte contre l?esclavage et de son abolition. La campagne de L?Utile s?est concrétisée entre octobre et novembre 2006. Jean François Reyberote, membre de l?expédition a expliqué que la mission a nécessité une logistique conséquente, mobilisant même l?armée française qui assure la seule liaison existante avec l?île ? et qui ravitaille la station météo qui y est installée.

La ségrégation raciale était pratiquée

L?Utile, c?est une campagne avec 15 personnes, dont le Réunionnais Sudel Fuma, historien, spécialiste de l?histoire de l?île s?ur, notamment de l?esclavage. Les recherches avaient pour mission de démontrer la mécanique du naufrage (la partie sous-marine) et de ?comprendre comment des gens ont pu vivre 15 ans sur Tromelin alors qu?a priori c?est désert?, poursuit Jean François Reyberote.

Pour lui, la question de nourriture ne se pose pas. Première supposition : il y a du poisson. ?Dans les campements et les sépultures, nous avons cherché les restes de nourriture.? Les campements ? Loin de tout, la ségrégation raciale a quand même cours. Il y a un campement pour les Blancs où sont réunis les membres d?équipage et celui des esclaves. Bien distincts.

Sur l?île, sont disposés un four, les campements, des sépultures sur un axe est-ouest. Note intéressante : les Malgaches des Hauts Plateaux orientent leurs sépultures de cette façon-là. Ce qui présuppose que les esclaves venaient de cette région. ?Mais quand on creuse, il n?y a rien? explique Jean François Reyberote. ?Si ce ne sont pas des sépultures, qu?est-ce que c?est ? Surtout que cela se trouve dans le campement des Noirs. Est-ce des cénotaphes, un rite religieux ?? Le consultant d?expliquer que la réponse viendra du travail d?interprétation et de recherche en cours. Rendez-vous dans trois à six mois.

Parmi les objets trouvés : des clous, un canon d?espingole (gros fusil à canon évasé en usage au 16e siècle). ?Ce qui laisse penser que tout le reste du navire a été réutilisé pour construire une autre embarcation et pour alimenter un feu qui a été entretenu pendant plusieurs années.?

Il est à noter que lors de la première occupation française de l?île dans les années 1950, (par l?équipe de la station météo) le médecin qui en faisait partie a consigné en écrit qu?ils ont trouvé des objets apparemment malgaches, qu?ils ont? jeté.

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