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Loterie verte : de l?agonie à la concurrence
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Loterie verte : de l?agonie à la concurrence
Notre actualité de septembre 2008 fait la part belle aux différentes contestations de l?octroi, à un partenariat, mi-étranger, mi-local, du contrat d?une loterie parallèle à notre loterie verte nationale. En gros, des soumissionnaires malheureux dénoncent de possibles conflits d?intérêt, pouvant surgir de la probabilité que le soumissionnaire gagnant soit associé à une entreprise mauricienne, pouvant avoir des liens, à la fois professionnels et familiaux, sinon matrimoniaux, avec des évaluateurs et des conseillers, ayant fait fonction, en quelque sorte, de juges ou d?arbitres, dans le processus d?allocation de ce contrat, assez lucratif et prometteur pour que des observateurs aient osé parler, à ce propos, de possible concurrence néfaste à notre loterie verte. Ce dossier ayant été référé aux instances régulatrices appropriées et même possiblement judiciaires, il convient de s?en remettre à leur sagesse institutionnelle et même constitutionnelle.
Cette contestation ravive seulement notre souvenir collectif sur le fait que, dans le passé, des suggestions concernant la loterie ont été émises mais en pure perte, car dans notre pays, le gouvernement et la fonction publique ? quels que soient les partis politiques au pouvoir ? sont, le plus souvent, trop arrogants pour daigner prendre en considération d?humbles suggestions citoyennes, coupables de surcroît de publication dans les hospitalières colonnes de nos meilleurs journaux. Ces propositions concernent la mise sur pied d?une loterie, parallèle à notre loterie verte, pour financer des projets prioritaires, dont ceux relatifs à la création d?emplois productifs. Ainsi, une telle loterie aurait permis à l?Etat de devenir, chaque mois, propriétaire à 50 % d?un projet industriel innovateur, dont le promoteur est plus riche en idées astucieuses et prometteuses qu?en ressources financières. Il y aurait eu certes des déchets mais, dans l?ensemble, l?Etat aurait pu contrôler un portefeuille industriel grossissant, pouvant valoir son pesant d?or, notamment à la Bourse de Port-Louis. Mais où irait-on si de simples citoyens, profanes de surcroît, se mettent à vouloir faire des suggestions au gouvernement du jour ? Comme dirait l?autre : à chacun son métier et les bourriques (nous en l?occurrence) seront bien gardées.
Les pires puritains parmi nous pourraient sourciller, relever que la fin et même la faim ne justifient pas les moyens et que favoriser le jeu, pour ne pas parler, ici, de zougadères, ne relève pas de la meilleure morale. Nous concluons donc qu?une loterie, pour financer des projets industriels innovateurs et créateurs d?emploi, pourrait être immorale tandis que créer une loterie parallèle simplement pour financer le gaspillage des dépenses publiques (trois VPM au lieu du seul et unique autorisé constitutionnellement, par exemple) ne le serait pas.
Ne quittons pas le domaine du jeu immoral mais rémunérateur, pour signaler que d?autres observateurs ont osé suggérer, en plein Vaghjee Hall, que l?établissement d?un casino à la Citadelle pouvait se révéler le seul moyen d?assurer le financement adéquat, non seulement du Fort Adélaïde mais encore de toute la colline environnante et la transformer, par exemple, en jardin de cactus, de plantes grasses et succulentes ou encore décoratives. Les conne-tout de la classe politique et de la fonction publique vitupérèrent bruyamment contre une proposition aussi scandaleusement immorale. C?est pour cette raison qu?on dépense périodiquement un argent fou (des centaines de millions) mais en pure perte (rien d?immoral là-dedans, paraît-il) pour rénover à grands frais la Citadelle, tout comme le Plaza, le théâtre de Port-Louis et peut-être même l?Hôtel de ville de Curepipe, des bâtiments publics qui ne servent pas à grand-chose, qui ne rapportent pratiquement pas de revenus, surtout par rapport aux frais onéreux de leur coûteux entretien, alors qu?aménagés discrètement et partiellement en salles de jeux, ils pourraient susciter suffisamment de recettes, non seulement pour leur entretien mais encore pour financer des manifestations événementielles et spectaculaires, à la rentabilité précaire sinon improbable.
Ces souvenirs suggestifs nous reviennent à l?esprit en raison d?un article de l?express, en date du 2 septembre 1983, dans lequel le regretté Gilles Forget tire la sonnette d?alarme sur le déclin de notre loterie verte. Il constate judicieusement que le montant attribué au premier lot se réduit dangereusement, mois après mois, comme une peau de chagrin. En février 1983, le veinard du 1er lot recevait encore Rs 863 759. Celui de la fin d?août suivant n?a droit qu?à Rs 517 630. Une fois n?est pas coutume, ce cri d?alarme citoyen sera entendu par un ministre des Finances aussi clairvoyant et intelligent que Vishnu Lutchmeenaraidoo. Il décrètera peu après que le premier lot aura droit à un million de roupies, même si l?Etat doit rogner sa part de gain pour parfaire ce montant magique et miroitant. Un gouvernement, assez intelligent et audacieux pour savoir prendre des risques même calculés, est souvent récompensé au-delà de ses espérances. (A suivre)
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