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L?Organisation mondiale du commerce menace-t-elle les économies vulnérables ?

13 septembre 2003, 20:00

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OUI

Ram Seegobin dirigeant de Lalit

> Pourquoi l?OMC est-elle une menace ?

La principale caractéristique de beaucoup de pays en voie de développement est que leur développement dépend essentiellement des régimes préférentiels. Cette caractéristique est une conséquence directe de leur mode de développement à l?époque coloniale et après leur indépendance. Leurs économies auront du mal à survivre lorsque les réglementations de l?OMC entreront en vigueur.

> Que reprochez-vous à l?OMC ?

Cette organisation et les défenseurs de la mondialisation prétendent que l?impérialisme en tant qu?étape avancée du capitalisme n?existe plus. C?est faux. Depuis de nombreuses années, les conditions d?échanges commerciaux entre les pays du tiers-monde et les pays développés n?ont cessé de se détériorer.

> Quelle est l?alternative à l?OMC ?

L?OMC n?a pas inventé le commerce international. Avant sa naissance, il existait déjà des accords commerciaux, des traités et des conventions. La création d?une Organisation mondiale du commerce dans les années 90 coïncide avec la chute des bénéfices du système capitaliste. C?est sous l?impulsion des multinationales que des réglementations ont été introduites.

Les rapports de force sont en faveur des économies avancées. Il faut suspendre toutes les négociations entreprises sous l?égide de l?OMC, et effectuer une évaluation complète des effets de l?application de ses règles commerciales. Il faudra ensuite élaborer un système de commerce international qui tiendra compte du problème des échanges inégaux, source de sous-développement et de pauvreté.

> La libéralisation est-elle l?occasion pour les pays pauvres de restructurer leur économie et d?en tirer les bénéfices ?

C?est impossible. Cette idée présuppose qu?il n?existe pas de système impérialiste qui consolide l?existence des multinationales.

Si cette libéralisation a lieu, seuls la Chine, le Brésil et l?Australie seraient compétitifs. Il ne faut pas négliger les effets néfastes de l?application de l?Accord général sur le commerce et les services et de l?Accord sur la propriété intellectuelle (Adpic). Le premier ouvre la porte à la privatisation de services publics comme l?éducation, la santé et le logement. Le second posera problème lorsque les pays victimes d?épidémies chercheront l?autorisation des détenteurs de brevets pour fabriquer ou pour importer des produits pharmaceutiques.

NON

Rajiv Servansingh secrétaire général adjoint de la Chambre de commerce

> Pourquoi l?Organisation mondiale du commerce (OMC) n?est pas une menace ?

C?est l?espace où les représentants des économies vulnérables peuvent s?organiser pour faire entendre leur voix face aux représentants des économies avancées. L?alternative aux négociations multilatérales est une prolifération d?accords bilatéraux. Or, avec de tels accords sans effet de nombre, un État faible est à la merci du partenaire plus puissant.

> Quel est le véritable enjeu de ce combat ?

Il s?agit de trouver les modalités acceptables par les parties concernées pour que les économies en voie de développement et les économies vulnérables aient une plus grande part de la richesse mondiale. Il s?agit également d?augmenter la contribution de ces pays dans le processus de création de cette richesse.

> Qu?est-ce que l?OMC apportera aux économies vulnérables ?

Le concept d?économie vulnérable doit être accepté par l?OMC. Suivant ce concept, la libéralisation du commerce mondial devrait s?effectuer en fonction du niveau de développement de ces économies. Ces pays ne vont pas entrer dans ce processus si un traitement spécial ne leur est pas accordé. Si les négociations aboutissent, les économies comme la nôtre en tireront certainement profit.

> N?y a-t-il pas un risque que la libéralisation appauvrisse les économies vulnérables ?

Ce risque existe. Il faut voir d?abord ce que la libéralisation peut apporter aux pays non développés. Si après négociation, les pays développés réduisent les subventions sur des produits agricoles, le coton par exemple, cela ouvrira de nouvelles perspectives pour les pays en développement qui sont producteurs.

Mais ces effets positifs risquent de disparaître si les pays développés insistent sur la réciprocité commerciale entre partenaires. Celle-ci implique que les deux parties soient sur le même pied d?égalité. D?où la nécessité d?un traitement de faveur.

> Quel est l?impact de la mobilisation des altermondialistes ?

Qui aurait cru que les travaux de la conférence ministérielle de l?OMC de Doha en 2001, arrêteraient des initiatives en faveur du développement économique des pays moins développés ? Cette démarche n?est pas étrangère aux revendications des altermondialistes. Ces mobilisations renforcent davantage la défense de la position des économies vulnérables lors des négociations.

Par Lindsay Prosper

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