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L?urgence d?une réforme

28 octobre 2007, 00:00

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Le Premier ministre demeure parfaitement imprévisible sur une partie de sa stratégie politique. Toutefois, sa réflexion économique, elle, commence à devenir limpide. On ne peut que s?en réjouir. On sait à quoi s?attendre ! Et vers quoi penche Navin Ramgoolam. Il cultive désormais une vision de l?avenir économique du pays teintée d?une idéologie « socialisante ». Et servie par le mantra de la « démocratisation » de l?économie.

Sauf que la démocratisation, jusqu?ici, est un concept « fourre-tout » pour le gouvernement. Où se côtoie du concret, comme l?action de l?« Em-powerment Programme » qui permet aux citoyens vulnérables de s?assumer, notamment à travers l?emploi et la formation. Mais où l?on a également fourré de l?abstrait, comme cette commission, dont on attend toujours qu?elle nous livre une réflexion claire et synthétique sur le « comment » de la démocratisation.

En attendant de se fonder sur un réel plan de travail pour traduire sa vision de la démocratisation dans le concret, Ramgoolam saisit les balles au bond. Et remanie sa copie au fur et à mesure que lui et les membres de son gouvernement découvrent des anomalies à corriger dans la politique gouvernementale. La dernière « anomalie » identifiée par Ramgoolam est celle de la réforme sucre. Le Premier ministre est persuadé que les sucriers vont réaliser d?importants bénéfices une fois la réforme sucre appliquée. Et il leur demande dès maintenant de se montrer plus généreux. Notamment en cédant des terres et en ouvrant le capital de leurs entreprises.

Mais les sucriers n?entendant pas négocier un nouveal deal, Ramgoolam a essuyé des refus successifs. Au fil de l?escalade, le Premier ministre a multiplié les signaux. Parfois les menaces, envers les « dinosaures » pour bien leur signifier son intention de leur demander une contrepartie qu?il juge plus juste. Une attitude qui a parfois été perçue comme une simple volonté de régler des comptes. De prendre une revanche.

Toutefois, les discussions étaient jusqu?ici conduites dans les salons feutrés, à l?abri des regards. Mais depuis hier, les termes de la négociation sont dans le domaine publique. On sait clairement ce que le Premier ministre attend des sucriers. Et pourquoi. Il reste maintenant à attendre la version articulée de la MSPA, qui ira au-delà de leur communiqué d?hier.

La position de Ramgoolam, donc de Maurice, sur la réforme sucre, implique néanmoins des risques. D?abord budgétaires. Le ministre des Finances en bouclant son budget 2007-2008 a intégré, dans son calcul des revenus de l?État, l?aide budgétaire globale (ABG) que recevra Maurice dans le cadre de la réforme sucre. Que se passera-t-il si l?Union européenne (UE) s?obstine à ne pas verser d?aide budgétaire à Maurice tant que la réforme n?est pas appliquée ? Ramgoolam a tout intérêt à expliquer comment son « plan B » lui permettrait de contourner ce problème budgétaire ?

L?infléchissement dans la politique du gouvernement peut aussi coûter cher à la réputation du pays. L?Union européenne se montre compréhensive vis-à-vis de la volonté locale de revoir la reforme. Mais à Bruxelles, la « shining star » des pays Afrique, Caraïbes, et Pacifique perd un peu de son éclat. On ne comprend pas pourquoi le meilleur élève de la classe se montre soudain dissipé.

Une source proche de l?Union européenne nous explique, cette semaine, qu?on a l?impression que Maurice est en plein brainstorming pour accoucher d?une nouvelle réforme, alors qu?en fait, on est juste en train d?affiner une réforme existante ! Ce qui, dit-on, n?est pas très beau à voir de Bruxelles. Nous nous posons donc la question. Quelle valeur l?UE accordera-t-elle aux prochains engagements que prendra le pays à son égard ? Notre partenaire de développement continuera-t-il de voir en Maurice un État qui « means business » ou plutôt un petit pays qui change de cap au gré des sautes d?humeur de ses dirigeants ? Mais on ne risque pas seulement de perdre une partie de notre crédibilité internationale. On perd aussi du temps. Et quand on sait que le temps c?est de l?argent?

C?est en 2009 que Maurice subira de plein fouet l?effet de la baisse de 36 % du prix de vente garanti de son sucre sur le marché européen. Cette année-là, l?industrie de la canne locale devra être en mesure de produire presque exclusivement des sucres blanc et spéciaux. Mais avec le retard pris dans le « clustering », la mise en place d?au moins deux raffineries de sucre a déjà été considérablement retardée. Un précieux temps de préparation est perdu.

Dans trois mois, il restera un an exactement pour qu?au moins deux groupes sucriers locaux finalisent les montages financiers et les deals commerciaux pour produire et vendre du sucre blanc en Europe à partir de 2009. Il n?est pas dit qu?on sera prêt à temps. Il y a même une forte possibilité que le sucre roux occupe toujours l?essentiel de la production locale en 2009 ! Ce qui voudra dire que le pays et l?industrie devront alors supporter pleinement les effets d?une baisse de 36 % dans la vente de notre sucre. Le coût à payer est lourd !

Les coûts de l?immobilisme sont exorbitants. Ni les sucriers ni l?État n?ont désormais le droit de retarder un accord. Il n?en va pas que de la survie d?une industrie qui n?occupe que 2,9 % de l?économie.

Il en va de la capacité de l?État et du secteur privé de ce pays à se montrer suffisamment responsables afin de préserver les intérêts de Maurice. Et non pas leurs intérêts économiques ou politiques propres.

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