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L?orphelinat

25 avril 2008, 00:00

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«Un, deux, trois, soleil !» Jamais autant que dans ce film, ce jeu normalement associé à l?insouciance et à l?innocence du monde des enfants n?aura revêtu un caractère qui soit à la fois aussi effrayant, tragique et émouvant. C?est une histoire terrible que celle racontée dans L?orphelinat, premier long métrage du réalisateur espagnol Juan Antonio Bayona. Expliquer en quoi elle est si terrible serait révéler le secret du film et gâcher votre suspense. C?est pourquoi on se contentera de dire qu?il est question d?un orphelinat à l?abandon, d?un enfant malade qui disparaît, de phénomènes paranormaux et d?une maman très courageuse incarnée par l?actrice Belèn Rueda.

Certains ont fait des rapprochements avec d?autres films comme Les autres ou L?échine du diable. Fausses pistes (peut-être délibérées, afin d?aiguiser nos appétits) : le récit en est non seulement très éloigné, mais aussi suffisamment riche et original pour avoir intéressé Guillermo Del Toro lui-même, ce dernier se chargeant de produire le film. En plus de quelques belles trouvailles, le scénario signé Sergio G. Sanchez a cette qualité rare d?arriver à rendre originaux des éléments d?une supposée banalité et à transformer des scènes d?une apparente sérénité en des moments d?une angoisse pesante ou carrément de frayeur. Cela dit, L?orphelinat n?est pas ce qu?on pourrait appeler un film ?d?effrayeur?, comme celui de la semaine dernière. Les moments où l?on sursaute sont rares (mais, quels moments !) et il y a très peu de sang qui coule. Mais, il y a par contre une véritable tragédie dont les contours apparaissent peu à peu au spectateur, le plongeant d?abord dans la perplexité puis dans l?anxiété et finalement dans l?horreur et la compassion. À partir d?un moment dans le film, toutes ces émotions vont en grandissant et culminent dans cette fameuse scène du «Un, deux, trois, soleil !».

En même temps, le spectateur n?arrêtera pas de se demander si tout cela est bien réel ou s?il s?agit d?un fantasme de l?héroïne. Ce qui forcément entraînera d?autres questions, notamment sur la frontière du réel et sur la nature même du réel. Autant d?incertitudes qui reposent essentiellement sur les deux autres points forts de ce film que sont l?interprétation et la réalisation. Pour le premier, il sera impossible d?oublier Belèn Rueda, qui apparemment était encore inconnue même dans son pays. L?actrice tient un rôle proche en apparence, de celui que tenait Nicole Kidman dans le film d?Amenábar. Voilà une femme magnifique, tant physiquement que de par sa présence sur l?écran. Également inconnue, mais remarquable elle aussi, quoique moins visible, Montserrat Carulla joue un personnage inquiétant. Espagnole d?adoption, Géraldine Chaplin en médium, porte à elle seule la séquence la plus périlleuse du film. On mentionnera au passage, Fernando Cayo (le père) et Roger Princep (le gamin).

Peut-être qu?une réalisation réellement originale aurait relégué au second plan à la fois le scénario et l?interprétation. Peut-être pas, aussi. En tout cas, la caméra de Juan Antonio Bayona ne nous montre rien d?inédit pour ce qui est du sujet, mais il faut reconnaître que l?inspiration et la maîtrise y sont, pour ce qui est de la manière. Ce réalisateur qui jusque-là, était connu pour ses clips et ses courts métrages, sait remplir un cadre. Il sait aussi choisir ses éclairages, ses couleurs et ses angles de prises de vues. Plaisir de cinéphiles, plaisir d?esthètes, aussi et ces derniers pourront devant chaque image, s?amuser au jeu de la section dorée. Le temps d?un premier film, Juan Antonio Bayona s?affirme comme un auteur de cinéma, amenant le spectateur à partager cette fascination très espagnole pour la tragédie, la mort et l?au-delà.

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