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Louis-Jean Calvet, l?hommage francophone
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Louis-Jean Calvet, l?hommage francophone
Ils sont quarante dans le monde, dont deux Mauriciens ? Didier de Robillard et Issa Asgarally ? à rendre un hommage au professeur Louis-Jean Calvet pour ses quarante ans de contribution exceptionnelle aux langues africaines et à la francophonie. Sous la direction d?Auguste Moussirou-Mouyama de la faculté des lettres et sciences humaines de Libreville, ces chercheurs, penseurs, écrivains, artistes, journalistes et acteurs de la francophonie ont produit un recueil de témoignages sous le titre «Les boîtes noires de Louis-Jean Calvet».
Professeur, linguiste, didacticien, Louis-Jean Calvet, l?un des élèves les plus célèbres du linguiste André Martinet à la Sorbonne, a consacré, dès 1974, avec Linguistique et Colonialisme, petit traité de glottophagie, une importante série d?ouvrages et articles au plurilinguisme et au pluriculturalisme. Si importante qu?Abdou Diouf, secrétaire général de l?Organisation internationale de la francophonie (OIF), n?hésite pas à écrire, à propos de lui, qu?il est celui qui nous permet aujourd?hui de concevoir la francophonie comme «une terre de dialogue au sein d?un espace où coexistent des langues partenaires». Si importante que, «pour dire les choses simplement», (et pour emprunter l?expression même de Calvet dans sa conclusion aux Essais de linguistique), il était enfin nécessaire que ces quarante collaborateurs ouvrent à leur tour les boîtes noires de la vie et des pensées de ce professeur, redoutable chasseur et véritable maître de langues.
A travers plus de 500 pages et en cinq parties, l?ouvrage offre au lecteur un regard à la fois kaléidoscopique et subjectif sur sa vision politique des signes. Une diversité de regards qui vient du fait que ces quarante collaborateurs ne sont pas nécessairement des linguistes mais des hommes et des femmes qui ont surtout été ses amis et parfois ses adversaires. Qu?il soit chanteur et se nomme Georges Moustaki ou Maxime Le Forestier, qu?elle soit universitaire et s?appelle Jacqueline Billiez ou Patricia Lambert, et qu?il soit marocain, égyptien, algérien, sénégalais, chinois, grec ou mauricien, écrivain ou enseignant, homme ou femme, toutes ces personnalités venant des quatre coins du globe, se sont exprimées avec sincérité et originalité sur l?homme et son ?uvre.
«Ces quarante collaborateurs ne sont pas nécessairement des linguistes mais des hommes et des femmes qui ont surtout été ses amis et parfois ses adversaires»
La contribution de nos deux compatriotes, Issa Asgarally, ami intime de Calvet, sous la direction de qui il a soutenu sa thèse de doctorat en sociolinguistique, et Didier de Robillard, chercheur et chargé de cours à l?université François Rabelais de Tours, a été dûment saluée par Auguste Moussirou-Mouyama, directeur de l?ouvrage collectif. Dans son article introduisant la troisième partie de l?ouvrage, ce dernier, en reprenant certains points de leurs idées, explique comment nos deux collaborateurs font partie de ceux qui ont aidé à éclairer «le souk de Louis-Jean» et à «ouvrir les boîtes noires». Il affirme qu?on peut interpréter toute l??uvre de Calvet comme un symbole qui réunit «ce qui est épars» en partant du doute auquel fait référence Asgarally dans son article intitulé «Les Essais de linguistique ou l?insoutenable légèreté du doute» et en passant par l?impossible démantèlement ou «casser la baraque» de Didier de Robillard, pour enfin arriver à la même conclusion à laquelle aboutit aussi Asgarally, c?est-à-dire tenir ce doute pour salutaire et «ne pas regarder le doigt du sage lorsqu?il nous montre la lune».
La question est, on ne peut plus simple : la langue est-elle l?invention des linguistes ? Du coup, Ferdinand de Saussure, Noam Chomsky, et même son ancien professeur de linguistique, André Martinet, ainsi que les phonéticiens de l?école de Prague, bref tous les «maîtres» en prennent donc pour leur grade, comme le montre l?auteur de l?article.
Essais de linguistique, nous dit encore l?ancien élève de Calvet, ne cherche pas à démolir les règles de la linguistique, pas plus que son auteur ne cherche à faire son adieu à cette discipline. Ce dernier a tout simplement voulu participer à une «reconstruction de la linguistique». Ce qui rejoint la proposition de Didier de Robillard qui part de l?explication selon laquelle le linguiste, contrairement à l?archéologue qui pour étudier un objet a besoin de le démanteler couche par couche, «n?a pas vraiment le moyen de casser la baraque parce qu?il est un peu dedans et que cela pourrait lui nuire». Mais il n?a pas vraiment le choix que de tenter l?expérience, ne serait-ce que pour revendiquer le plurilinguisme et s?opposer aux puritains et rigoristes avec leur norme du monolinguisme.
Enfin, quoi qu?il en soit, de l??uvre à l?homme ou de l?homme à l??uvre, ce personnage insaisissable et véritable saltimbanque qu?est Louis-Jean Calvet, chercheur buissonnier et globe-trotter qui sillonne sans arrêt le monde, est présenté tour à tour comme linguiste, didacticien, sociologue, sémiologue, ethnologue, musicologue, professeur et journaliste. Bref, il aurait pu lui-même écrire en parlant de soi, tel Lawrence d?Arabie dans les Sept Piliers de la sagesse (du fait même qu?il a lui aussi un lien avec le monde arabe), et pour reprendre la réflexion de Claude Bourgeois dans son article «Calvet le Méditerranéen», que, «au jeu des sept métiers, je n?ai jamais su qu?elle carte tirer»?
Les boîtes noires de Louis-Jean Calvet, sous la direction d?Auguste Moussirou-Mouyama, Editions Ecriture, Paris, 2008, 28 e
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