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L?option lait frais
Produire du lait localement. L?idée ne séduisait guère les entrepreneurs, échaudés par les expériences du passé. Mais la pression inflationniste sur l?importation du lait oblige à la reconsidérer. La Compagnie agricole de Labourdonnais y songe.
Le projet en est encore au stade embryonnaire. Le promoteur est en train de tester, sous la supervision de l?Institut de recherche de l?industrie sucrière, le maïs fourrager, histoire d?identifier la variété la plus performante.
Si tout se passe bien, l?élevage devrait démarrer d?ici décembre. Ce sera une exploitation moderne, calquée sur le modèle européen. Une de ses forces sera la production de fourrage, un facteur qui grossit les coûts de production.
Quelques années plus tôt, Mon Loisir avait tenté une expérience similaire. Elle avait investi dans une laiterie high-tech. Mais le projet a dû être abandonné.
Elle avait eu d?énormes difficultés à vendre son lait. Les Mauriciens n?ont pas l?habitude du lais frais et la vente par le Marketing Board posait des problèmes de cash recovery. Du reste, l?élevage laitier est une activité de longue haleine et coûteuse : il faut compter au moins cinq ans avant de savoir si la vache qu?on élève est un bon investissement.
« Le marché pèse plus de Rs 1 milliard »
Avant, Mon Loisir, Union et Mon Désert parmi d?autres ont goûté à l?échec, malgré des investissements conséquents. Qu?est-ce qui motive alors Labourdonnais ? « Le marché est porteur et pèse actuellement plus de Rs 1 milliard », relève un dirigeant de Labourdonnais.
Il n?est pas le seul à avoir cette réflexion. Jean-Cyril Monty, le responsable du desk de la diversification agricole à la Chambre d?agriculture, essaie de convaincre les gouvernements successifs du potentiel de la filière laitière depuis des années.
De 1997 à 2004, l?importation de Maurice en lait a augmenté de 23 % pour atteindre la barre de 19 106 tonnes. La valeur de ces importations a augmenté deux fois plus vite, à savoir de 46 %, pour se situer à Rs 1,06 milliard. Et dans tout cela, la production locale contribue à peine à 1 % aux besoins nationaux.
Jean-Cyril Monty et d?autres pensent qu?à ce rythme, le consommateur mauricien ne pourra bientôt plus soutenir les augmentations. La conjoncture se prête donc à la production locale de lait.
« Avant, produire le lait sur place n?avait aucun sens économique puisque l?importation coûtait moins cher. À présent, l?Union européenne a réformé sa politique agricole commune. La production laitière n?est plus aussi lourdement subventionnée et le prix du lait à l?importation prend l?ascenseur. L?Australie et la Nouvelle-Zélande, nos deux premières sources d?importation, sont très sollicitées par la Chine », explique Monty.
Traditionnellement, ce sont les petits éleveurs qui produisent l?essentiel du lait frais à Maurice. Dans les années 1980, quand la production laitière avait atteint son seuil le plus élevé, Maurice produisait 12 millions de litres par an. Aujourd?hui, il en produit à peine 2 millions, avance la Chambre d?agriculture.
Tirer les leçons du passé
Si cette filière a périclité, c?est que la production laitière ne s?est jamais faite de manière professionnelle. L?État a eu une série de bonnes initiatives mais leur application a laissé à désirer. Il a subventionné le coût du fourrage, importé des génisses de race, introduit un Milk Marketing Scheme sous lequel la pasteurisation du lait était subventionnée par l?État à hauteur de Rs 3,30 par litre?
Mais les génisses, confiées à des éleveurs sans formation ni encadrement, n?ont été d?aucune utilité. D?autant que le service vétérinaire public s?était avéré incapable d?assurer l?insémination artificielle des bêtes. Au bout du compte, la Meat Authority a dû intervenir.
Jean-Cyril Monty estime que le lait peut être produit si l?on tire les leçons du passé. « Il faut revoir nos attitudes. Nous avons failli et nous savons pourquoi. »
La production laitière devra être hautement mécanisée. Le problème du fourrage pourrait être résolu par la culture à grande échelle et le compactage en balles. Le coût de la nourriture pour bétail est source de problème. Le prix du son est jugé trop élevé. Les autres nourritures sont toutes importées, (80 000 tonnes de maïs viennent de l?Argentine). Une source moins lointaine permettrait de baisser les coûts.
Le lait est un produit périssable. Il faut le distribuer en bouteilles UHT ou autres pour une bonne conservation.
Le service vétérinaire va devoir être professionnalisé. Le gouvernement vient de décider de faire venir une dizaine de vétérinaires d?Inde. Les éleveurs devront être regroupés. Et surtout, l?État devra se garder de subventionner et de contrôler le prix du lait frais. Sinon, aucun entrepreneur ne voudra s?y risquer. Enfin, il pourrait confier la gestion du secteur à un Milk Board, par exemple.
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